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    Idées

    Projet de loi 62: l’urgence et la confusion ne font pas bon ménage

    28 octobre 2017 | Francis Garon - Professeur agrégé de l’École d’affaires publiques et internationales du Collège universitaire Glendon, Université York, Toronto | Actualités en société
    Le projet de loi n’aidera pas les citoyens à donner un sens aux processus migratoires, pas plus qu’il ne pourra constituer un fondement solide sur lequel bâtir une réelle politique du vivre-ensemble pour la société québécoise, estime l'auteur. 
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le projet de loi n’aidera pas les citoyens à donner un sens aux processus migratoires, pas plus qu’il ne pourra constituer un fondement solide sur lequel bâtir une réelle politique du vivre-ensemble pour la société québécoise, estime l'auteur. 

    Disons-le d’entrée de jeu : le projet de loi 62 poursuit des objectifs confus que le gouvernement peine à expliquer. Ce n’est pas de bon augure. Cela ne veut pas dire que la réaction des médias et des élites du Canada anglais à l’égard du Québec est justifiée. Et cela ne veut certainement pas dire que la surenchère du Parti québécois nous mènerait plus loin, bien au contraire. En fait, on a l’étrange impression que tout le monde a tort.

     

    Dans ce contexte, il semble opportun de placer le débat dans une perspective plus large, puisqu’il est symptomatique des problèmes associés à l’immigration, à l’intégration des nouveaux arrivants et au vivre-ensemble au Québec et ailleurs. La confusion des genres, l’instrumentalisation des enjeux à des fins électorales et, surtout, la difficulté pour les citoyens d’évaluer les conséquences et de donner un sens aux processus migratoires sont tous des phénomènes que l’on observe actuellement dans les sociétés occidentales. Sans grande surprise, la polarisation sociale et politique est à l’avenant.

     

    Dans le cas du Québec, il y a d’un côté ceux pour qui la neutralité de l’État, le principe de laïcité et l’égalité hommes-femmes sont potentiellement en danger et ne peuvent être protégés que par des actions législatives et gouvernementales fortes et d’application générale. Cette position peut reposer sur un calcul politique bête, voire dangereux, indiquant que le contexte actuel permet de mobiliser une part significative de l’électorat en divisant sur la base de la religion.

     

    Toutefois, cette position peut aussi reposer sur la croyance qu’il est légitime pour un État de légiférer sur la base d’un principe général, même si le problème ne se présente pas nécessairement avec une grande acuité au moment de légiférer. Autrement dit, on légifère avec l’objectif de prévenir des problèmes potentiels. Concrètement, on peut mentionner le 87 % d’appui à l’égard des objectifs de la loi. Il apparaît hasardeux, dans une démocratie libérale, d’affirmer que 87 % des citoyens ont tort. La situation se complique lorsqu’on considère la recherche dans le domaine des politiques publiques, qui a montré que les citoyens peuvent changer leurs attitudes lorsque la perception d’un enjeu passe d’une conception abstraite (services publics donnés et reçus à visage découvert) à une conception plus concrète (les transports en commun, les librairies). Que reste-t-il de ce 87 % lorsqu’on apporte les nuances nécessaires et que l’on met en lumière les difficultés d’application d’une telle loi ?

     

    Multiculturalisme

     

    Pour l’autre camp, le racisme et la discrimination (systémique), la peur injustifiée des populations majoritaires et le non-respect de la liberté de religion sont les réels problèmes associés à l’intégration et au vivre-ensemble. Aller toujours plus loin dans la reconnaissance et l’acceptation, aller toujours plus loin dans le « multiculturalisme », est la seule solution possible. Pour protéger les membres les plus vulnérables des différents groupes et pour s’assurer du respect des grandes normes sociales, des lois existent. Cette position peut reposer sur la croyance que la reconnaissance et l’acceptation sont les piliers de l’accueil, de l’intégration et du vivre-ensemble, ce qui, évidemment, est tout à fait légitime.

     

    Toutefois, cette position n’est pas exempte de problèmes. Elle peut aussi s’appuyer sur différentes formes d’instrumentalisation. La réaction du Canada anglais à l’égard du projet de loi, importante pour plusieurs Québécois, est à cet égard éloquente. La tendance au Canada anglais à utiliser le Québec, ou parfois nos voisins du sud, pour se comparer avantageusement n’est pas nouvelle. Cela permet de renforcer une certaine conception de l’identité canadienne qui serait ouverte, tolérante, etc., lorsque comparée à d’autres. Quoi qu’il en soit, traiter les Québécois de racistes ne fait certainement pas progresser le débat et ne rend pas justice à la complexité des enjeux auxquels nous faisons face.

     

    Une chose est sûre, le projet de loi libéral, dans sa forme actuelle, n’aidera pas les citoyens à donner un sens aux processus migratoires et à leurs conséquences, pas plus qu’il ne pourra constituer un fondement solide sur lequel bâtir une réelle politique du vivre-ensemble pour la société québécoise. En matière de choix politiques, l’urgence et la confusion ne font jamais bon ménage.













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