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    Les mots de l'année (5/6): «Ubérisation», symptôme et promesse du nouveau monde

    Le modèle économique de l’ubérisation ne semble pas pour autant profitable à Uber.
    Image: Le Devoir Le modèle économique de l’ubérisation ne semble pas pour autant profitable à Uber.

    Oui, bon, le mot ubérisation date de quelques années déjà. Le processus décrit l’utilisation de nouvelles technologies et des plateformes numériques pour développer des services et concurrencer un secteur de l’économie classique.

     

    La compagnie emblématique Uber existe depuis 2009 pour concurrencer les taxis avec des chauffeurs indépendants qui utilisent leur voiture personnelle. Elle-même est maintenant concurrencée par Blablacar ou Drivy. Aibnb et Booking.com empiètent sur le marché hôtelier par la location à court terme d’appartements ou de chambres privés. Amazon comme Alibaba pulvérisent le commerce réel en fédérant en ligne plusieurs vendeurs d’un même produit.

     

    La lame de fond a frappé de plein fouet cette année. Tous les indices pointent vers un point de bascule. Amazon a dépassé en juillet les 500 milliards en capitalisation. Son fondateur, Jeff Bezos, s’est enrichi personnellement de 10 milliards avec les ventes du seul Black Friday de décembre. Par contraste, les soldes du Boxing Day, le lendemain de Noël, ont attiré moins de clients dans les magasins en « briques et mortier », comme disent les Anglos.

     

    Ce vieux monde réagit. Les grandes capitales du tourisme, Paris, New York ou Barcelone, ont commencé à réduire les conditions de location des appartements. La Ville de Québec a d’abord adopté une interdiction ferme de nouvelles résidences de tourisme sur son territoire avant d’assouplir son règlement la semaine dernière. L’interdit de conversion à la Airbnb est cependant maintenu pour les quartiers centraux, les plus fréquentés par les visiteurs.

     

    Toronto a légiféré au début du mois. Montréal a ensuite annoncé son intention d’« étudier les pratiques dans le domaine de la location à court terme ».

     

    Année difficile

     

    Uber l’a eu particulièrement dur. La compagnie a admis en novembre que les données de 57 millions de ses clients et chauffeurs ont été piratées et qu’elle a payé une rançon aux hackers. La faille majeure s’ajoutait aux révélations sur le pistage illégal des utilisateurs, l’espionnage industriel des concurrents et une culture d’entreprise agressive et sexiste qui a coûté leur poste aux plus hauts dirigeants cet été.

     

    L’Australie, la Bulgarie et l’Italie l’ont interdite parce qu’Uber ne respecte pas les lois du taxi. D’autres tentent de poser des balises à l’implantation du système. Londres, un des épicentres du libéralisme mondial, a retiré en septembre la licence du transporteur. Après avoir accumulé des conflits avec les autorités de plusieurs pays, Uber a été décrite il y a deux semaines par la Cour de justice de l’Union européenne comme une compagnie devant être soumise aux mêmes règles que les taxis.

     

    Au Québec, le service est régi par un projet-pilote qui impose certains critères de sécurité des véhicules et des chauffeurs. Le gouvernement a aussi lancé un programme de 44 millions sur cinq ans pour aider l’industrie traditionnelle du taxi à se moderniser par l’électrification et l’adoption de nouvelles technologies afin de faire face à la concurrence d’Uber. Le problème connexe de la valeur des permis de taxi en déclin a été confié à un groupe de travail.

     

    Le modèle économique de l’ubérisation ne semble pas pour autant profitable à Uber. La compagnie affiche bon an mal an des pertes équivalant à la moitié de ses revenus. Elle prétend révolutionner le capitalisme sans pour autant réussir à respecter sa règle la plus élémentaire, celle du profit.

     

    L’ubérisation se développe aussi parce que les inégalités sociales augmentent. L’économie participative attire les délaissés, les négligés et les oubliés du système qui y voient un moyen d’augmenter leurs revenus avec un emploi supplémentaire. La paupérisation, un mot plus vieux encore, pourrait aussi reprendre du service dans les prochaines années…













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