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    Idées

    Voile intégral et confusion des enjeux

    26 octobre 2017 | Yolande Geadah - Auteure | Actualités en société
    Certains pays musulmans, telles l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et d’autres, ont interdit le voile intégral dans certains lieux, espérant ainsi freiner l’influence politique des groupes salafistes.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Certains pays musulmans, telles l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et d’autres, ont interdit le voile intégral dans certains lieux, espérant ainsi freiner l’influence politique des groupes salafistes.

    L'adoption récente de la loi sur la neutralité religieuse suscite un tollé. La polémique est centrée autour de l’exigence de donner et de recevoir les services publics à visage découvert.

     

    Pour y voir plus clair, il faut faire la distinction entre deux types d’opposition. L’une pragmatique, comme celle du maire de Montréal et d’autres municipalités, décriant la difficulté d’application de l’interdiction du voile intégral dans les transports en commun, l’autre de principe, basée sur l’enjeu des droits de la personne. À mon avis, l’opposition basée sur les droits de la personne résulte d’une confusion et d’une incompréhension profonde du phénomène.

     

    Comme le soulignait Ali Rizvi, auteur de The Atheist Muslim, la gauche se trompe au sujet de l’islam et la droite se trompe au sujet des musulmans. Cette remarque judicieuse résume les errements de part et d’autre du spectre politique. Elle renvoie au fait qu’une certaine gauche confond l’islam en tant que croyances religieuses et l’intégrisme qui manipule la religion à des fins politiques, tandis que la droite ne fait pas la distinction entre les musulmans et les intégristes, ce qui l’amène à rejeter les premiers par peur des seconds.

     

    Soyons clairs. Se cacher le visage n’est ni un droit fondamental ni une liberté religieuse.

     

    D’ailleurs, la plupart des musulmans et des musulmanes en sont convaincus.

     

    Une vision idéologique sectaire

     

    Rappelons que dès la fin du XIXe siècle, des réformistes musulmans, y compris parmi les autorités religieuses, préconisaient l’abandon du voile porté par les femmes, considérant qu’il n’avait rien de religieux, mais relevait de coutumes patriarcales symbolisant la réclusion des femmes.

     

    Aujourd’hui encore, des chefs religieux de l’Université Al-Azhar du Caire, considérée comme la référence religieuse de la branche sunnite, se sont vivement opposés au port du voile intégral, considérant qu’il ne relève pas du dogme religieux, mais d’un courant politique intégriste.

     

    Ceux et celles qui appellent à contester l’interdiction du voile intégral devant les tribunaux, croyant ainsi se porter à la défense des droits et libertés des femmes musulmanes, se fourvoient et jouent un jeu dangereux. De plus, il faut bien réaliser que les accusations mensongères de racisme et d’islamophobie, que d’aucuns attribuent à toute critique de l’islam, ne font que renforcer l’influence croissante des groupes intégristes salafistes qui promeuvent une idéologie liberticide.

     

    Contrairement au hidjab, dont la promotion active par certains groupes depuis les années 1970 a réussi à banaliser ce symbole, que plusieurs considèrent à présent comme étant l’expression de leur identité religieuse, le voile intégral cachant le visage des femmes est reconnu comme étant l’emblème des groupes intégristes salafistes qui le prônent activement.

     

    C’est pourquoi certains pays musulmans, tels l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et d’autres, ont interdit le voile intégral dans certains lieux, espérant ainsi freiner l’influence politique des groupes salafistes. C’est dans la poursuite du même objectif que plusieurs pays européens ont décidé d’interdire le voile intégral à divers degrés, interdiction qui a passé le test de la Cour européenne des droits de l’homme, qui l’a validée. Toutefois, l’interdiction du voile intégral a donné lieu partout à des contestations juridiques coûteuses, ce qui en dit long sur la combativité des militants salafistes qui mènent ce djihad juridique.

     

    L’objectif poursuivi par les groupes intégristes salafistes, ici comme ailleurs, est la promotion d’une vision idéologique sectaire et suprémaciste, basée sur une lecture extrêmement rigoriste des textes religieux de l’islam. Or, cette idéologie constitue une menace pour le vivre-ensemble, tant dans les pays occidentaux que dans les pays à majorité musulmane. En effet, cette idéologie menace les droits des femmes et des minorités, mais également la sécurité et la liberté de conscience des musulmans et des musulmanes qui refusent d’y adhérer.

     

    On a tort de sous-estimer l’importance de ces groupes, pour l’instant minoritaires au Canada, dont l’influence dépasse le poids numérique. Largement financés par les pétrodollars, ces groupes sont passés maîtres dans la mise en place de stratégies efficaces et adaptées à chaque contexte. Par exemple, dans les pays où les musulmans sont minoritaires, ces groupes réussissent à étendre leur influence à travers l’encadrement religieux offert, ainsi que l’organisation d’activités communautaires répondant aux besoins des fidèles. Cette stratégie leur permet d’élargir graduellement leur base populaire, notamment auprès des jeunes et des femmes isolées tout en promouvant leur idéologie.

     

    Des pistes d’action

     

    Compte tenu des enjeux globaux des droits de la personne et de la liberté de conscience, gravement menacés par l’idéologie qui sous-tend le niqab et la burka, il est clair que le supposé « droit » de porter le voile intégral ne fait pas le poids.

     

    Par conséquent, il est contre-productif et irresponsable de contester juridiquement l’interdiction du voile intégral, sous prétexte de protéger les droits de celles qui le portent. En fait, un véritable engagement pour les droits de la personne devrait nous inciter à contrer l’idéologie identitaire et sectaire des groupes qui le promeuvent.

     

    Néanmoins, il faut bien reconnaître que la loi 62 est mal ficelée et insuffisante, comme l’a expliqué l’ex-bâtonnière du Barreau de Montréal dans un article paru dans Le Devoir récemment. Cette loi laisse la porte ouverte à tous les accommodements religieux et a omis d’inscrire la laïcité comme un principe essentiel, seul garant du respect des droits et de la liberté de conscience de tous et de toutes, y compris pour les minorités musulmanes.

     

    Bien entendu, la voie juridique n’est pas la seule. L’éducation et la lutte contre les discriminations, ainsi que la responsabilisation de tous les milieux dans la poursuite d’objectifs communs, visant entre autres à favoriser l’intégration culturelle et pas seulement économique des immigrants s’imposent également. Les médias ont un rôle primordial à jouer pour ramener le débat sur les véritables enjeux, au lieu de se contenter de faire écho aux accusations mensongères de racisme qui enveniment le débat. Il faudrait enfin écouter davantage la voix des musulmanes et des musulmans qui soutiennent véritablement les principes de laïcité et d’égalité, pour les inclure dans la recherche de solutions.













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