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    Retour illustré sur 2017 dans l'oeil de Garnotte

    La tuerie qui a fait six victimes à la grande mosquée de Québec a été l'évènement «le plus médiatisé de l'histoire récente du Québec». 
    Illustration: Garnotte La tuerie qui a fait six victimes à la grande mosquée de Québec a été l'évènement «le plus médiatisé de l'histoire récente du Québec». 

    La petite apocalypse de la 13

    Photo: Garnotte

    Parmi les images fortes du roman postapocalyptique Station Eleven (Prix des libraires 2017), il y a celle des carcasses de voitures figées au milieu de bouchons monstres sur lesquels la fin du monde est littéralement tombée, emprisonnant les conducteurs à l’intérieur. Ce qu’on appellera pour la postérité « le cafouillage de l’autoroute 13 » paraît bien anodin quant à ça, mais l’incident a rappelé qu’il suffit de peu de choses pour en dérégler plusieurs : en l’occurrence, une tempête de neige dans un pays pourtant habitué à la neige. Cette fin d’après-midi du 14 mars 2017, les quelque 45 cm de neige qui s’accumulent sur Montréal causent une congestion absolue sur l’A-13 Sud : des camions se mettent en portefeuille et bloquent les sorties, puis refusent d’être remorqués. Derrière, le blocage est complet. Les déneigeuses n’ont plus accès à la route et 300 automobilistes demeurent coincés dans leur véhicule plus de 12 heures parce que les systèmes de vigie et d’alerte de la Sûreté du Québec et du ministère des Transports n’ont tout simplement pas fonctionné (rapport Gagné). Un sacré bordel, en somme — et pour lequel une action collective a été autorisée par la Cour supérieure en novembre.


    Alcool, parfum et Netflix
    Photo: Garnotte

    Le gouvernement fédéral nous aura appris, en 2017, que les boutiques hors taxes ne vendent pas que de l’alcool et du parfum : toutes les séries télé et tous les films de Netflix sont aussi offerts en duty free au Canada. La décision d’Ottawa de ne pas assujettir les abonnements au géant américain à la TPS a provoqué un vif débat (du moins au Québec) dans les trois derniers mois de l’année. Au lieu de parler de la politique culturelle fédérale qu’elle souhaite mettre en place, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a ainsi dû défendre l’approche du gouvernement Trudeau en matière de fiscalité numérique — cette idée qu’Ottawa ne veut pas « ajouter au fardeau fiscal de la classe moyenne ». Sous le feu de critiques nourries (qu’un certain recours à la langue de bois n’a pas aidé à calmer), Mme Joly a décidé, en fin d’année, de renvoyer la balle dans le camp du ministre des Finances : à lui d’expliquer sa définition de l’équité fiscale, et laissez la ministre tranquille s’il vous plaît. Pendant ce temps, Québec a promis d’aller de l’avant et d’imposer la TVQ aux produits numériques — mais le tout reste à concrétiser.

     
    Bye Coderre et bonjour Plante
    Photo: Garnotte

    « Ben oui, on est rendus là ! » Sur la scène du Corona au soir du 5 novembre, Valérie Plante n’en revenait pas elle-même : première mairesse de l’histoire d’une ville qui fêtait cette même année son 375e anniversaire. Non seulement Mme Plante délogeait-elle un maire qu’à peu près tout le monde croyait indélogeable il y a quelques mois à peine (Denis Coderre), mais son parti, Projet Montréal, remportait aussi une majorité au conseil municipal. Gros changement de garde. Inconnue au bataillon en décembre 2016 lors de sa victoire à la chefferie de Projet Montréal, Valérie Plante s’est notamment imposée avec une campagne audacieuse (« L’homme de la situation ») et à la force d’une personnalité taillée sur mesure pour la politique (le naturel, l’énergie, la confiance). Mais elle a aussi profité d’une campagne jugée mauvaise, voire désastreuse de son réputé rusé adversaire, pour qui le dossier de la Formule E, avec ses problèmes et ses secrets, aura été le clou symbolique dans le cercueil politique (municipal, du moins).


    Macron, le jeune homme pressé 
    Photo: Garnotte

    « En marche ! » dit le nom de son mouvement. Mais c’est plutôt en courant qu’Emmanuel Macron a bouleversé le paysage politique français en 2017 pour devenir le plus jeune président de l’histoire de la République française le 19 mai. L’ex-banquier a profité d’un alignement rare des planètes politiques pour ravir l’Élysée. Inconnu en 2013, ministre (jamais élu) de François Hollande entre 2014 et 2016, fondateur cette même année d’un mouvement centriste inventé essentiellement pour lui, Macron a triomphé au terme d’une campagne inédite : un président sortant fabuleusement impopulaire qui renonce à briguer un deuxième mandat ; des primaires qui donnent, à droite (François Fillon au lieu d’Alain Juppé) et à gauche (Benoît Hamon plutôt que Manuel Valls), des résultats étonnants ; un adversaire (Fillon) à qui tous prédisaient la victoire, mais que « les affaires » ont rattrapé. Près de deux Français sur trois ont finalement voté Macron au deuxième tour contre la candidate de l’extrême droite, Marine Le Pen. Après un début de mandat mouvementé, le nouveau président termine l’année en force, avec un rebond senti dans les sondages et une image internationale en pleine ascendance. Qui a dit que tout vient à point à qui sait attendre ? Pourquoi attendre ?


    «Bonjour-hi!» 
    Photo: Garnotte

    A-t-on vraiment accueilli par un « bonjour-hi ! » certaines des 17 000 personnes interceptées cette année au Québec, après avoir traversé la frontière de manière irrégulière? Ce n’est pas impossible : la formule est à la mode, on le sait. Et elle dérange. « Est-ce que le premier ministre va se lever aujourd’hui et dire que “bonjour-hi !” c’est un irritant ? » La question posée le 29 novembre par Jean-François Lisée à Philippe Couillard a mis le PM en colère (« Quelle question ridicule ! ») mais elle s’est aussi muée en débat plus large sur la situation du français à Montréal. Quarante ans après l’adoption de la loi 101, des données du dernier recensement sont venues confirmer en fin d’année que le bilinguisme progresse toujours dans les milieux de travail québécois. Pour sa part, l’incident de la boutique Adidas — un gérant qui prononce quelques mots en français lors d’une soirée d’ouverture pour « accommoder » la ville et ses dérangeants médias francophones — a montré qu’il reste un peu d’éducation linguistique à faire. Pour la postérité, notons que l’Assemblée nationale a fini par s’entendre pour adopter une motion encourageant les commerçants à accueillir les clients d’un tonitruant « bonjour ! », sans « hi » en appui.

     
    L'année turbulente de Bombardier
    Photo: Garnotte

    « Nous allons traverser plusieurs zones de turbulences dans les prochains mois, veuillez s’il vous plaît regagner vos sièges et attacher votre ceinture. » Voilà le message qu’un pilote de Bombardier aurait pu envoyer à ses patrons s’il avait vu ce qui s’en venait sur le radar de la compagnie au début 2017. Au printemps, il y a eu le vif débat au sujet de la politique de rémunération des hauts dirigeants de l’entreprise — les hausses proposées étaient de l’ordre de 50 %. Elles arrivaient dans la foulée de la suppression de 14 500 emplois, et alors que l’entreprise devait à des fonds consentis par Québec (entre autres) d’avoir évité la faillite cette même année. Comme timing pour récompenser les dirigeants, il s’est déjà fait mieux. Puis, à l’automne, c’est toute la question des droits compensateurs et antidumping qui a touché l’entreprise. Le département du Commerce américain a confirmé, il y a deux semaines, qu’il imposera des pénalités de près de 300 % aux avions de la CSeries, sous prétexte que Bombardier les a vendus au rabais à Delta et que le Canada aurait fourni des subventions déloyales pour en faciliter la fabrication. Une décision définitive sur cet enjeu sera rendue en février. C’est dans ce contexte particulier que Bombardier a annoncé, à la mi-octobre, avoir cédé le contrôle de la CSeries au géant européen Airbus — qui croit pouvoir contourner le problème des droits punitifs en assemblant certains avions aux États-Unis. Petite année ? Pas exactement…


    À quelques puffs de la légalisation 
    Photo: Garnotte

    Ce sera vraisemblablement le grand changement législatif de 2018 : la légalisation de la marijuana au Canada, prévue pour… eh bien ! ce n’est plus tout à fait aussi clair qu’on le croyait. La date du 1er juillet avait été déterminée, mais le premier ministre Trudeau a récemment dit qu’il ne savait pas d’où ça sortait [de documents officiels du gouvernement] et que ce serait plutôt quelque part à l’été. Chose certaine, le débat autour du cannabis en a occulté bien d’autres en 2017, avec le cortège de doutes émis par des experts en santé, les provinces ou les municipalités — notamment sur le plan des coûts. Il y a trois semaines, le fédéral a annoncé qu’il remettra aux provinces un minimum de 75 % des revenus de la taxe d’accise sur le cannabis. Le gouvernement Couillard s’attend à toucher quelque 60 millions de cette façon (en plus des revenus de la TVQ sur les ventes de cannabis), mais calcule que la légalisation lui coûtera encore quelque chose. D’autres font déjà le pari que cette même légalisation leur rapportera au contraire beaucoup : un producteur de tomates en serre a récemment décidé de se recycler dans le cannabis, alors que la valeur boursière des sociétés de production de cannabis à des fins médicales a quant à elle explosé cette année.

     
    #MoiAussi
    Photo: Garnotte

    « Pour avoir donné une voix à des secrets de polichinelle, pour être passés du réseau des chuchotements aux réseaux sociaux, pour nous avoir tous poussés à arrêter d’accepter l’inacceptable, les briseurs de silence sont la personnalité de l’année », écrivait le prestigieux magazine américain Time au début du mois. Ainsi, 2017 restera-t-elle dans les annales comme l’année de l’expression « #MeToo » — ou de son pendant québécois « #MoiAussi » — et de ce que le mouvement a eu comme puissance d’action. C’est le cas du magnat du cinéma Harvey Weinstein (dénoncé par des dizaines de femmes qui l’accusent de viol ou de harcèlement), qui a éveillé les consciences, mais on a vite compris que le problème était pas mal partout, et depuis longtemps. Au Québec, Éric Salvail et Gilbert Rozon sont tombés du sommet de leurs empires respectifs (Victor, le petit bonhomme vert de Juste pour rire n’a plus envie de déconner, là). L’ancien directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal, Charles Dutoit, fait lui aussi face à plusieurs allégations d’inconduites sexuelles.

     
    L'année de la CAQ
    Photo: Garnotte

    Et qui termine l’année politique provinciale en tête de liste de toute ? Roulement de tambour et absence de suspense : le gagnant est François Legault, coucou. Six ans après sa fondation, la Coalition avenir Québec (CAQ) a connu une année 2017 de pure croissance. Entre les sondages Léger de décembre 2016 et de décembre 2017, la CAQ est passée du troisième au premier rang dans les intentions de vote, avec un gain de dix points engrangés patiemment (et un fief volé aux libéraux dans Louis-Hébert). Derrière, les libéraux sont stables ou stagnants, c’est selon. Le Parti québécois a, pour sa part, perdu essentiellement un point par mois, ce qui veut dire qu’il n’en reste plus beaucoup en banque… Ainsi, François Legault est-il devenu, à dix mois des prochaines élections, la cible principale de Philippe Couillard, qui doit maintenant trouver une façon de critiquer un parti chez qui il est allé piger des ministres (Gaétan Barrette, Dominique Anglade) et des idées. La grande question sera maintenant de voir si la CAQ est montée trop haut, trop vite, ou si sa popularité survivra au test de ses positions — notamment celle sur les « bébés bonus ».


      L'année de la terreur
    Photo: Garnotte

    « Terreur à la mosquée de Québec », titrait Le Devoir du 30 janvier 2017, au lendemain d’une tuerie qui a fait six victimes au Centre culturel islamique de la capitale. L’attentat terroriste perpétré par Alexandre Bissonnette a été l’événement « le plus médiatisé de l’histoire récente du Québec », notait la firme Influence Communication dans son bilan de fin d’année. Mais il a aussi et surtout été l’événement le plus lourd de conséquences — au-delà des vies humaines fauchées : d’une certaine manière, la fusillade a ainsi été le point de départ de l’expression d’un discours anti-immigration décomplexé et d’une prise de conscience de la montée de l’extrême droite au Québec. Dans les mois qui ont suivi, on a vu le groupe identitaire La Meute s’activer en coulisses pour aider les opposants au projet d’implantation d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire ; on a recensé des gestes haineux commis à Québec et à Saguenay ; on a annulé la consultation sur la discrimination systémique et le racisme parce qu’elle suscitait trop de controverse. Autant de signes d’inconfort (euphémisme) quant à des enjeux de fond qui demeurent entiers en cette veille de 2018.


      Glouglou au Québec
    Photo: Garnotte

    Du jamais vu au Québec : de la fin février au début juin, 15 régions et 291 municipalités ont été frappées par des inondations majeures. Des chiffres ? 5300 résidences principales inondées, 4000 personnes évacuées, l’état d’urgence dans 22 municipalités et une agglomération, 180 glissements de terrain, des chaînes humaines pour empiler des milliers de sacs de sable, et quoi encore. « Les inondations du printemps 2017 font partie de ces événements qui frappent l’imagination et marquent les collectivités », disait sobrement le ministère de la Sécurité publique dans un rapport bilan en décembre. À l’origine du désastre, on mentionne officiellement la fonte de la neige et des pluies abondantes. Mais derrière ces causes naturelles plutôt habituelles, une autre problématique a émergé : celle des constructions en zones inondables — à laquelle Québec a tenté de répondre en adoptant des règles de reconstruction plus sévères (tout en accordant plusieurs dérogations).

     
    Harvey, Irma, Maria et Donald
    Photo: Garnotte

    Les États-Unis ont connu une saison des ouragans passablement décoiffante (parlez-en aux nombreux journalistes télé qui ont risqué leur vie pour montrer qu’ils étaient au coeur des choses). De la dernière semaine d’août à la mi-septembre, Harvey, Irma et Maria se sont succédé pour ravager-dévaster-noyer le Texas, la Louisiane, une bonne partie des Caraïbes, les Keys en Floride et Puerto Rico, entre autres. Coût estimé des dégâts à ce jour ? Une somme historique de plus de 200 milliards. C’est la chaleur inhabituellement élevée des eaux de l’océan Atlantique qui a servi de carburant à ces tempêtes. Par ailleurs, une tornade jamais vue a aussi frappé les États-Unis en 2017 : on la nommera Donald, et elle a la caractéristique d’écrire en MAJUSCULES pour exprimer sa COLÈRE, de souffler le chaud et le froid dans la même journée, de pulvériser toute convention politique connue et d’inonder les réseaux sociaux d’alertes aux fake news venant des fake médias. Cette tempête inédite pourrait durer jusqu’en 2020.













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