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    Sur la route

    Les transports en commun ont un train de retard

    Aller au travail en autobus ou en métro prend presque deux fois plus de temps qu’en voiture

    L’autoroute 15 prend les airs d’un stationnement géant durant les heures de pointe. En 2016, les automobilistes canadiens ont passé en moyenne 24,1 minutes à se rendre sur leur lieu de travail.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’autoroute 15 prend les airs d’un stationnement géant durant les heures de pointe. En 2016, les automobilistes canadiens ont passé en moyenne 24,1 minutes à se rendre sur leur lieu de travail.

    L’utilisation de la voiture perd du terrain dans les grandes villes canadiennes, au profit du transport en commun et actif. Mais se rendre au travail en métro, en autobus, ou encore en train reste plus long que de faire le trajet en voiture, selon les plus récentes données de Statistique Canada.


    De Montréal à Vancouver, en passant par Toronto, Québec, Sherbrooke et Ottawa-Gatineau, les Canadiens optent de plus en plus pour le transport collectif afin de se rendre au travail. Une décision qui leur fait toutefois perdre presque deux fois plus de temps que s’ils avaient pris la route à bord de leur propre véhicule. La cause ? L’étalement urbain combiné à une offre de transport collectif insuffisante, selon les experts et acteurs du milieu.

     

    Pour l’ensemble du pays, les usagers du transport consacrent en moyenne 26,4 minutes à leur trajet journalier pour se rendre de leur domicile à leur travail, indiquent les données de recensement 2016 de Statistique Canada, rendues publiques la semaine passée. Lors du précédent recensement, en 2011, c’était plutôt 25,4 minutes.

     

     

    À Montréal, la durée moyenne est de 30 minutes, juste après Toronto en haut de la liste, où 34 minutes sont nécessaires pour parcourir une distance domicile-travail, tous moyens de transport confondus.

     

    Mais selon le mode de transport choisi, cette durée varie considérablement. En 2016, les automobilistes canadiens ont pris 24,1 minutes pour faire le trajet entre leur résidence et le travail tandis que les usagers du transport en commun prenaient plutôt 44,8 minutes et les habitués du transport actif — soit le vélo et la marche —, seulement 15 minutes.
     

    Pour le directeur de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard, l’étalement urbain explique en majeure partie ce temps passé dans les transports pour se rendre jusqu’au travail quotidiennement.

    22,3
    C’est le pourcentage de travailleurs de la grande région de Montréal qui utilisent chaque jour le train, le métro ou le bus vers la ville.

    Source : Statistique Canada, 2016
     

    Aspirant à vivre dans une propriété privée et attirés par la valeur foncière moins élevée dans les zones urbaines plus reculées, les Canadiens n’hésitent pas à s’éloigner des quartiers centraux, qui regroupent généralement les pôles emplois, au risque de perdre davantage de temps quotidiennement dans les transports.

     

    Le grand Montréal a pour sa part connu un fort étalement urbain ces dernières années. Selon les chiffres du recensement 2016 à ce sujet, publié en février dernier, 16 des 29 centres urbains au Canada où la population a le plus diminué se trouvent dans la grande région de Montréal. Les familles s’éloignent non seulement de l’île, mais aussi des banlieues proches des rives sud et nord pour préférer s’installer à la limite de la région métropolitaine.

     
    Le système de bus étant plus rapide, cela permettrait d’augmenter la fréquence de passage, de transporter davantage de personnes et d’améliorer l’image du transport en commun aux yeux de tous
    Félix Gravel, responsable des transports au CRE de Montréal

    « Plus on s’éloigne, plus ça augmente inévitablement le temps de transport, c’est évident, vu que les gens doivent parcourir encore plus de kilomètres », laisse tomber M. Savard.

     

    Congestion routière

     

    Mais la distance seule n’explique pas uniquement l’augmentation du temps de trajet ; la congestion routière entre aussi en compte d’après lui. En s’éloignant, les citadins vont davantage utiliser leur voiture plutôt qu’un transport collectif — qui est souvent limité, voire inexistant dans certains quartiers éloignés —, ce qui contribue à la création de bouchons de circulation.

     


    La carte présente le pourcentage des gens utilisant le transport en commun par rapport à tous les autres modes de déplacement pour se rendre au travail.​

     

    « Il y a une offre de transport en commun qui répond globalement aux besoins dans les grands centres, mais dès qu’on s’éloigne le système ne tient plus la route, déplore M. Savard. On le voit sur les rives sud et nord de Montréal où les bus pour se rendre en ville sont pleins d’une part et restent coincés dans la congestion routière ». D’où une augmentation du temps de trajet pour se rendre du domicile au travail.

     
    26,4
    C’est le temps moyen, en minutes, nécessaire aux Canadiens pour se rendre sur leur milieu de travail en 2016.

    Source : Statistique Canada, 2016

    « La façon dont on construit, plus en marge des centres urbains, rend dépendant à l’automobile, car ça reste le moyen le moins contraignant pour se déplacer », affirme Jean-Philippe Méloche, chercheur à l’Observatoire de la mobilité durable de l’Université de Montréal.

     

    Un transport en commun efficace

     

    La solution repose surtout sur une amélioration de l’offre de transport en commun, croit le responsable des transports au Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal, Félix Gravel.

     

    En plus d’appuyer de grands projets d’envergure pour la métropole québécoise, tels que le réseau électrique métropolitain (REM), la prolongation de la ligne bleue du métro ou encore la création d’une ligne rose, il suggère la mise en place systématique de voies réservées aux autobus sur les grandes artères.

    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Pour l’ensemble du pays, les usagers du transport consacrent en moyenne 26,4 minutes à leur trajet journalier pour se rendre de leur domicile à leur travail selon Statistique Canada.
     

    « Les autobus ne seraient plus pris dans la congestion avec les autres automobilistes. Le système de bus étant plus rapide ça permettrait d’augmenter la fréquence de passage, de transporter davantage de personnes et d’améliorer l’image du transport en commun aux yeux de tous », souligne-t-il.

     

    Pour donner un exemple, le CRE a réalisé un bilan de l’impact des voies réservées pour autobus sur la STM sur l’axe Saint-Michel à Montréal. Résultat : un gain de temps de 15 à 20 %, soit 6 à 8 minutes a été enregistré, grâce aux deux lignes d’autobus pour environ 40 000 déplacements par jour.

     

    Des changements que le gouvernement devrait apporter au plus vite au système actuellement en place, croit M. Gravel. « Derrière ce temps perdu dans les transports, il y a du temps non travaillé, donc une perte de productivité et d’économie, mais surtout une perte de qualité de vie, soutient-il. Ça pèse sur la vie des gens, ça crée du stress. »

    Vancouver, l’exemple à suivre? En deux ans, la ville de Vancouver a connu une baisse de 8 % du nombre de travailleurs utilisant une voiture au profit du transport en commun — comparativement à une baisse de seulement 3 % à Montréal. Un phénomène que Christian Savard, de Vivre en ville, attribue surtout à l’offre d’un système de transport en commun performant. « Vancouver n’avait pas vraiment de réseau de transport collectif structurant jusqu’au SkyTrain, un système dans lequel ils investissent en continu et qui a connu d’importantes prolongations entre 2002 et 2009 », indique-t-il.

    L’étalement urbain est limité à Vancouver en raison de contraintes géographiques, les montagnes d’un côté, l’océan de l’autre. En plus de proposer une solution de rechange intéressante aux travailleurs pour faire disparaître l’auto solo, la Ville a revitalisé les quartiers centraux, aménagés en étage pour pouvoir accueillir davantage de familles.

    « On ne le dit pas assez souvent : le meilleur plan de transport, c’est d’avoir un schéma d’aménagement cohérent », soutient M. Savard.

    Un avis partagé par Jean-Philippe Méloche, chercheur à l’Observatoire sur la mobilité durable, qui estime que Montréal est tout de même dans la bonne voie, faisant des efforts pour limiter son étalement urbain ces dernières années. « Il se fait maintenant plus de condos que de maisons unifamiliales. Ça se voit aussi dans les banlieues et les régions plus éloignées. […] On prend moins d’espace pour construire qu’il y a 10 ans. »

    Paradoxalement, de grands espaces sont utilisés pour la construction de centres commerciaux, ce qui est pour le moins contre-productif, regrette-t-il.













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