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    Quel est ce mur que frappent les immigrants?

    5 décembre 2017 | Isabelle Porter à Québec | Actualités en société
    Des immigrants ont été invités l’an dernier à visiter des entreprises agricoles à Sainte-Françoise, un village de 450 habitants situé dans le Centre-du-Québec, dans le but de les convaincre de venir travailler en région.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Des immigrants ont été invités l’an dernier à visiter des entreprises agricoles à Sainte-Françoise, un village de 450 habitants situé dans le Centre-du-Québec, dans le but de les convaincre de venir travailler en région.

    Alors qu’aux quatre coins du Québec, des employeurs déplorent le manque de main-d’oeuvre disponible, des milliers d’immigrants se tournent les pouces en attendant qu’on les rappelle. Le Forum du ministre David Heurtel saura-t-il nommer le mur qui les sépare ?


    Débarquées du Cameroun avec leurs diplômes, Cécile et Germine n’arrivent pas à trouver d’emploi depuis leur arrivée au Québec et doivent recourir à l’aide alimentaire de leur quartier pour joindre les deux bouts.

     

    Dans la file du Comptoir alimentaire de Notre-Dame-de-Foy, au moins le tiers des gens qui attendent sont des immigrants, récents pour la plupart.

     

    Cécile est arrivée avec son mari il y a un peu plus d’un an. « Mon conjoint et moi, on a décidé d’aller découvrir d’autres pays et, comme il y avait un programme lancé d’immigration canadienne, on s’est dit : “Pourquoi pas ?” »

     

    Elle travaille en droit des affaires ; lui est informaticien. Ont-ils trouvé un emploi ?

     

    « Non », rétorque la juriste. « Il a fait de grosses études là-bas. Ici bon, tu recommences presque tout à zéro. Moi, avec ma licence en droit, dans mon pays, je suis au top, mais ici, je suis… » Ils ont donc repris des études. « Ça ne nous dérange pas. Puisqu’on est là, on n’a pas le choix. C’est surtout l’équivalence qui dérange. »

     

    À l’autre extrémité de la file, Fatima et Shamaa ont vécu sensiblement la même chose. « On est venues ici comme immigrantes qualifiées », raconte Fatima, qui a quitté la Mauritanie avec sa famille, il y a trois ans. « Je suis professeure d’anglais au niveau secondaire, mon mari a un doctorat en génie chimique. »

     

    Faute d’emploi, elle a repris des études pour devenir éducatrice en garderie. Son mari, lui, est rentré en Mauritanie.

     

    « Il n’a pas réussi à trouver un travail dans son domaine. Et les ménages, il n’aime pas ça. Alors, il a gardé son travail dans notre pays comme directeur dans une société. » Depuis, il revient « tous les deux ou trois mois », dit-elle.

     

    Dans ce secteur de la ville, les travailleurs qualifiés sans emploi sont légion, note Louise Hudon, travailleuse de milieu. « On leur a fait miroiter une société ouverte aux cultures, mais jamais ils n’auraient pensé rencontrer une telle barrière pour la reconnaissance des diplômes », dit-elle.

     

    « Même au niveau des employeurs, ils disent que ce n’est pas toujours évident non plus. Il y a du racisme. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Cela n’est pas juste envers les musulmans. »

     

    D’autres soutiennent que c’est moins un problème de racisme que de critères de sélection. « Je reçois énormément d’appels d’entreprises, mais ce qu’ils recherchent, ce ne sont pas des travailleurs qualifiés, mais des travailleurs manuels », avance Lekbir Kherrati, coordonnateur du Service d’intégration au marché du travail par objectifs (SIMO) de Montréal. « Ça prend des gens qui sont prêts à travailler dans des usines, des entrepôts. »

     

    Pendant ce temps, dans les rangs de campagne

     

    Le Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination organisé par le ministre de l’Immigration, David Heurtel, vise justement à aborder ces enjeux. Né des vestiges de la controversée commission sur la discrimination systémique, l’exercice doit avoir lieu ce mardi au Terminal des croisières à Québec.

     

    Quatre thèmes sont au programme : l’emploi, la formation, la francisation et la lutte contre la discrimination. La journée vise à « trouver des solutions concrètes basées sur les meilleures pratiques », avait annoncé le ministre lors de l’annonce.

     

    Pour le gouvernement, l’enjeu est d’emblée économique en raison des pénuries de travailleurs qualifiés un peu partout au Québec. Entre janvier et septembre, le taux de chômage s’élevait à 6,2 % alors qu’il s’élevait à 8,8 % chez les immigrants. Si cet écart est en baisse depuis deux ans, il reste néanmoins supérieur à ce qu’on observe en Ontario.

     

    Dans le petit village de Sainte-Françoise, dans le Centre-du-Québec (450 habitants), on pense avoir trouvé une façon d’intégrer des réfugiés au marché du travail. Depuis l’an dernier, deux enseignantes de francisation ont réussi à placer sept immigrants — tous népalais — dans des entreprises agricoles de la MRC de Bécancour. Avec leurs familles, cela totalise 17 personnes, et une famille syrienne de plus est attendue d’ici Noël.

     

    « Pour les peu scolarisés, ça pourrait être une avenue pour le Québec », explique Céline Auger. « Il y a de la place dans les villages. Il y a des immigrants avec des profils ruraux », ajoute sa collègue Suzanne Laroche.

     

    Or, pour que les gens choisissent de rester, il faut investir dans l’intégration des gens, les faire sortir de chez eux, dit Mme Auger. « On a pris le temps pour chaque famille. […] On s’est assurés que ces gens-là s’intégraient. »

     

    Les employeurs sont en outre partie prenante dans le projet et acceptent de libérer des heures pour la francisation. De concert avec la caisse populaire locale, certains ont même financé une partie du projet. Leur motivation : recruter et former des employés qui vont s’établir dans le coin pour de bon et revitaliser le village.

     

    Céline Auger ajoute que « ça prend des cours de francisation adaptés » avec des horaires atypiques et adaptés. « On peut donner des heures de francisation à la ferme. Avec Jamal [le nouveau travailleur originaire de Syrie], je pointe des choses, je lui dis les mots et il les enregistre sur son téléphone cellulaire. Il progresse à un rythme surprenant. »

     

    Or, faire financer le projet par le gouvernement n’a pas été simple, avancent les deux femmes, parce qu’il ne s’insère pas dans les « cases » des programmes de subventions existants. « Ça prend de la flexibilité pour rendre les choses possibles sur le terrain. »













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