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    Nécessaire philosophie!

    18 novembre 2017 | Martin Godon - Président du Comité des enseignantes et enseignants en philosophie, et professeur de philosophie au cégep du Vieux Montréal | Actualités en société
    Photo: iStock
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    On ne s’étonnera jamais assez de l’influence des images sur notre pensée. Elles s’incrustent dans notre mémoire au point de rendre parfois la réalité opaque. Par exemple, un homme barbu, pantalons bruns en velours côtelé, des bas blancs dans ses sandales, fumant une Gitanes en buvant son café. Vous aurez reconnu le professeur de philosophie. Il est devenu une sorte d’archétype dans l’imaginaire québécois. Pourtant, il faudrait se donner bien du mal pour trouver des personnes qui correspondent à cette caricature dans les départements de philosophie des collèges du Québec.
     

    Martin Godon

    Hélas, les préjugés sont tenaces. L’occasion du 50e anniversaire des cégeps nous a semblé être un moment favorable afin de les faire mentir. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis l’automne 1967. En témoigne notamment le livre dirigé par Pierre Després paru en 2015 aux Presses de l’Université Laval : L’enseignement de la philosophie au cégep. Histoire et débats, dans lequel on peut constater tout le travail qui a été accompli.

     

    Célébrant 50 ans d’enseignement public de la philosophie, nous souhaitons lever le voile en partie sur ce qu’est aujourd’hui un professeur de philosophie, sur ce qui le préoccupe, ce qui le motive, ce dont il rêve. Mais aussi sur ce que les étudiants peuvent percevoir de notre travail. Prenant le contre-pied de l’image caricaturale, les témoignages et les réflexions qui suivent rendent plus manifeste le bien-fondé des cours de philosophie dans les cégeps.

     

    Trop longtemps réservé aux hommes, l’enseignement de la philosophie n’est plus le privilège d’un boys’ club. S’il reste des luttes à mener, des questions à poser, des obstacles à franchir, des limites à dépasser, des attitudes à changer, les femmes occupent désormais une place importante dans les départements de philosophie des cégeps du Québec. Leur parole est prépondérante dans les pages qui suivent.
     

    Les cégeps jouent un rôle essentiel dans la vie culturelle des différentes régions du Québec. Le travail des professeurs de philosophie y contribue à divers titres. En faisant une large place à des professeurs provenant de cégeps de région, ce cahier rend hommage à leur engagement.

     

    Depuis la création des cégeps, certains consensus se sont établis quant à l’apport des cours de philosophie. Cela dit, on entend encore ici ou là des voix discordantes. Revenons sur quelques-unes des raisons qui justifient la présence des cours de philosophie au coeur de la formation générale. Les Québécois s’accordent généralement pour reconnaître leur contribution à la formation de l’esprit critique. Ils favorisent le développement de la personne, participent à la formation du citoyen. Sans oublier leur apport essentiel à la mise en place d’une culture commune.

     

    Toute formation collégiale vise à permettre aux étudiants de développer une pensée rigoureuse qui est préalable à l’intégration du marché du travail et aux études universitaires. Par la conceptualisation, l’argumentation, la remise en question, les cours de philosophie participent d’une façon bien spécifique à cette oeuvre commune. Maîtrisant davantage sa propre pensée grâce à ses cours de philosophie, l’étudiant peut mieux maîtriser sa propre destinée. Au terme de ses trois cours de philosophie, il est en mesure de saisir le caractère multidimensionnel de notre monde. Par ailleurs, l’examen d’idées provenant de courants diversifiés, parfois même opposés, favorise l’ouverture d’esprit et nourrit l’exercice du dialogue. Les préjugés, les discours haineux et les idéologies simplistes deviennent alors moins séduisants.

     

    À divers égards, nos cours permettent aux étudiants de prendre conscience des enjeux technologiques, scientifiques, politiques, sociaux, économiques, etc. de notre monde. La réflexion sur les déterminismes qui influencent les choix d’un individu ouvre la possibilité d’une plus grande liberté de pensée et d’action. Offrant des outils intellectuels qui permettent de dépasser une passivité aliénante, les cours de philosophie ouvrent la possibilité à des processus de résistance contre l’instrumentalisation des personnes. Réactualisant la célèbre formule « Connais-toi toi-même ! », le cégépien peut ensuite chercher en l’autre ce qu’il a trouvé en lui. De là, il envisage son engagement dans une société qui abandonne certains types d’injustices à l’effort d’individus bienveillants.

     

    Les cours de philosophie offrent également un point d’ancrage par rapport au relativisme contemporain et à l’éclatement des valeurs. Dans nos cours, les étudiants envisagent de façon critique diverses réactions devant la diversité des possibles, les grandes mouvances sociales.

     

    On laisserait le champ libre aux démagogues, aux faits alternatifs et aux fake news, aux faiseurs d’opinions, aux publicitaires et à d’invraisemblables misanthropes si on privait la jeunesse québécoise d’un accès privilégié à la philosophie. En cette ère de la communication instantanée, favoriser la prise de conscience et la réflexion n’est pas un luxe. Aujourd’hui comme il y a 50 ans, les cours de philosophie sont une nécessité.













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