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    Les mots de l'année (1/6): «écriture inclusive», désaccord en genre et en nombre

    L’écriture inclusive, défendue depuis des lustres par des linguistes soucieux d’égalité, est redevenue cette année un sujet de discorde et de débats publics.
    Image: Le Devoir L’écriture inclusive, défendue depuis des lustres par des linguistes soucieux d’égalité, est redevenue cette année un sujet de discorde et de débats publics.

    Comme le dit une pub d’ici : c’est tout le temps comique, une chicane de Français. Indeed ! Encore plus quand la dispute porte sur le français  en France, tout juste désigné « pays de l’année » par le magazine The Economist.

     

    L’écriture inclusive, défendue depuis des lustres par des linguistes soucieux d’égalité, est redevenue cette année un sujet de discorde et de débats publics de plus en plus acrimonieux. L’éditeur hexagonal Hatier a rouvert la très vieille plaie en mars en publiant un manuel scolaire utilisant ce nouveau mode d’expression.

     

    Le livre d’histoire intitulé Questionner le monde utilise une terminaison féminine après un point médian. Le manuel à l’usage des enfants du primaire cesse aussi « d’invisibiliser les femmes » en les citant sans cesse, par exemple pour écrire : « Grâce aux agriculteur.trice.s, aux artisan.e.s et aux commerçant.e.s, la Gaule était un pays riche. »

     

    Dans ce modèle, le masculin ne l’emporte donc pas automatiquement sur le féminin et les professions sont féminisées quand une titulaire le justifie. La préférence va autant que possible à l’usage de termes neutres. On opte pour « droits de la personne » plutôt que « droit de l’homme ».

     

    Ces mesures appliquent en partie les recommandations d’un guide pour une communication non sexiste publié en 2015 par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. La méthode par le point milieu est loin de faire l’unanimité, même auprès des féministes. L’objectif égalitaire, lui, rallie beaucoup plus de monde.

     

    L’Académie française a d’abord semblé défendre une position radicalement et unanimement conservatrice. La routine habituelle, quoi. L’institution gardienne de la langue a lancé fin octobre une « solennelle mise en garde » contre l’écriture « dite » inclusive qui ferait peser sur la langue française rien de moins qu’un « péril mortel ».

     

    Toute cette écriture ? Non. Les quarante Immortels, dont quatre femmes, semblent un peu divisés. Si le point médian est rejeté par tous, la féminisation des professions a ses adeptes et l’accord de proximité ne les fait pas tous travailler du bicorne.

     

    Le débat a aussi atteint l’Assemblée nationale, où des députés mesurés ont établi de très fines comparaisons avec la novlangue orwellienne. Le nouveau premier ministre, Édouard Philippe, a finalement tranché, fin novembre, en proscrivant l’écriture inclusive des textes officiels.

     

    N’empêche, la fronde gronde toujours. Un groupe de 77 linguistes (dont neuf du Canada) a publié à la mi-décembre une tribune intitulée « Que l’Académie tienne sa langue, pas la nôtre ». Ils réclament que le débat se poursuive et que la réforme devienne un objet de réflexion collective. Ils rappellent que la polémique sur l’expression du genre date de plusieurs siècles et que l’affaire a des ramifications sociopolitiques, « que cela plaise ou non ».

     

    La chicane de Français autour du français a fait moins de vagues ici, où on applique l’écriture épicène (« les étudiants et les étudiantes ») depuis des années. L’avocat Michael Lessard et la juriste Suzanne Zaccour ont publié une Grammaire non sexiste de la langue française (M éditeur) en septembre. L’ouvrage lance en sous-titre : Le masculin ne l’emporte plus !.













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