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    Libre opinion

    «La médecine n’a que l’acharnement thérapeutique à m’offrir»

    15 décembre 2017 | Michel Favreault - Sainte-Ursule | Actualités en société
    Pourquoi ne pas fournir au malade le moyen de passer lui-même de vie à trépas, sans intermédiaire, lorsque ses capacités et sa volonté de vivre seront rendues au bout de la course? s'interroge l'auteur. 
    Photo: iStock Pourquoi ne pas fournir au malade le moyen de passer lui-même de vie à trépas, sans intermédiaire, lorsque ses capacités et sa volonté de vivre seront rendues au bout de la course? s'interroge l'auteur. 

    Souffrant d’une maladie orpheline, dégénérative et incurable qui me rend de plus en plus prisonnier de mon enveloppe charnelle, la myosite à corps d’inclusion, je ne suis malheureusement pas admissible à l’aide médicale à mourir (AMM). Parce que mon espérance de vie est la même que pour tout le monde. Côté qualité de vie et capacités physiques, par contre, c’est différent.

     

    Mes muscles « s’évaporant » sans cesse, je deviens lentement et sûrement une momie. Tout en restant totalement conscient. Pour un égyptologue amateur comme moi, c’est tout de même ironique. Dans la mesure des capacités physiques et mentales qui me restent, j’aime participer à ce débat pour qu’on élargisse l’admissibilité et l’accessibilité à l’AMM. Et je vous remercie de le ramener sur la place publique.

     

    Pourquoi seulement les médecins?

     

    Donner l’aide médicale à mourir, c’est grave et sérieux, et je comprends toutes les réticences des médecins. Pourquoi faut-il que ce soient eux qui écopent de la patate chaude ? Pourquoi ne pas créer un emploi spécifique pour administrer l’AMM ? On ne peut forcer personne à la pratiquer. Un peu comme pour l’avortement. On est tous pour.

     

    En attendant, dans mon cas, la médecine n’a que l’acharnement thérapeutique à m’offrir. Trachéotomie, dépendance totale à de multiples intervenants, pour me laver, me faire manger, me changer de couche, me tourner dans le lit, médicaments, etc., et une panoplie d’appareils sophistiqués pour manipuler et déplacer la momie que je deviens.

     

    Je n’écris pas pour me lamenter car, dans les circonstances, je suis choyé par le système de santé, qui m’accompagne à chaque instant grâce à de nombreux intervenants et de nombreux appareils qui m’ont évité le CHSLD jusqu’à présent. Sans compter de très nombreux parents et amis qui sont tellement et totalement dévoués à mon égard. Ma femme oublie sa sclérose en plaques et est une aidante naturelle hors du commun.

     

    Bref, pourquoi ne pas fournir au malade le moyen de passer lui-même de vie à trépas, sans intermédiaire, lorsque ses capacités et sa volonté de vivre seront rendues au bout de la course ? Pour ceux qui dégénèrent trop à leur goût, ça pourrait être « libre de mourir ».

     

    Je ne suis pas découragé ni déprimé, pour ceux qui pourraient le penser, je suis ultrarésilient. Mais certains jours, je suis tout simplement profondément et totalement tanné. Sans option et complètement impuissant. Pour un esprit libre et un sportif aguerri.

     

    Certains jours sont de trop. Ces jours-là, si la société ne veut pas trop s’impliquer directement, elle pourrait tout de même fournir un accès raisonnable à une solution finale et, surtout, digne. C’est une momie pensante qui vous le dit.













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