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    Bilan politique Québec: 2017 dans l’antichambre de 2018

    23 décembre 2017 | Actualités en société
    Marco Bélair-Cirino - Correspondants parlementaires à Québec
    Marie-Michèle Sioui
    Le premier ministre Philippe Couillard s’est affairé pendant l’année à faire oublier les contrecoups des compressions budgétaires de sa première moitié de mandat à coups d’annonces et de millions de dollars.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre Philippe Couillard s’est affairé pendant l’année à faire oublier les contrecoups des compressions budgétaires de sa première moitié de mandat à coups d’annonces et de millions de dollars.

    Ça a été l’année « d’avant », l’année « qui précède » : les 12 mois de 2017 ont été ceux où les partis ont rodé leur machine électorale, ajusté leur programme et trouvé le ton juste afin d’incarner — parfois avec difficulté — le changement en vue des élections générales de 2018. Coup d’oeil en trois temps sur une année durant laquelle les partis ont tâché de se présenter comme le gouvernement en attente.


    La volonté de l’année : incarner le changement

     

    Le « changement », voilà l’étiquette que tous les partis ont convoitée en 2017. Seuls les libéraux y ont renoncé. Le Parti libéral du Québec (PLQ), au pouvoir depuis 2003 — à l’exception de l’intermède de 18 mois du gouvernement Marois —, a préféré le mot… « transformation ».

     

    À coups d’annonces et de millions de dollars, le premier ministre Philippe Couillard s’est affairé à faire oublier les contrecoups des compressions budgétaires de sa première moitié de mandat. Puis, il s’est séparé de ses deux plus proches alliés : son directeur de cabinet Jean-Louis Dufresne et le secrétaire général du gouvernement, Roberto Iglesias. Il a effectué un remaniement de son Conseil des ministres, en évinçant cependant une seule personne, Rita de Santis. Changement cosmétique ? Le premier ministre s’est offusqué du fait que les chroniqueurs n’aient pas souligné l’audace de son jeu de chaises musicales. « Qu’est-ce que vous voulez avoir, vous autres, les médias ? Vous voulez avoir une livre de chair, un peu de sang sur la table ? C’est ça qui vous intéresse ? » s’est-il impatienté.

     

    Là où le bouleversement a été profond, c’est dans les intentions de vote des Québécois, qui ont adopté la CAQ comme solution de rechange au gouvernement. Troisième dans les sondages avec 19 % des intentions de vote, le PQ de Jean-François Lisée s’est attelé à démontrer que la CAQ reflète bel et bien le changement… mais surtout à travers ses prises de position fluctuantes. Même la démolition du pont de Québec a été envisagée ― puis écartée ― par François Legault. C’est finalement en s’érigeant en parti de la « loi et l’ordre » à l’approche de la légalisation de la marijuana que la CAQ a été la plus constante.

    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La CAQ de François Legault a grimpé dans les intentions de vote des Québécois.

    Pour Québec solidaire, l’incarnation du changement devait se révéler plus simple, dans la mesure où la formation de gauche n’a jamais fait partie de « la classe politique qui nous gouverne depuis 30 ans [et qui a] trahi le Québec », comme l’a lancé Gabriel Nadeau-Dubois lors de son entrée sur la scène politique au printemps. Sauf que les tactiques de QS ont parfois paru datées. Le parti s’en est pris aux médias pour solliciter du financement et a mené des débats sur la convergence des forces indépendantistes dans une opacité qui a valu à son comité de coordination le surnom de « Politburo ».

     

    La valeur de l’année : l’intégrité

     

    C’est à l’ex-premier ministre libéral Jean Charest que l’on doit l’utilisation répétée de ce mot, qui a même été tourné en slogan par la CAQ lors de l’élection partielle dans Louis-Hébert.

     

    Le lundi 24 avril, les journaux de Québecor ont publié la photo du prédécesseur de Philippe Couillard en une et révélé que Jean Charest était surveillé de près par l’UPAC. « On est en 2017. On veut nous faire revenir à d’autres dates préalables à l’élection de 2014 », a accusé le chef du gouvernement en Chambre.

     

    C’est peine perdue : la tentative passée de Philippe Couillard de « consoler » son ami Marc-Yvan Côté à la suite d’un reportage dévastateur à son endroit l’a placé dans l’embarras. Le choix d’Éric Tétrault comme candidat dans Louis-Hébert s’est aussi retourné contre lui. L’homme d’affaires a été chassé en raison d’une affaire de harcèlement et les libéraux se sont rabattus sur une candidate de huitième choix. « Intègre » est devenu le slogan de la candidate caquiste Geneviève Guilbault, qui a rallié une majorité de 7600 électeurs dans le château fort libéral.

     

    Mais les troupes de Philippe Couillard n’étaient pas au bout de leurs peines. En novembre, le premier ministre a admis avoir participé à de somptueuses réceptions chez l’ex-argentier du PLQ Marc Bibeau. « C’est chose du passé » ; « cette époque est révolue », a-t-il martelé. Sauf que cette « époque » passée s’est vite imposée dans son présent. Jean Charest a confirmé sa participation au 33e Congrès du PLQ. Tout le caucus s’est solidarisé autour de l’ex-chef libéral, et le premier ministre a vanté son bilan.

     

    La fin d’année aura à tout le moins permis aux libéraux de clore une affaire jetant le doute sur l’intégrité d’un des membres de la garde rapprochée de Philippe Couillard. Une équipe formée de cinq corps policiers n’a trouvé « aucune preuve » pouvant étayer les prétentions du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, sur la fermeture prématurée d’une enquête criminelle visant deux élus libéraux, dont l’un aurait été Jean-Marc Fournier.

     

    Ni le PQ ni la CAQ n’ont cependant été en reste au cours des 12 derniers mois : le premier parti a exclu le député Gaétan Lelièvre de son caucus en mai parce que celui-ci aurait accepté des faveurs de la firme Roche quand il était directeur général de la Ville de Gaspé. La CAQ a chassé le député Claude Surprenant, qui a fait l’objet en décembre du tout premier blâme du commissaire à l’éthique pour avoir permis que des activités partisanes soient financées par des fonds publics. Le premier candidat caquiste dans Louis-Hébert, Normand Sauvageau, a lui aussi été remplacé à quelques semaines du scrutin en raison d’allégations de harcèlement.

     

    Le sujet délicat de l’année : la question identitaire

     

    L’année 2017 a commencé avec le choc de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec et le report subséquent de l’étude du projet de loi sur la neutralité religieuse en dépit d’un consensus de l’opposition autour des recommandations de la commission Bouchard-Taylor.

     

    Le gouvernement a dû attendre à l’automne pour revenir à la charge avec ce projet de loi, dans lequel… « il n’est pas question de religion », selon la lecture qu’en a faite Philippe Couillard. Aussitôt adoptée, la loi controversée a été ignorée par des municipalités, des services de transport et des établissements d’enseignement, puis suspendue, en partie, par la Cour supérieure.

    Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a obtenu un vote de confiance de 92,8% au congrès national du parti.

    Soucieux de démontrer qu’il est « possible qu’une loi sur le visage découvert ait de l’allure », Jean-François Lisée a cru bon d’annoncer aux médias qu’il allait déposer un projet de loi sur la laïcité avant la période des Fêtes. Le hic : le caucus n’était pas dans le coup, a confessé M. Lisée après s’être fait taper sur les doigts par des députés.

     

    Même l’élection partielle dans Louis-Hébert a témoigné du malaise de la question identitaire. La mise sur pied de la consultation sur le racisme et la discrimination systémique a expliqué en partie la défaite du PLQ, ont convenu les libéraux Patrick Huot et Michel Matte.

     

    Accusé par la CAQ et le PQ de préparer le « procès des Québécois », le gouvernement libéral a retiré l’exercice des mains de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, et ce, après avoir tenté, en vain, de tenir les témoignages à l’abri des caméras de télévision, contrairement à ce qui s’était fait à la commission Bouchard-Taylor.

     

    C’est aussi l’identité qui a alimenté les discussions de fin d’année, quand TVA Nouvelles a ― faussement ― révélé que les dirigeants de deux mosquées montréalaises ont demandé l’exclusion des femmes dans un chantier à proximité à l’heure de la prière du vendredi. Le réseau s’en est excusé, mais ça n’a pas été suffisant pour arrêter les manifestants. Certains se sont présentés devant la mosquée visée pour s’opposer à l’intolérance, tandis que d’autres ont décrié l’imposture des fake news. De quoi laisser présager une année électorale sous tension…

    Des dates marquantes 28 mars : Le ministre des Finances Carlos Leitão présente le « budget de l’espoir retrouvé ». Un surplus de 2,3 milliards de dollars est dégagé. La croissance des dépenses de programmes passe de 3,8 % à 4,1 %.

    21 mai : Québec solidaire met un terme aux négociations d’alliances stratégiques avec le Parti québécois.

    28 juillet : Le gouvernement libéral soustrait l’île d’Anticosti de l’exploitation pétrolière. Il débourse plus de 100 millions en compensations.

    9 septembre : Jean-François Lisée obtient un vote de confiance de 92,8 % au congrès national de son parti.

    1er décembre : L’article 10 de la loi sur la neutralité religieuse de l’État adoptée deux semaines plus tôt est suspendu par la Cour supérieure du Québec.













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