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    Libre opinion

    Nous avons tous un de ces agresseurs dans notre entourage

    20 octobre 2017 |Marie-Claude Joannis | Actualités en société
    Il est grand temps qu’on éduque la population sur la violence, et que se reflète dans nos lois et nos politiques sociales le fait que les violences psychologiques et sexuelles ne sont pas acceptables, souligne l'auteure. 
    Photo: Getty Images Il est grand temps qu’on éduque la population sur la violence, et que se reflète dans nos lois et nos politiques sociales le fait que les violences psychologiques et sexuelles ne sont pas acceptables, souligne l'auteure. 

    Les gens qui agressent ne sont pas des caricatures. Ce sont des employés passionnés, de bons amis, des parents aimants, des conjoints attentifs, des intervenants dévoués (oui) et, même, des personnalités publiques comiques et adulées…

     

    Ce serait si simple si les personnes qui commettent des actes de contrôle, d’humiliation et de violence sexuelle étaient de vraies incarnations du mal comme on les représente dans bon nombre de films américains. La vie est beaucoup plus complexe, plus subtile.

     

    Dans l’imaginaire collectif, lorsqu’on pense à l’inceste, on se méfie de l’homme sans attaches qui traîne dans les parcs ou s’implique auprès des jeunes. Quand on pense au viol, on s’imagine immédiatement un pervers qui prend sa victime par-derrière la nuit et, bien sûr, lorsqu’on parle de harcèlement psychologique, on associe spontanément le phénomène aux gens acariâtres qui ne sourient jamais. En faisant du violeur une bête sauvage ou un fou, on ouvre la porte aux stéréotypes sur l’agresseur qui n’a pas pu contrôler ses « pulsions », qui a été « provoqué » par la victime, qui, en somme, n’est pas responsable. (Suzanne Zaccour, Le Devoir, 19 octobre 2017). Malheureusement, non, les personnes qui agressent ne sont pas des caricatures sans qualités dont on reconnaît aisément les attributs. Les actes violents qu’elles commettent n’en sont pas moins lourds de conséquences pour leurs victimes.

     

    Dans les faits, 96,8 % des agresseurs sont connus de leurs victimes (RQCALACS, 2017). Alors, par qui sont agressés toutes les filles (majoritairement) et ces quelques garçons qui subissent au moins une agression à caractère sexuel dans leur vie ? Tabou suprême : un proche. Assurément, dans la très grande majorité des cas, il s’agit d’une personne de confiance que la victime et son entourage aiment et en qui ils ont confiance. Oui, les personnes qui agressent sont aussi capables de bonté, de dévouement, de compréhension et de sensibilité. C’est pourquoi on ne condamne pas la personne, mais l’acte.

     

    Éduquer la population

     

    Compte tenu de ce nombre effarant d’agressions, nous avons tous un de ces agresseurs dans notre entourage proche et nous l’ignorons, ou refusons de le voir… Combien de fois ai-je entendu la phrase suivante : si je savais que quelqu’un de ma famille fait ça, je lui péterais la gueule. J’ai vu ces mêmes personnes réagir par un déni complet en apprenant la pédophilie de leur frère, et s’en prendre plutôt à la victime qui avait osé briser leurs illusions. En outre, ces mêmes victimes sont les premières à minimiser le mal commis à leur endroit. Parce qu’elles inventent ? Non. C’est plutôt très douloureux d’accepter qu’une personne qu’on apprécie a pu non seulement nous faire du mal, mais aussi nous en faire porter le blâme en nous rendant responsables de ses propres défaillances. L’agresseur a souvent travaillé pendant des années à détruire toute estime de soi chez ces victimes et à les faire se sentir complices et consentantes aux agressions subies.

     

    L’arme de tout agresseur repose sur trois éléments essentiels : la honte, la peur et le silence, autant de la victime que de son entourage. Tous les coups sont permis pour susciter un maximum de doutes, de culpabilité et de peur des représailles afin de maintenir ce précieux silence. Comme les processus de dénonciation sont archilongs et complexes, la tâche est d’autant plus aisée. Dans les milieux de travail, la très grande majorité des victimes s’en rendent malades et décident de démissionner pour sauver leur peau, n’ayant plus ni la force ni le courage d’affronter un processus fastidieux, et pour prouver quoi ? La violence psychologique et le harcèlement sexuel sont tellement insidieux et difficiles à cerner qu’on ne comprend souvent pas très bien soi-même pourquoi on se sent si mal et pourquoi on fait tant de cas d’un collègue ou d’un patron qui ne nous aime manifestement pas, ou nous aime trop. Les responsables des politiques de harcèlement psychologique et sexuel comprennent souvent encore moins…

     

    Il est grand temps qu’on éduque la population sur la violence, et que se reflète dans nos lois et nos politiques sociales le fait que les agressions sexuelles, les paroles blessantes, le contrôle, l’abus de pouvoir et les violences psychologiques et sexuelles ne sont pas acceptables. Aussi illustre que puisse être l’agresseur dans d’autres sphères de sa vie, ses actes ne sont pas tolérables. Point.













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