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    Des entreprises veulent décourager leurs employés de se rendre en auto au travail

    Au Québec, la plus grande partie des déplacements qui se font en voiture sont ceux pour se rendre sur le lieu de travail, selon la directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au Québec, la plus grande partie des déplacements qui se font en voiture sont ceux pour se rendre sur le lieu de travail, selon la directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal.

    Le modèle nord-américain de l’auto solo a fait son temps et les idées ne manquent pas pour pousser les Québécois à délaisser leur voiture : péage urbain, circulation alternée, taxe sur l’essence ou sur les véhicules polluants. Et si, au lieu de punir les automobilistes, on récompensait plutôt les citoyens qui se tournent vers les transports alternatifs ?


    Inquiets de l’accélération des émissions de gaz à effet de serre et du manque d’initiatives des gouvernements pour limiter la prolifération des voitures sur les routes, des entreprises et des institutions publiques ont décidé de prendre le taureau par les cornes ces derniers temps et d’encourager, à leur manière, les Québécois à opter pour les transports en commun et actifs.

     

    Titre de transport à prix réduit, stationnements réservés aux personnes faisant du covoiturage, aménagements pour les vélos… les initiatives pour inciter les Québécois à se déplacer de façon écoresponsable jusqu’à leur lieu de travail se multiplient dans la province.

     

    « Notre réflexe, quand on manque de stationnement, ce n’est plus d’en créer de nouveaux maintenant. On mise plutôt sur les incitatifs pour choisir d’autres transports que l’automobile », explique Pascal Laliberté, conseiller en développement et responsable du programme de transport alternatif pour le Mouvement Desjardins.

    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
     

    Depuis 2010, l’entreprise permet à ses employés de bénéficier d’un rabais de 20 % sur leur laissez-passer mensuel pour prendre le bus ou le métro. À Montréal, cet avantage est rendu possible par un programme de la Société de transport de Montréal (STM), auquel 325 employeurs adhèrent à l’heure actuelle, ce qui représente environ 10 675 employés abonnés, d’après leur service des communications.

     

    Conscient toutefois de l’offre limitée en transport collectif dans certaines régions, Desjardins encourage aussi les travailleurs à faire leurs trajets quotidiens en compagnie de leurs collègues. Un site Web de covoiturage a même été créé par l’entreprise, afin de mettre les intéressés en contact. Et dans la plupart des édifices Desjardins, des places de stationnement leur sont réservées.

     

    « Le logiciel envoie des possibilités [de covoiturage] aux intéressés. En ce moment on a 1300 employés inscrits au Québec et en Ontario, dont 90 % sont à Lévis où la desserte en transport collectif est moindre qu’à Montréal par exemple », souligne M. Laliberté.

     

    Des stationnements pour les vélos ont aussi été aménagés et des douches sont désormais accessibles à tous pour être « présentable » après l’effort physique. « Ça devrait être une obligation dans une entreprise; ce qu’on propose devrait être la norme partout », soutient Pascal Laliberté.

     

    À Montréal, l’École de technologie supérieure (ETS) propose aussi son lot d’incitatifs. En plus de profiter du tarif réduit de la STM, les étudiants de l’ETS bénéficient d’une réduction de 15 % supplémentaire sur leur titre mensuel.

    Ça devrait être incontournable pour un employeur dans une grande ville de trouver des solutions attirantes pour que les travailleurs laissent leur auto
    Julien-Pierre Lacombe, porte-parole en développement durable de l’École de technologie supérieure
     

    Pour le reste des employés, à l’achat d’un laissez-passer annuel, trois mois sont offerts gratuitement. « Initialement, le programme Opus + entreprise de la STM comprend un mois payé par la société de transport, un autre par l’entreprise, mais l’ETS a souhaité en offrir un deuxième, donc un total de trois mois gratuits », explique Julien-Pierre Lacombe, porte-parole en développement durable de l’ÉTS.

     

    Une vingtaine de bornes de rechargement pour les véhicules électriques ont aussi été installées sur le stationnement, et celui-ci fait toujours plus de place aux vélos chaque année.

     

    Pour M. Lacombe, se déplacer en voiture jusqu’à l’établissement, situé en plein centre-ville, proche de la station Lucien l’allier et du métro Bonaventure, n’a aucun sens. « Pourquoi venir en auto, quand les transports en commun, bus, métro, train sont à quelques pas du campus ? » se questionne-t-il.

     

    « Ça devrait être incontournable pour un employeur dans une grande ville de trouver des solutions attirantes pour que les travailleurs laissent leur auto », ajoute M. Lacombe.

     

    Des acteurs essentiels

     

    Les entreprises et institutions ont en effet un rôle majeur à jouer pour atteindre la fin du modèle de l’auto solo, d’après la directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, Coralie Deny.

    41 %
    Au Québec, le secteur des transports compte pour 41 % des émissions de gaz à effet de serre (GES).

    Source : Conseil régional de l’environnement de Montréal
     

    Elle rappelle qu’au Québec, le secteur des transports compte pour 41 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Et que la plus grande partie des déplacements qui se font en voiture sont ceux pour se rendre sur le lieu de travail.

     

    À ses yeux, le nerf de la guerre reste le stationnement : les entreprises devraient ainsi diminuer le nombre de places disponibles et surtout cesser de les offrir gratuitement, pour décourager les automobilistes, propose-t-elle.

     

    « On lance un message contraire avec trop de stationnements. Plusieurs entreprises d’un même secteur d’emplois pourraient se partager des places, au lieu qu’on se retrouve avec des endroits complètement vides parfois », souligne Coralie Deny.

     

    Les gouvernements devraient également donner l’exemple en la matière, regroupant un nombre important d’employés, quel que soit l’ordre politique. Le gouvernement fédéral de Justin Trudeau est pourtant allé en sens inverse cette année, en abolissant le crédit d’impôt de 15 % pour les laissez-passer de transport en commun.

     

    Au moins, les grands projets d’infrastructures sont au rendez-vous, se console Coralie Deny. « Il y a des investissements prévus dans les grands projets de transport en commun, je pense au REM par exemple, mais il faut les réaliser. »

     

    « Il faut mettre toutes les chances de notre côté pour que les automobilistes fassent d’eux-mêmes ce choix. Des services vont être mis en place, c’est bien, mais il faut prendre les gens par la main pour les encourager à les utiliser en récompensant les bons gestes notamment », considère-t-elle.


    Une indemnité kilométrique? Trouver des solutions pour se déplacer sans polluer est un défi auquel sont confrontés bien des pays du monde.

    Pour inciter les automobilistes à laisser leur auto au garage, la France a plutôt opté pour une indemnité kilométrique à vélo. Depuis février 2016, les travailleurs qui décident d’enfourcher leur vélo pour se rendre jusqu’à leur lieu de travail, sont remboursés 25 centimes d’euro pour chaque kilomètre parcouru. Un dispositif toutefois facultatif pour les entreprises. Résultat : seulement une cinquantaine l’ont adopté en un an et demi.

    « Cette idée va pourtant plus loin que ce qu’on voit ici. On devrait vraiment s’en inspirer, surtout quand on sait les bienfaits de rester actif et de faire du vélo pour la santé », estime Marilène Bergeron, chargée de projet en transport écologique chez Équiterre.

    En 2016, le maire de l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie, à Montréal, avait déjà envisagé une initiative similaire. François W. Croteau, de Projet Montréal, voulait indemniser les employés de la mairie qui décidaient de venir au travail à vélo ou même à pied, à raison de 25 centimes de dollars par kilomètre parcouru. Ceux qui opteraient pour les transports en commun bénéficieraient d’un rabais de 35 $ par mois sur leur carte mensuelle.

    Une initiative toutefois bloquée par l’ancienne administration de Denis Coderre, qui estimait qu’une telle décision relevait des pouvoirs de la ville centre. Avec l’arrivée de Valérie Plante, de Projet Montréal, à la tête de la métropole, ce projet pourrait bien ressortir des cartons, d’après le cabinet de l’arrondissement.













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