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    Éditorial

    La lutte contre la pauvreté se poursuit

    Après des années de lutte contre les déficits, le gouvernement Couillard ouvre les vannes pour tenter de convaincre qu’il peut aussi être généreux. Son dernier plan de lutte contre la pauvreté est loin d’être parfait, mais il améliore certainement le sort de dizaines de milliers de citoyens incapables de subvenir à leurs propres besoins.


    Le Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale présenté dimanche par M. Couillard et son ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, M. François Blais, a aussitôt subi les foudres de l’opposition et des militants de la lutte contre la pauvreté. La principale critique tient au traitement différent accordé aux prestataires qui ont des contraintes sévères à l’emploi, souvent qualifiés d’inaptes au travail, par rapport à ceux qu’on considère comme étant aptes à travailler.

     

    Au premier groupe, du moins à ceux et celles qui apparaissent sur la liste des prestataires inaptes depuis au moins cinq ans et demi, le Plan accorde un nouveau statut quasi permanent, moins contraignant et surtout plus sûr financièrement.

     

    Au lieu de recevoir 12 749 $ annuellement, ces 84 000 personnes (dont 93 % vivent seules) auront droit à un « revenu de base » qui atteindra 18 000 $ dans six ans, soit l’équivalent du seuil de faible revenu. Dans le cas d’un couple, le montant sera de 26 400 $.

     

    À elle seule, cette mesure qui constitue le coeur du plan d’action coûtera 1,2 milliard d’ici sa pleine mise en oeuvre en 2022-2023.

     

    Il va sans dire que voilà une importante augmentation, dont tous les Québécois peuvent être fiers puisqu’elle représente une amélioration réelle du sort des plus démunis d’entre tous.

     

    Quant aux autres personnes jugées inaptes au travail temporairement, elles auront aussi droit à une augmentation, mais de bien moindre importance, qui portera leur prestation à 14 000 $ sur une base annuelle. C’est trop peu.

     

    De leur côté, les assistés sociaux considérés comme étant aptes au travail, dont le revenu disponible est de 9389 $ à l’heure actuelle, verront celui-ci bonifié de 540 $, ce qui le portera à 55 % du seuil de faible revenu comme un comité d’experts l’avait récemment recommandé.

     

    C’est pour ceux-là que les militants de la lutte contre la pauvreté crient à l’injustice. Et le débat fait rage depuis la création de deux catégories de prestataires dans le traitement de dernier recours, il y a une trentaine d’années.

     

    Au Québec, les gouvernements qui se sont succédé, libéraux et péquistes, ont toujours défendu l’idée que le plus important pour l’intégration sociale d’un individu est de lui offrir du travail. Ils ont eu raison de penser ainsi.

     

    À preuve, le nombre d’assistés sociaux a diminué de moitié depuis 20 ans grâce à la conjoncture économique et aux mesures d’incitation au travail. S’il fallait consentir un revenu net d’impôt de 18 000 $ à quiconque préfère vivre sa vie sans travailler, le nombre de prestataires grimperait en flèche et le coût pour les contribuables exploserait. Une évidence.

     

    Dans le régime actuel qui cible les besoins spécifiques de chaque groupe de prestataires, un couple reçoit seulement 13 464 $ (14 000 $ dans 4 ans). Mais à cela s’ajoutent d’autres crédits pour l’emploi, prestations pour enfants, congés de frais de garde, médicaments et frais dentaires gratuits. Toutes choses qui font plus que doubler la valeur de l’aide de l’État.

     

    Même au salaire minimum actuel, les crédits favorisant l’emploi rendent celui-ci au moins deux fois plus payant que de ne rien faire.

     

    Selon une étude de la Chaire sur la fiscalité de l’Université de Sherbrooke parue il y a un an, la charge fiscale nette (après impôts et crédits) des Québécois fait partie des plus lourdes pour 20 des 26 cas de contribuables comparés dans 35 pays de l’OCDE. En revanche, elle est la plus faible dans les 6 derniers cas, qui concernent les familles avec enfants et les ménages à faibles revenus.

     

    Malheureusement, l’aide financière est généralement insuffisante pour sortir de la pauvreté. Le décrochage scolaire, la perte d’un emploi, la maladie, la dépendance à l’alcool et aux drogues placent certaines personnes dans une situation précaire, dont elles sont incapables de sortir seules. Cette forme d’aide individualisée, l’État est souvent incapable de l’offrir à cause de l’imposante et coûteuse bureaucratie qu’elle requiert.

     

    La lutte contre la pauvreté ne se résume pas à une question de revenus. Elle exige l’intervention de milliers d’individus et de centaines d’organisations qui ont aussi besoin qu’on les soutienne. Quel que soit le régime politique en place, elle ne sera jamais terminée.













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