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    La francisation au Québec est un fiasco, dit le rapport de la vérificatrice générale

    Seulement un immigrant sur trois ayant besoin de cours de français en a suivi

    Entre 2010 et 2013, à peine 30,9% des quelque 50 000 immigrants âgés de 16 ans et plus ne parlant pas français avaient participé à des cours de francisation.
    Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Entre 2010 et 2013, à peine 30,9% des quelque 50 000 immigrants âgés de 16 ans et plus ne parlant pas français avaient participé à des cours de francisation.

    Le programme de francisation échoue sur toute la ligne. Moins du tiers des immigrants qui ne parlent pas français ont eu des cours de langue et aucun suivi n’a été fait auprès de ceux qui n’en ont pas fait ou qui ont abandonné les cours, révèle le rapport de la vérificatrice générale rendu public jeudi. Autre constat accablant : les taux de réussite sont désastreux et très peu d’immigrants sont capables de fonctionner en français au quotidien après avoir terminé les huit niveaux.

     

    Très sévère à l’endroit du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), l’audit pointe le manque de concertation entre les ministères qui offrent des cours et les iniquités dans l’aide financière accordée aux immigrants en francisation. Ces deux problèmes devaient pourtant être réglés, selon ce qu’avait promis le gouvernement libéral dans son dernier budget, notamment par la mise sur pied d’un guichet unique et l’ajout de 107 millions en francisation.

     

    Selon les plus récents indicateurs du MIDI, entre 2010 et 2013, à peine 30,9 % des quelque 50 000 immigrants (16 ans et plus) ne parlant pas français avaient participé à des cours de francisation. Or, « le MIDI n’effectue aucun suivi individuel des personnes immigrantes qui ont déclaré ne pas connaître le français et qui n’ont pas participé à des cours du ministère », a souligné la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, dans son rapport qui couvre la période 2011-2017.

     

    Les taux de réussite du cours de francisation sont désastreux. La vaste majorité des immigrants n’atteignent pas le niveau 8, soit le « seuil d’autonomie langagière visé », c’est-à-dire le niveau minimal de français déterminé par le MIDI pour décrocher un emploi ou entreprendre des études postsecondaires. À l’oral, seulement 9 % réussissent à se rendre à ce niveau. À l’écrit, ils sont à peine 3,7 % en « compréhension écrite » et 5 % en « production écrite ».

     

    Les désistements et abandons sont nombreux. Au cours des cinq dernières années, 17 % des personnes inscrites en francisation à temps plein et 9 % de celles inscrites à temps partiel ne se sont pas présentées au cours. C’est parce que les délais d’attente, entre l’inscription et le début des cours, sont trop longs (deux à trois mois en moyenne), suggère la vérificatrice générale après analyse des données. Quant au taux d’abandon, l’an dernier, il était de 31 % pour les cours avancés.

     

    De multiples problèmes

     

    L’absence de concertation entre les ministères qui offrent des cours de français, soit le MIDI, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MEES) et le ministère de l’Éducation (par ses commissions scolaires), empêche de bien répondre aux besoins de la clientèle et cause des iniquités, dit le rapport.

     

    En effet, un immigrant qui apprend le français à temps plein grâce au programme du MIDI obtient une allocation de 140 $ par semaine, mais peut recevoir jusqu’à 190 $ par semaine s’il se présente à un bureau d’Emploi-Québec. Il ne reçoit rien du tout s’il suit ses cours dans une commission scolaire, alors que beaucoup d’immigrants s’y inscrivent, par choix ou en raison du manque de disponibilité des cours offerts par le MIDI, souligne le rapport.

     

    La vérificatrice générale dénonce la quasi-absence de contrôle de qualité, tant pour le programme lui-même que pour le soutien pédagogique. Elle dénote également de nombreuses erreurs dans le versement des allocations et constate que certaines personnes admissibles n’ont pas eu droit à la francisation et vice-versa.

     

    Le coup de grâce de la vérificatrice vient du fait que le MIDI n’évalue pas ses programmes et n’a même pas les outils adéquats pour le faire. Les indicateurs utilisés ne sont pas de qualité, incomplets, et certaines données importantes, pour permettre au ministère de s’améliorer, sont erronées ou ne sont pas colligées.

     

    À plusieurs reprises dans le rapport, il est souligné que le MIDI était au courant et avait déjà ciblé les problèmes pointés aujourd’hui par la vérificatrice. Mais rien n’a été fait.

     

    L’intégration critiquée

     

    Le chapitre consacré à l’intégration des immigrants est tout aussi catastrophique. Il révèle de nombreuses lacunes et errances de la part du ministère, qui verse annuellement 9 millions à 86 organismes partenaires. Leurs besoins sont toutefois mal évalués, et des ententes sont signées pour octroyer des budgets qui ne sont donc pas adéquats. La vérificatrice générale juge « inappropriés » le suivi et l’encadrement du ministère, qui ne visite plus aucun organisme depuis trois ans. En clair : la gestion de l’intégration est déficiente et se fait à l’aveugle.

     

    Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, n’est pas étonné. « Il n’y a pas d’échange entre le MIDI et les organismes. On aimerait que ça s’améliore, mais on prêche dans le vide », dit-il, ajoutant que ça fait longtemps que le milieu réclame des changements.

     

    Selon lui, les problèmes découlent du système informatique « complètement désuet » et d’une profonde crise à l’interne, notamment le haut taux de roulement des fonctionnaires. « Ils sont très mal outillés et c’est très hiérarchique, tout doit passer par le cabinet. C’est très lourd comme façon de gérer. »

     

    Les organismes communautaires assurent qu’ils s’adonnent rigoureusement à une reddition de compte, parfois très lourde. « Ils mettent tout sur le dos des organismes, mais nous, on fait notre travail », explique Lida Aghasi, directrice du Centre social d’aide aux immigrants (CSAI). En francisation, elle précise que son rôle se limite à administrer le programme. Le suivi pédagogique, des taux de réussite et l’évaluation des enseignants et des programmes revient au ministère.

     

    Le plan d’action d’Heurtel

     

    Le député péquiste et chef de l’opposition, Jean-François Lisée, a dénoncé le « jovialisme linguistique » du Parti libéral. « Le nombre de gens qui participent aux cours de français s’est dégradé au cours des dix dernières années sous le gouvernement libéral. On ne peut pas continuer à nier la réalité. L’échec de la francisation, c’est l’échec de son gouvernement », a-t-il dit.

     

    En chambre, jeudi, le ministre de l’Immigration, David Heurtel, et était visiblement prêt à faire face aux critiques. Il a répondu aux critiques en déposant un plan d’action sur deux ans, qui répond en essence à toutes les critiques de la vérificatrice générale. Dans ce document de trois pages, le gouvernement annonce qu’il se donne jusqu’à l’été 2019 pour implanter un guichet unique des services en francisation et qu’il analysera dès maintenant, et jusqu’à l’an prochain, les besoins du milieu. Il promet également une refonte du programme Réussir l’intégration qui sera prête au printemps 2019.













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