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    Libre opinion

    Assurance-emploi: le Canada a besoin d’un programme 2.0

    1 décembre 2017 | Pierre Céré - Coordonnateur du Comité Chômage de Montréal | Actualités en société
    Tout a changé dans le monde du travail depuis 25 ans, sauf la vision limitée et bureaucratique de l’assurance-emploi, croit l'auteur. 
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Tout a changé dans le monde du travail depuis 25 ans, sauf la vision limitée et bureaucratique de l’assurance-emploi, croit l'auteur. 

    Lettre au premier ministre Justin Trudeau.

     

    Le programme d’assurance-emploi n’est pas un programme social comme les autres. C’est une caisse qui a engrangé au cours de la dernière année étudiée plus de 23 milliards de dollars en cotisations versées par les employeurs et les salariés. Ce sont environ deux millions de citoyens et citoyennes canadiens qui ont déposé une nouvelle demande de prestations, dont près de 500 000 travailleurs et travailleuses du Québec.

     

    À ceux qui croient encore que le « chômage » est un mode de vie, il convient de mentionner que, si la durée maximale moyenne d’une période de prestations pourrait être de 34 semaines, elle n’est pourtant en fait que de 19,9 semaines (18,4 au Québec). L’explication est simple : un chômeur demeure un travailleur et le chômage, une réalité temporaire. L’assurance-emploi est un programme qui vient suppléer pendant quelques semaines, au maximum quelques mois, à l’absence d’un revenu.

     

    Ce programme a été considérablement malmené de 1990 à 2015. En effet, tous les gouvernements qui se sont succédé pendant ces 25 ans ont imposé une série de compressions visant à en réduire la portée, tout en dégageant des surplus mirobolants qui ont été détournés de leur destination.

     

    Le Parti libéral du Canada a une histoire indissociablement liée à celle du programme d’assurance-emploi. Créé en 1940 par McKenzie King, ce programme est devenu universel en 1971, sous Trudeau père. C’est par contre un gouvernement libéral qui, au cours des années 1990, a imposé les reculs parmi les plus importants.

     

    Lors des élections de 2015, vous avez, Monsieur le Premier Ministre, mis en avant des propositions visant à améliorer ce programme. À la surprise de plusieurs, vous avez réalisé l’ensemble de ces engagements, non seulement ceux visant à corriger l’héritage Harper, mais aussi certaines mesures ancrées depuis bien plus longtemps : abolition du critère d’admissibilité discriminatoire pour les « nouveaux arrivants » (fixé à 910 heures) et réduction du délai de carence de deux à une semaine. Tout cela est à votre honneur. Mais il ne faut pas s’arrêter là.

     

    Réalités diversifiées

     

    Tout a changé dans le monde du travail depuis 25 ans, sauf la vision limitée et bureaucratique de l’assurance-emploi. En ce moment même, une partie importante de la population active est toujours exclue de ce programme et une majorité de chômeurs n’y a plus accès. Le programme ne répond pas aux réalités diversifiées du monde du travail d’aujourd’hui (temps partiel, temporaire, autonome), ses critères d’admissibilité et ses rouages imposent des règles inéquitables, souvent judiciarisées à l’extrême (à propos des raisons de fin d’emploi par exemple) et inutilement compliquées.

     

    De tous les pays de l’OCDE, le Canada est le seul pays à posséder un programme d’assurance-emploi qui fonde l’admissibilité et le calcul ainsi que la durée des indemnités sur le lieu de résidence du travailleur. Cela mène à toutes sortes d’aberrations d’une région à une autre, à l’intérieur d’une même région, d’un secteur d’emploi à un autre. Les gens de la Haute-Côte-Nord et de Charlevoix en auraient long à dire sur le sujet… On pourrait parler aussi des prestations maladie, qui ont toujours été limitées à 15 semaines alors que l’incidence de maladies graves est en hausse.

     

    Le moment est venu de se doter d’un programme d’assurance-emploi 2.0, adapté aux réalités actuelles du monde du travail. Il faut faire en sorte que les travailleurs et les travailleuses soient mieux protégés devant les différentes situations de chômage. Il n’y a pas de meilleure conjoncture que celle que nous connaissons présentement pour chercher une solution, car il n’y a pas de pression sur le financement de la caisse d’assurance-emploi. Le temps est venu de repenser ce programme. Ce que nous appelons toujours le « monstre à mille têtes » doit être relégué aux oubliettes. Les travailleurs et les travailleuses, moteurs de notre société, méritent un programme normal et adéquat.

     

    Travaillons ensemble dans cette direction. Comme organisme qui accompagne les personnes au chômage, nous sommes prêts à y collaborer dans le meilleur esprit, les intérêts partisans n’ayant pas leur place ici.













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