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    Reconversion du Bâtiment 7: l’antithèse du succès individuel

    Judith Cayer, chargée de projet et de développement au Collectif 7 à nous, marche à travers les grands espaces du rez-de-chaussée avec son fils. La première phase du projet Bâtiment 7 permet de rénover ce grand édifice industriel largement vitré pour accueillir 13 projets des plus diversifiés.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Judith Cayer, chargée de projet et de développement au Collectif 7 à nous, marche à travers les grands espaces du rez-de-chaussée avec son fils. La première phase du projet Bâtiment 7 permet de rénover ce grand édifice industriel largement vitré pour accueillir 13 projets des plus diversifiés.

    Cette minisérie publiée pendant les Fêtes met en lumière les travailleurs de l’ombre de certains succès de l’année 2017. Deuxième arrêt : le Bâtiment 7, un espace de 90 000 pieds carrés en pleine reconversion. Le projet est porté depuis plus d’une décennie par un coeur battant collectif, et ses bénéfices le seront tout autant.


    Impossible pour Judith Cayer de prendre le crédit de cette réussite, pleinement confirmée en avril dernier, quand un regroupement de citoyens a enfin obtenu les clés d’un ancien atelier ferroviaire de Pointe-Saint-Charles.

     

    « Je disparaîtrais demain matin et le projet continuerait, c’est sûr, parce qu’on a pris le chemin inverse. C’est l’antithèse du succès d’une seule personne », assure-t-elle.

     

    En 2003, un groupe de résidants du quartier plantait un drapeau sur le site du Canadien National (CN). L’opération se voulait populaire et symbolique pour revendiquer le développement de services s’adressant aux citoyens du voisinage et empêcher leur privatisation complète.

     

    Tout au long des années qui vont suivre, ils resteront les « petits joueurs » dans la reconversion de cette zone industrielle qui représentent environ le tiers du territoire de Pointe-Saint-Charles.

     

    Quatorze ans plus tard, ces petits joueurs se retrouvent à superviser tout un chantier : deux étages de plaques de plâtres, de planches et de bouts de métal en tout genre. Là aussi, l’entrepreneur général laissera bientôt la place à l’autoconstruction. Le collectif s’est enregistré en tant que constructeur-propriétaire pour pouvoir réaliser l’étape de finition, entre autres grâce à des matériaux recyclés.

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Mme Cayer fait partie de la mobilisation citoyenne depuis ses débuts et a «tenu le coup» dans les moments plus difficiles. Elle tient cependant à faire rejaillir ce succès sur tous ceux qui y ont contribué, tout comme Caroline Monast-Landriault (absente de la photo).
     

    « On a poussé notre luck sur à peu près tout », admet par-dessus le bruit des ventilateurs nouvellement en place Mme Cayer, chargée de projet et de développement. Le Collectif 7 à nous s’est formalisé en organisme à but non lucratif en 2009, centré sur ce projet de récupération de l’édifice.

     

    Le pôle d’activités sociales, artistiques, commerciales et politiques ouvrira au printemps 2018. La carcasse du bâtiment enfin à lui, le Collectif a entrepris de l’habiter progressivement par cette « alliance improbable » de plusieurs milieux.

     

    Les projets ont été élaborés en collégialité sur la base des « besoins directs des gens du quartier, pour permettre d’ouvrir des espaces qu’on ne croyait pas pouvoir exister », décrit Caroline Monast-Landriault, chargée de communication.

    En plus des gens qui nous disaient “vous n’y arriverez jamais”, il a fallu se demander si on était en train de faire un projet pour un quartier qu’on n’aurait plus les moyens d’habiter
    Julie Cayer, chargée de projet et de développement
     

    Des ateliers de sérigraphie, de vélo, de céramique, de métal, d’impression numérique, de bois, ainsi qu’un garage communautaire, une école d’art, une chambre noire et une épicerie autogérée s’approprient progressivement les lieux. Le Grand Atelier occupera aussi une place de choix au deuxième étage, un espace qui demeure ouvert à trouver des usages plus polyvalents.

     

    Une coopérative de jeunes, la Press Start, a également réussi à amasser plus de 10 000 $ en sociofinancement pour cette maison des jeunes « version autogérée », rigole Mme Monast-Landriault.

     

    Dans l’une des divisions déjà créées, elle montre les cuves de brassage qui attendent sagement sur place le début de la production des Sans-Taverne. « Au lieu d’être un simple écrou dans la machine, on se bâtit des emplois décents, à notre échelle », dit-elle en tant que membre de cette coop-micro-brasserie.

     

    Inépuisables défis

     

    La mobilisation sociale est dans l’ADN du quartier à l’histoire surtout ouvrière. Mais il a fallu « tâter les limites du possible et les repousser », explique Judith Cayer.

     

    « Pas parce qu’on est frondeurs, mais parce que les contraintes sont tellement restrictives ! »

     

    Elle cite par exemple le fait que ces anciens ateliers ferroviaires devaient tout simplement être rasés selon le premier plan de redéveloppement du site du CN.

     

    L’embourgoisement rapide de Griffintown, le quartier voisin rasé et reconstruit sans aucun espace communautaire, a également posé un autre défi sans résolution facile : « En plus des gens qui nous disaient “vous n’y arriverez jamais”, il a fallu se demander si on était en train de faire un projet pour un quartier qu’on n’aurait plus les moyens d’habiter », laisse tomber la chargée de projet.

     

    Rien de moins sexy que la paperasserie entre décontaminations, ministères et demandes de subventions, relatent les deux femmes.

     

    Mais l’objectif était assez grand pour monter la garde ou donner un coup d’accélérateur au bon moment. « C’est un projet pour inventer la société de demain, expérimenter d’autres circuits d’échange, de production et de gestion. Quand on est avec des gens prêts à faire le pari de subvenir à nos propres besoins et de dégager une marge d’autonomie et de liberté, c’est une proposition qui peut et qui doit être embrassée par n’importe qui, n’importe où. »

     

    La trame humaine existait déjà, les défis, eux, surgissent chaque jour, et c’est là tout l’incroyable de leur succès. Le prochain sera d’élargir « le coeur », répète Caroline, à tout un écosystème. Faire cohabiter plus de 100 personnes, faire en sorte qu’elles concourent à l’audacieux Bâtiment 7, c’est déjà accepter de « se réinventer aussi personnellement que collectivement », conclut Judith.

     

    En quittant le Bâtiment 7, une voiture ralentit en tournant sur la rue Le Ber, pour saluer Judith et Caroline.

     

    Derrière la section en rénovation, environ les deux tiers de l’édifice sont encore placardés de grands contreplaqués. Seule la première phase de reconversion a en effet trouvé son financement. Le pôle de santé, qui inclut une maison de naissance, et l’alimentaire, qui rêve d’une serre, restent encore à appuyer. Caroline Monast-Landriault promet malgré tout que la bière sera prête au printemps. Et elle sera bonne.

     

    Le Bâtiment 7 en pleine reconversion ouvrira ses portes en 2018 après 14 ans de luttes populaires.













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