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    Lettres

    Gardons le «hi», mais rejetons le «fuck»

    4 décembre 2017 | Christopher Neal Westmount, le 1er décembre 2017 | Actualités en société

    Face à la consternation parmi les députés de tous les partis à l’Assemblée nationale autour du « bonjour-hi » devenue la phrase d’accueil de choix parmi les commerces du centre-ville de Montréal, la satire paraît de mise. Autrement, comment pourrait-on accepter, sans sourire aux lèvres, l’idée que ce petit hi soit d’ores et déjà devenu une menace à la survie du français d’une envergure telle qu’elle mérite l’attention et la dénonciation unanime de nos élus ?

     

    Cette petite controverse artificielle et risible nous rappelle que, dans toute société où deux langues ou plus coexistent, on trouve des emprunts de part et d’autre. L’Office québécois de la langue française lui-même a ouvert la porte, il y a deux mois, à quelques anglicismes, reconnaissant que la force de l’usage l’emporte sur la direction normative en matière de vocabulaire populaire. Ce sont là des manifestations d’une réalité sociologique. Fustiger ceux qui ne cherchent qu’à bien servir leurs clients dans des quartiers bilingues serait donc futile, même absurde. D’autant plus qu’il y a d’autres emprunts de l’anglais dans la parlure québécoise qui sont plus nocifs que le hi à la suite d’un « bonjour » mais qui, toutefois, semblent allégrement acceptés. À titre d’exemple, on remarque que le mot « fuck » a été adopté de façon répandue.

     

    L’écrivain Jacques Ferron, qui a fait preuve du sens de l’absurde en fondant le Parti Rhinocéros, a observé que « l’anglais a tendance à polluer une langue, tandis que le français lui prête une certaine élégance ». Voilà un bel exemple ! En anglais, le mot « f » est toxique, hors-jeu, une bombe lexicale dont l’emploi nous rappelle tout de suite que nous nous trouvons en compagnie de personnes vulgaires. Mais ce legs est laissé pour compte dans l’usage par bon nombre de francophones au Québec qui l’ont banalisé, s’en servant même en ondes. Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a dû se prononcer le mois dernier, concluant « que le mot fuck en français n’avait pas une connotation aussi vulgaire qu’en anglais ». N’empêche que, devant la richesse du vocabulaire français, a-t-on vraiment besoin de recourir à ce mot emprunté de l’anglais et qui, malgré la décision de ce Conseil, conserve toujours une bonne part de sa vulgarité en français ? En revanche, le « hi » amical semble plutôt anodin, de même que le « Bye-Bye » avec lequel de nombreux Québécois terminent l’année. S’il faut s’en prendre à des mots anglais, que l’on choisisse les cibles avec un peu plus de discernement !













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