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    Les motocyclistes en manque de formation?

    Des conducteurs jugent les cours de perfectionnement nécessaires pour pallier leur vulnérabilité

    Sans remettre en question la formation de base, le directeur de la Fédération motocycliste du Québec, Jean-Pierre Fréchette, croit qu’une formation continue réduirait le nombre d’accidents.
    Photo: iStock Sans remettre en question la formation de base, le directeur de la Fédération motocycliste du Québec, Jean-Pierre Fréchette, croit qu’une formation continue réduirait le nombre d’accidents.

    Casque, gants, bottes et vêtements de protection : malgré toutes les mesures de précaution, les motocyclistes sont loin d’avoir les mêmes chances de survie que les autres usagers de la route en cas d’accident. Au Québec, du chemin reste à faire pour améliorer la sécurité de ces passionnés du deux-roues, estiment les acteurs du milieu.


    Les motocyclistes sont trois fois plus susceptibles d’être blessés dans une collision que les automobilistes, révélait la semaine dernière une étude réalisée en Ontario. Des résultats qui trouvent écho au Québec, où le nombre d’accidents impliquant des motos augmente chaque année. Inquiets, les habitués du deux-roues recommandent une formation continue afin d’améliorer leur sécurité.

     

    En analysant les données d’admission à l’hôpital des accidentés de la route entre 2007 et 2013, les chercheurs de l’Université de Toronto ont constaté que les conducteurs de motocyclettes sont aussi dix fois plus enclins à souffrir de graves blessures qui seront deux fois plus coûteuses à traiter que celles des automobilistes. Ils ont également observé qu’en Ontario, le nombre de décès à moto n’a fait qu’empirer depuis 1997.

     

    Même scénario au Québec : 54 motocyclistes ont perdu la vie en 2016, 4 de plus que l’année précédente, indiquait la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) dans son dernier bilan routier. Il s’agit d’une augmentation de 22,2 % par rapport à la moyenne des décès de cette catégorie entre 2011 et 2015. Dans le même temps, les motos ont augmenté sur les routes : 181 000 étaient immatriculées au Québec en 2016, une augmentation de 4,5 % par rapport à 2015.

     

    Routes abîmées, automobilistes inattentifs, vitesse trop élevée et manque de protection viennent en partie expliquer ce bilan « peu reluisant ».

     

    « Un motocycliste n’a pas la protection nécessaire en cas de collision avec un véhicule. En voiture, on est dans un habitacle avec armature en acier, ça fait effet de tampon entre nous et l’objet de collision », fait valoir la porte-parole de CAA-Québec, Annie Gauthier, en guise d’explication.

     

    Et la vitesse, souvent impliquée dans les accidents, a des effets ravageurs, note-t-elle. « Imaginez un motocycliste sur une autoroute, il roule à la même vitesse que les voitures, mais sa seule protection c’est son casque […] C’est certain que les dangers sont exacerbés. »

     

    « Il y a beaucoup de témérité et une part d’inconscience chez les motocyclistes. Certains prennent des risques, d’autres ne sont pas expérimentés. On se met souvent dans le trouble nous-mêmes en passant tout droit dans des courbes », admet Odile Mongeau qui s’est retrouvée sur un lit d’hôpital en juin dernier à cause de sa passion.

     

    Activité à risque

     

    Côtes cassées, colonne vertébrale touchée, elle est restée trois mois sans travailler, après être tombée dans un fossé alors qu’elle circulait dans des chemins de terre à Bromont. « J’ai fait une fausse manoeuvre, j’ai perdu le contrôle. […] J’ai été vraiment chanceuse, car ma moelle épinière n’a pas été touchée », confie la Québécoise de 54 ans.

     

    La douleur a été assez forte pour la convaincre de tirer un trait — quelques années du moins — sur la moto tout-terrain, mais hors de question de laisser au garage son moyen de transport quotidien. « Je vais continuer à en faire jusqu’à ce que je ne puisse plus enfourcher ma moto ou que je meure », lance-t-elle.

    54
    C’est le nombre de motocyclistes morts sur les routes du Québec en 2016 selon la SAAQ

    Sa passion la poussera certainement à regagner les sentiers sinueux avec sa moto tout usage, « mais pas avant d’avoir suivi un cours de perfectionnement avant », assure-t-elle.

     

    Loin d’être une « tête brûlée », la motocycliste fait de la « prudence » sa devise depuis qu’elle a décroché son permis il y a 22 ans. « Chaque année je prends une formation d’une journée pour me perfectionner », raconte-t-elle, soulignant n’avoir jamais eu de problèmes sur route traditionnelle.

     

    Pour elle, les motocyclistes sont les premiers responsables de leur sécurité. « Beaucoup ont l’impression que tout leur est permis, que c’est aux automobilistes de faire attention à eux. Ça ne marche pas comme ça. »

     

    Il faut respecter les limites de vitesse, être prudent et surtout faire le nécessaire pour être vu par les autres conducteurs, conseille-t-elle, un point qu’elle trouve peu abordé dans les cours. « Avoir une moto de couleur, mettre des vêtements plus clairs et bannir le noir, avoir des clignotants voyants : c’est pas si compliqué d’aider [les conducteurs] de véhicules à mieux nous voir et à connaître nos intentions. »

     

    Formation continue ?

     

    Sans remettre en question la formation de base pour obtenir son permis moto, le directeur de la Fédération Motocycliste du Québec, Jean-Pierre Fréchette, croit qu’une formation continue réduirait considérablement le nombre d’accidents.

     

    « Avoir son permis c’est une chose, apprendre à conduire dans différents contextes routiers c’en est une autre, explique-t-il. On devrait insister pour que les gens réalisent que l’engin qu’ils ont entre les mains peut être dangereux s’il est mal manié et veuillent ainsi être mieux formés. »

     

    Pourquoi ne pas suivre un cours de perfectionnement chaque année après l’hiver pour retrouver ses repères, propose-t-il. À l’heure actuelle, seules la fédération et quelques écoles privées de conduite en donnent.

     

    Mais l’imposer pourrait en décourager certains, craint Odile Mongeau, soulignant que les structures actuelles ne pourraient, de toute façon, prendre en charge autant de clients.

     

    Le gouvernement et la SAAQ devraient par contre l’encourager auprès des conducteurs de moto par des incitatifs. Elle donne l’exemple de la Suisse qui accorde une subvention à ceux qui suivent volontairement des cours pour mieux maîtriser leur moto.

     

    Pour M. Fréchette, il faudra attendre encore longtemps, les motocyclistes étant considérés comme « des moutons noirs par la SAAQ ». Il rappelle qu’il aura fallu attendre mai 2017 pour que la société propose une première Journée de la sécurité à moto.

     

    Des dizaines de personnes sont venues assister aux conférences, ateliers de perfectionnement et démonstrations données par des experts afin d’améliorer leur conduite, précise de son côté le porte-parole de la SAAQ, Mario Vaillancourt. « On voulait ajouter aux campagnes [de sensibilisation] et aux événements pour permettre aux motocyclistes de commencer la saison en toute sécurité. »

    La moto, un atout en ville ? À l’heure où les grandes villes du monde sont de plus en plus congestionnées, le deux-roues apparaît pour plusieurs comme une alternative plus qu’intéressante à la voiture, lorsque le transport en commun fait défaut. Une solution envisageable au moins huit mois par année au Québec, où il est interdit de rouler en moto munis de pneus quatre saison du 15 décembre au 15 mars en raison des conditions météorologiques plus dangereuses l’hiver.

    « On oublie que la moto est un petit véhicule, plus mobile, qui prend moins de place, consomme peu d’essence et facile à stationner. Il n’y a que des avantages en ville, surtout quand on a des gros problèmes de mobilité, comme à Montréal », soutient Odile Mongeau.

    Elle regrette que les plans de développement des villes prennent peu en compte ce moyen de transport, freinant son expansion. « La moto n’est même pas une option, elle est ignorée. On parle juste d’accommoder les automobiles et les vélos. »

    Selon elle, le gouvernement devrait notamment permettre aux motocyclistes de partager les voies réservées avec autobus et taxis en heure de pointe. Ou encore autoriser la pratique de la circulation interfiles — en ville ou sur l’autoroute —, qui consiste à se faufiler entre deux rangées de voitures à faible vitesse lors des périodes de congestion.

    Certains pays à travers le monde tels que la Grande-Bretagne, le Japon, la Belgique, la France, l’Espagne ou encore dans l’État de la Californie aux États-Unis, autorisent cette façon de partager la route, ou tout du moins la tolèrent, depuis des années.

    Abordée par le passé par le comité moto du ministère des Transports du Québec, l’idée a rapidement été balayée du revers de la main. « Le Québécois a du mal à céder un pouce quand il est pris dans le trafic. Il y a encore un gros travail d’éducation à faire », lance Mme Mongeau, doutant fortement — et à regret — de voir un jour cette pratique autorisée au Québec.
     












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