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    Des civils pour diriger les corps de police au Québec?

    Nommer un civil à la tête d’un corps policier pour rétablir l’ordre a déjà fait ses preuves dans le passé. 
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Nommer un civil à la tête d’un corps policier pour rétablir l’ordre a déjà fait ses preuves dans le passé. 

    Soupçons de corruption au SPVM, climat de travail malsain à l’UPAC, détournements de fonds à la SQ : la crédibilité des corps de police du Québec a été mise à mal ces dernières années, entachée par de nombreux scandales. Certains s’interrogent même : devrait-on nommer des civils à la tête de ces organisations pour surveiller les policiers ? Les avis divergent.


    « Ça ne prend pas absolument un policier pour gérer la police. C’est des gestionnaires de haut niveau dont on a besoin », soutient Luc Hébert, criminologue retraité de l’Université de Montréal et ancien policier de la Sûreté du Québec (SQ). La récente nomination de Martin Prud’homme à titre d’administrateur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est une erreur, selon lui.

     

    Mercredi, dans la foulée du rapport de Michel Bouchard — qui investiguait sur les enquêtes internes du SPVM —, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a suspendu le chef Philippe Pichet, jugé incapable de redresser la situation.

     

    Le directeur général de la SQ prendra sa place jusqu’au 31 décembre 2018.

     

    Le rapport recommande notamment de réviser la Loi sur la police pour que seul le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) puisse désigner l’entité chargée d’enquêter sur un acte criminel qui aurait été commis par un policier.

     

    « On voit Martin Prud’homme comme le sauveur, mais au mieux ça ne va rien changer, au pire ça va empirer, craint Luc Hébert. Pour améliorer la situation, il ne faut pas juste du maquillage comme il l’a fait à la SQ en changeant les uniformes et la couleur des automobiles. »

     

    À son avis, la sélection des chefs de police est un problème endémique au Québec. Des civils, nommés par un comité indépendant, devraient plutôt prendre en main la direction des troupes.

     

    Cette idée trouve écho chez des élus à la Ville de Montréal et à l’Assemblée nationale ces derniers jours.

     

    « Nos organisations de police sont malades, elles ont besoin de plus qu’un redressement, il faut un changement de culture », ajoute l’ex-policier. Il estime que la forte culture policière gangrène les organisations. Pour de nombreux officiers, monter les échelons est devenu plus important que le travail effectué au service de la population.

    Ça prend [à la direction] quelqu’un de neutre qui [...] brise le cercle vicieux des guerres à l’interne
    Luc Hébert, criminologue retraité de l’UdeM et ancien policier de la SQ

    « Ça prend [à la direction] quelqu’un de neutre qui a une vision, du leadership, qui sait s’entourer d’une équipe avec de l’expérience et brise le cercle vicieux des guerres à l’interne », précise-t-il.

     

    De son côté, l’ancien inspecteur au SPVM Guy Ryan estime que « personne ne peut mener la police comme un policier ». « Un civil ne sait pas comment ça se passe à l’intérieur du système et sur le terrain. »

     

    M. Ryan se dit toutefois ouvert à l’idée qu’un « non-policier » occupe un tel poste, mais seulement pour un laps de temps. « Qu’on nomme un civil, mais pour 18 ou 24 mois, pas plus. C’est assez pour un redressement, pour apporter des solutions et construire une équipe solide. »

     

    Recette gagnante

     

    Nommer un civil à la tête d’un corps policier pour rétablir l’ordre a déjà fait ses preuves dans le passé, rappelle Luc Hébert.

     

    En 1996, alors que la SQ était plongée dans un scandale sans précédent — la commission Poitras faisant enquête sur l’intégrité de ses inspecteurs —, un civil a été nommé pour la première fois à la tête du service. Guy Coulombe, sociologue de formation, s’est vu confier la gestion des agents pendant deux ans, avec pour mission de changer la culture policière.

     

    « Ça avait fait des vagues à l’époque, on se demandait comment un civil pouvait gérer une équipe de police. Mais rien qu’en deux ans, même si ce n’est pas assez, il a fait un beau travail », estime M. Hébert.

     

    Son plus grand exploit ? Professionnaliser les cadres supérieurs pour qu’ils détiennent « plus qu’une technique policière dans leur coffre à outils », dit-il. Une quarantaine d’officiers sélectionnés ont pu poursuivre des études à l’université et perfectionner leurs talents de gestionnaires.

     

    Ce vent de changement n’a été que passager. Une fois réintégrés à leur équipe, ils ont été « mis au fond d’une salle, assis à un bureau avec un téléphone ». « On les appelait “les maîtrisés”, c’était méprisant », se souvient l’ex-policier.

     

    Cette politique de former davantage les cadres supérieurs s’est alors envolée avec l’arrivée de Martin Prud’homme à la SQ.

     

    Sortir le politique

     

    Civil ou non, les nominations politiques doivent cesser, fait valoir M. Hébert. « On oublie comment M. Pichet est arrivé à la direction du SPVM : une nomination de l’ancien maire Denis Coderre, rappelle-t-il. La police est trop politisée. Ce sont des cliques qui se rendent service, ça devient malsain. »

     

    « Ça reste exceptionnel, normalement il y a un concours, un processus rigoureux, et le tout doit être approuvé par les élus », nuance Guy Ryan.

     

    Le fait que le politique s’insère ainsi dans le choix du chef de police ne le dérange pas outre mesure, au contraire. « Ce système, c’est notre démocratie, on choisit des élus pour prendre des décisions ».













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