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    Repenser le viaduc Van Horne pour les piétons

    Le viaduc reliant les arrondissements Rosemont–La Petite-Patrie et Plateau-Mont-Royal a été construit en 1972, une époque où le vélo et la marche étaient peu valorisés, et où la voiture était adulée.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le viaduc reliant les arrondissements Rosemont–La Petite-Patrie et Plateau-Mont-Royal a été construit en 1972, une époque où le vélo et la marche étaient peu valorisés, et où la voiture était adulée.

    Entre les voitures qui roulent à vive allure, la poussière qui vole et le bruit incessant, le viaduc Van Horne-Rosemont, qui relie les arrondissements Rosemont–La Petite-Patrie et Plateau-Mont-Royal, est loin d’être accueillant pour les habitants du quartier. Une situation qui pousse citoyens, experts et politiciens à se questionner sur la façon dont cette infrastructure pourrait être aménagée pour se fondre dans la vie de quartier.


    Le viaduc Van Horne-Rosemont a pris des allures de ruelle verte ces derniers jours. Partiellement fermée à la circulation du 5 au 8 octobre, cette autoroute urbaine située en plein coeur du quartier Mile End s’est transformée en promenade piétonne. Une façon de souligner le 375e de la métropole, mais surtout de proposer aux Montréalais d’envisager l’avenir du viaduc autrement.

     

    Des îlots de verdure, un restaurant, des tables à pique-nique et des installations artistiques colorées ont été placés sur deux des quatre voies asphaltées dans le cadre de l’événement Viaduc 375. Expositions, défilé, spectacles, projections et visites historiques étaient aussi au programme.

     

    Porté par trois organismes, Mémoire du Mile End, Les Amis du Champ des Possibles et la Société du développement environnemental de Rosemont (SODER), l’événement se proposait de redonner un accès privilégié et sécuritaire aux piétons tout en leur permettant de profiter du belvédère qu’offre la structure actuelle. « Il n’y a pas meilleure infrastructure que le viaduc pour avoir un regard sur le paysage industriel du Mile End et sur le reste de la ville », souligne une porte-parole du projet, Caroline Magar, également directrice des Amis du Champ des Possibles.

     

    Si cette piétonnisation partielle ne dure que quatre jours, les organisateurs souhaitent transformer l’expérience en un rendez-vous annuel, et pourquoi pas même un aménagement saisonnier ou semi-permanent ?

     

    À l’heure actuelle, difficile pour les piétons d’emprunter le viaduc qui s’étend sur plus de 675 mètres entre le Plateau-Mont-Royal et Rosemont–La Petite-Patrie. Les plus aventureux doivent le traverser sur un mince trottoir sans garde-corps pour les protéger des véhicules qui passent à vive allure.

     

    Une expérience peu agréable, mais inévitable pour rejoindre la station Rosemont, à l’est de la rue Saint-Denis, lorsque l’on vient du Mile End. Le viaduc permet en effet de connecter les deux quartiers, scindés en deux par la voie ferrée du Canadien Pacifique.

     

    Il faut dire que ce géant de béton a été construit en 1972, une époque où le vélo et la marche étaient peu valorisés, et où la voiture était quant à elle adulée, rappelle le professeur d’urbanisme à l’Université de Montréal Juan Torres.

     

    « Ce qui est chouette avec cet événement, c’est qu’on réfléchit sur ce lien [au coeur d’]un enjeu de connectivité entre quartiers et d’un enjeu de construction dans l’espace public. On se rend compte justement que ce n’est pas accessible au public », ajoute-t-il.

     

    Faire rêver les citoyens

    Photo: Annabelle Caillou Le Devoir Îlots de verdure et tables à pique-nique ont été placés sur deux des quatre voies asphaltées du viaduc Van Horne-Rosemont.

    Les organisateurs en ont en effet profité pour recueillir les témoignages des passants pour sonder leur appréciation des lieux et envisager l’avenir du viaduc. Un débat a même été organisé à ce sujet dimanche pour discuter des différentes avenues possibles.

     

    « À la base, on teste quelque chose. L’idée derrière l’événement, c’est de voir comment on peut pérenniser ça. On profite des célébrations du 375e pour proposer des scénarios possibles pour encourager le transport actif sur le viaduc », explique Caroline Magar.

     

    Estimant que le viaduc est sous-utilisé en dehors des heures de pointe, elle croit que le projet pourrait être mis en place chaque fin de semaine, par exemple, sans pour autant compliquer le trafic routier dans le quartier.

     

    « La réduction temporaire du nombre de voies cause assurément des ralentissements de la circulation, aux périodes de pointe, mais sur un temps relativement court. Les bénéfices pour les résidants me semblent largement dépasser les inconvénients », note quant à lui le doyen de la Faculté de l’aménagement de l’UdeM, Paul Lewis.

     

    Mais selon lui, l’atout principal de Viaduc 375 est son caractère festif, qui permet aux Montréalais de « se réapproprier un morceau de leur ville ». « Le lieu fonctionne bien justement parce que la réduction du nombre de voies est temporaire. Nous l’apprécions d’autant plus que le lieu n’existe que pour un temps très limité », croit-il.

     

    Place aux piétons

     

    La directrice générale du CRE-Montréal, Coralie Deny, suggère plutôt une fermeture permanente d’au moins une des quatre voies du viaduc pour créer un passage sécuritaire destiné aux cyclistes et aux piétons en tout temps.

     

    Elle rappelle que ces derniers peinent à passer de part et d’autre de la voie ferrée à l’heure actuelle et doivent souvent faire un détour de plusieurs centaines de mètres pour contourner la voie, d’autres se risquant à passer illégalement sur les rails.

     

    « Ce n’est pas normal qu’on soit pris avec une infrastructure de cette envergure et que seules les voitures y aient accès, se désole Mme Deny. C’est pas confortable pour les cyclistes, car les voitures roulent vite, c’est comme une autoroute urbaine. Et les piétons s’y aventurent encore moins. »

     

    Il serait temps d’accorder davantage de place aux piétons dans la ville, selon elle. Terrasses de cafés, placottoirs, ruelles vertes, avenues piétonnes lors de festivités : si des initiatives se mettent en place ces dernières années afin de considérer davantage les piétons dans l’aménagement du territoire urbain — en leur réservant des espaces —, la transformation ne va pas assez vite par rapport à la prise de conscience, d’après Mme Deny.

     

    La co-porte-parole de Piétons Québec, Jeanne Robin, partage son opinion, considérant que les piétons sont les usagers les plus négligés. « On met plus d’énergie à assurer la fluidité des automobiles sur les routes que celle des piétons à travers la ville. »

     

    Elle rappelle que nombre d’initiatives citoyennes visant une réappropriation temporaire d’un lieu public ont débouché sur une utilisation permanente. C’est le cas de la rue Saint-Jean, à Québec — où elle réside —, qui est désormais piétonnisée tous les soirs et toutes les fins de semaine pendant la période estivale. « Ça a commencé avec une seule journée dans l’année où c’était fermé aux voitures, pendant la journée En ville sans ma voiture. Mais ça a donné le goût aux gens, ils ont vu ce qu’on pouvait faire avec cet espace-là sans paralyser le quartier. »

     

    Avenir incertain ?

     

    En novembre 2016, Marc-André Gadoury, candidat à la mairie de Rosemont–La Petite-Patrie pour Équipe Denis Coderre, avait justement indiqué que l’événement Viaduc 375 serait un test pour évaluer la possibilité de créer une piste cyclable entre l’avenue Van Horne et le boulevard Rosemont.

     

    La Ville de Montréal a toutefois décidé en février dernier de se départir du viaduc, prévoyant sa démolition dans les trois prochaines années, afin de laisser place à une toute nouvelle structure. Une inspection du viaduc avait déterminé que les coûts de réfection seraient trop élevés pour prolonger sa vie utile. Un concours d’architecture et d’ingénierie doit être lancé dans l’année.

     

    Mais rien n’est encore coulé dans le béton, croit le professeur d’urbanisme Juan Torres, rappelant que des élections municipales approchent. « Dans le passé, on a déjà renversé la vapeur avec l’échangeur du Parc-des Pins [voué à la démolition] et il existe encore aujourd’hui », donne-t-il comme exemple.

     

    Et d’ici la démolition du viaduc, celui-ci devra dans tous les cas être rénové pour des raisons de sécurité. « Pourquoi ne pas rêver dès maintenant ? » se questionne M. Torres.













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