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    Des modifications attendues avant Noël

    18 novembre 2017 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboration spéciale | Actualités en société
    Jacques Létourneau rappelle que ce sont principalement les femmes qui pâtissent le plus du risque de se faire appeler un soir pour entrer au travail le lendemain matin.
    Photo: iStock Jacques Létourneau rappelle que ce sont principalement les femmes qui pâtissent le plus du risque de se faire appeler un soir pour entrer au travail le lendemain matin.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    S’exprimant à titre de président du Rendez-vous national de la main-d’oeuvre organisé à Québec en février dernier, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé que son gouvernement proposerait rapidement des mesures visant à améliorer la qualité de vie au travail. Neuf mois plus tard, rien n’est encore sur la table, mais des modifications à la Loi sur les normes du travail seront annoncées d’ici la fin de la session parlementaire, le mois prochain.


    Parmi les mesures attendues par les syndicats, on trouve celles que la plupart d’entre eux revendiquent au moyen de la campagne du 5-10-15 : le fait de connaître son horaire cinq jours à l’avance, de bénéficier de dix jours de congé payés pour maladie ou besoins familiaux et bien sûr le salaire minimum à 15 $.

     

    « Le Québec a longtemps été à l’avant-garde en matière de conditions de travail, estime le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau. Mais avec l’Ontario et même l’Alberta, qui s’en vont vers un salaire minimum à 15 $, nous sommes en train de nous faire dépasser. Quant aux cinq jours d’avis et aux dix jours de congé maladie, si le gouvernement souhaite, comme il le dit, favoriser la conciliation travail-famille-étude, il n’aura pas le choix de procéder. »

     

    M. Létourneau rappelle que ce sont principalement les femmes, surtout dans le cas d’une famille monoparentale, obligées parfois de cumuler plusieurs emplois, qui pâtissent le plus du risque de se faire appeler un soir pour entrer au travail le lendemain matin. Que ce sont elles également qui le plus souvent prennent un jour de congé pour rester auprès d’un enfant malade ou pour consacrer du temps à un parent en perte d’autonomie. Elles également qui occupent le plus les postes au salaire minimum. Rehausser les normes du travail irait donc dans le sens d’une meilleure équité femmes-hommes au travail.

     

    Mais au-delà de ces trois revendications centrales dans le monde syndical depuis quelques années, la question des vacances devrait également être revue, croient d’autres observateurs.

     

    Plus de vacances pour plus de productivité

     

    « Nous devrions nous aligner sur ce qui se pratique en Europe, indique Guillaume Hébert, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS). Aujourd’hui, seules deux semaines sont inscrites aux normes du travail. Le gouvernement évoque la possibilité de passer à trois cet automne. Il en faudrait au moins quatre à notre avis, et le mieux serait d’aller vers cinq ou six, comme dans la plupart des pays européens. »

     

    M. Hébert souligne que, partout où il y a beaucoup de congés payés, la productivité est meilleure. Que l’absentéisme est réduit parce que les travailleurs sont plus reposés et qu’ils ont eu l’occasion de prendre du recul. Que leur niveau de stress baisse, les troubles de l’anxiété également. Bref, que cela représente une bonne recette pour prévenir l’épuisement professionnel, « cette épidémie qui se développe de plus en plus rapidement ».

     

    « Derrière l’augmentation du nombre de jours de vacances, il y a également le droit à la déconnexion, ajoute le chercheur. Car partir en congé c’est bien, mais si on renoue tous les jours avec le stress du travail parce que l’on reçoit un courriel, ça ne fonctionne pas. En Europe, certains patrons l’ont bien compris et octroient des bonus aux salariés qui coupent complètement le fil. »

     

    Selon les chercheurs de l’IRIS, c’est en fait toute la question du temps qui devrait être redéfinie. Ils insistent par exemple pour que tous les travailleurs bénéficient du système permettant aux professeurs de prendre une année sabbatique en mettant une partie de leur salaire de côté. Ils souhaitent que le statut de proche-aidant soit mieux défini et encadré afin de pallier les manques dans le domaine du service à domicile. Ils appellent également de leurs voeux une refonte de la Loi anti-briseurs de grève, arguant que les piquets de grève ne veulent plus dire grand-chose à l’heure du travail virtuel.

     

    Quid des agences de placement ?

     

    Quelles que soient les propositions qui seront mises sur la table d’ici la fin de l’année par le gouvernement, la CSN croit, quant à elle, qu’elles devront forcément s’accompagner d’une réforme des agences de placement, comme s’y est engagé le premier ministre. Des agences qui aujourd’hui ne sont pas réglementées au Québec, contrairement au reste du Canada.

     

    « Ça signifie que demain, vous ou moi, on peut ouvrir une agence de placement, aller recruter des gens au métro Radisson, les envoyer dans des abattoirs de poulets ou travailler dans des hôtels, et puis disparaître quinze jours plus tard dans la nature sans avoir payé personne », explique le président du syndicat.

     

    Il faut donc donner un cadre à ces agences, qui font travailler beaucoup d’immigrants illégaux à des conditions bien en deçà de ce que proposent à leurs propres employés les entreprises dans lesquelles ils sont placés.

     

    « Il faudrait commencer par savoir qui sont les employeurs de ces travailleurs placés, précise M. Létourneau. L’agence ou l’entreprise ? Ça permettrait de savoir de qui relève un arrêt de travail ou encore la formation. Quelqu’un qui doit couper la tête de 1000 poulets par jour, il faut bien qu’il apprenne à le faire. Aujourd’hui, il y a un vide qui fait en sorte que l’employé ne sait pas à qui s’adresser. »

     

    Or si on rehausse les normes du travail, mais qu’on ne fait pas en sorte que les agences de placement doivent répondre à ces mêmes normes, le risque, c’est que de plus en plus d’employeurs contournent la loi en passant par les agences, fait valoir Jacques Létourneau.

     

    Année électorale

     

    Beaucoup d’attentes donc, de nature à améliorer la qualité de vie au travail. Mais pensent-ils que les prochaines annonces du gouvernement ont des chances d’être à la hauteur ?

     

    « On est en année électorale », répond le président de la CSN. Il n’est donc pas exagéré de croire que le gouvernement fera des annonces intéressantes. Et puis, il y a aussi le contexte économique, le plein emploi dans de nombreuses régions du Québec, qui va certainement obliger les entreprises elles-mêmes à rehausser leurs conditions de travail pour attirer des salariés.

     

    Quant à Guillaume Hébert, il se dit lui aussi « relativement confiant ».

     

    « Que ce soit le salaire minimum ou le temps de travail, il y a eu beaucoup de chemin parcouru dans les dernières années partout en Amérique du Nord, note-t-il. Ce ne sont plus des revendications marginales. Je serais surpris que le gouvernement décide de les ignorer totalement. »













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