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    L’allongement de la jeunesse: quels effets dans la suite des générations?

    27 novembre 2017 | Madeleine Gauthier - Professeure associée au Centre Urbanisation Culture Société de l’INRS | Actualités en société
    Photo: Institut du Nouveau Monde
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Lorsqu’il est question de rapports intergénérationnels, le vieillissement de la population inquiète. Quelle place pour la jeune génération ? On a toutefois tendance à oublier qu’un des grands changements dans la société québécoise contemporaine réside dans l’allongement de la jeunesse — et donc l’allongement de la période de dépendance.


    La démocratisation de l’éducation et les besoins de main-d’oeuvre qualifiée ont fait en sorte qu’en l’espace de quelques décennies, l’entrée à temps plein sur le marché du travail a été reportée. Aujourd’hui, elle se fait massivement entre 25 et 29 ans.

     

    Par ailleurs, de 1971 à 2012, la fréquentation des établissements d’enseignement à temps plein est passée de 68,8 % à 82,6 % pour les 15-19 ans, et de 16,5 % à 44,9 % pour les 20-24 ans, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

     

    Toutefois, le défi de la persévérance scolaire se pose, en particulier chez les jeunes hommes. S’agit-il de l’attrait du marché du travail en période de prospérité, ou encore du sentiment d’être surqualifié par rapport aux attentes du marché ?

     

    Impact sur la famille

     

    La cellule familiale subit des transformations importantes en raison de l’allongement de la jeunesse. Il y a d’un côté la prolongation de la cohabitation familiale, alors que 33,1 % des 20 à 34 ans de Montréal habitent chez leurs parents, contre 23,6 % à Québec, selon le Recensement de 2016.

     

    Le soutien financier aux études constitue également un facteur de transformation de la famille — lorsque le revenu familial le permet. Une portion importante des étudiants cumule tout de même des dettes, en dépit du fait que les droits de scolarité au Québec soient parmi les plus bas au Canada. En 2005, 67,4 % des moins de trente ans étaient endettés, selon l’ISQ.

     

    Études et emploi

     

    De leur côté, les étudiants sont de plus en plus nombreux à occuper un emploi à temps partiel depuis les années 1990. En 2013, 46,8 % des étudiants à temps plein avaient un emploi. Si les données statistiques concernant cette main-d’oeuvre sont abondantes, celles sur la qualité des emplois qu’ils occupent (notamment ce qui concerne leur rémunération et leurs conditions de travail) le sont beaucoup moins. La rémunération des stages, par exemple — en particulier dans les secteurs majoritairement féminins —, est actuellement d’actualité.

     

    Bémol sur l’accès à l’éducation

     

    Les succès liés à la démocratisation de l’éducation cachent toutefois la dure réalité d’une frange de la population jeune et marginalisée, dont la condition ne permet pas toujours d’atteindre ce qui constitue l’autre dimension de la richesse d’aujourd’hui : la connaissance.

     

    Ce n’est pas anodin que l’on mette l’accent en ce moment sur les « catégorisés » des sciences neurologiques et du comportement. Il y a aussi les ni aux études, ni en emploi, ni en formation (NEEF) : on en a dénombré 182 500 au Québec en 2014-2015. Ils sont les pauvres d’aujourd’hui.

     

    D’autres coûts sociaux de l’allongement de la jeunesse

     

    D’autres coûts sociaux sont également à prendre en considération. L’âge moyen de la mère à la première naissance était de 25,04 ans en 1975, comparativement à 29,03 ans en 2015. Cette augmentation a un impact démographique important.

     

    Le régime de prêts et bourses qui favorise la conciliation études-famille a mis du temps à se concrétiser. L’accès au logement autonome et à la propriété est également reporté, selon une étude du Forum jeunesse de l’île de Montréal.

     

    Les jeunes longtemps aux études s’engagent-ils seulement dans leur réussite ?

     

    Outre les manifestations, on les retrouve nombreux dans diverses formes d’associations et de bénévolat. La durée des études en éloigne toutefois plusieurs de l’engagement dans la vie de couple et de la fondation d’une famille. Le peu de participation à la vie démocratique qu’on leur reproche se ressentirait-il d’une certaine mobilité sur le territoire exigée par les études et la recherche d’un emploi ?

     

    Sensibles à la conjoncture et puisqu’ils auront à soutenir des personnes à charge aux deux extrémités de la vie, il faudra sans doute porter une attention particulière à l’insertion professionnelle de ces jeunes dont le poids démographique diminue.

     

    La participation des femmes au marché du travail devenue équivalente à celle des hommes suffira-t-elle à combler le déficit ? À moins que les nombreux baby-boomers qui arrivent à la retraite emportent sous le bras un intérêt pour le travail à temps partiel, un régime de pension, un patrimoine immobilier et financier, une santé meilleure. Ces questions constituent des pistes de solutions possibles aux défis posés par l’allongement de la jeunesse.













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