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    De Spoutnik à Mars (1/3)

    Il y a 60 ans, Spoutnik émettait son premier «bip, bip»

    Prenant de vitesse les Américains, les Soviétiques entraient dans la course à la conquête de l’espace

    Le lancement de l'iconique sphère aux quatre antennes, le 4 octobre 1957, a eu une résonance mondiale immédiate.
    Photo: Agence France-Presse / TASS Le lancement de l'iconique sphère aux quatre antennes, le 4 octobre 1957, a eu une résonance mondiale immédiate.

    L’espace a été un véritable terrain d’affrontement pendant la guerre froide. De l’envoi du premier satellite à l’alunissage d’Apollo 11, les Soviétiques et les Américains ont tenu en haleine le monde entier au gré de leurs prouesses. Mais aujourd’hui, l’arrivée de nouveaux joueurs et l’enthousiasme pour Mars changent la donne. Le Devoir revient sur cette épopée céleste et en explore les nouveaux enjeux. Premier d’une série de trois reportages.


    Le 4 octobre 1957, une fusée décolle dans le ciel du Kazakhstan, sous l’oeil attentif d’une poignée de personnes près du pas de tir. Quelques minutes plus tard, Spoutnik-1 orbite autour de la Terre. Son signal — le fameux « bip, bip » — est capté partout sur la planète. Prenant de vitesse les Américains, les Soviétiques franchissent ainsi la ligne de départ de ce qui allait devenir la course à la conquête de l’espace.

     

    Le lancement de l’iconique sphère aux quatre antennes eut une résonance mondiale immédiate. Les « savants russes » ont accompli la tâche « spectaculaire » de satelliser un engin muni « d’émetteurs et d’une foule d’instruments scientifiques », écrit Le Devoir dans son édition du 5 octobre. Et déjà, à Moscou, on promet « des voyages interplanétaires », rapporte la radio d’État.

     

    Au sein de l’URSS, la mise en orbite du Spoutnik est « une source de fierté et d’optimisme quant à l’avenir de la société soviétique, rappelle Yakov Rabkin, professeur d’histoire à l’Université de Montréal. Mais aux États-Unis, tant la population que les cercles dirigeants y voient une menace ».

     

    « En l’espace de quelques mois, les Américains ont rattrapé l’URSS [avec l’envoi de leur satellite Explorer 1], mais sur le coup, cet événement est un choc politique énorme », renchérit le professeur émérite de science politique à l’UQAM Jacques Lévesque.

     

    Les scientifiques américains avaient en effet fixé pour novembre le lancement d’une série de petits satellites à titre d’essai en vue du lancement d’un appareil plus gros — « Petite Lune » — au printemps suivant, rapportait le quotidien de la rue Notre-Dame.

     

    Dans le pays de l’Oncle Sam, où l’inquiétude est palpable, l’exploit russe meuble les entrefilets de la presse américaine pendant plusieurs jours. Lors d’un point de presse le 9 octobre, le président Eisenhower se veut rassurant après la prouesse retentissante de l’Union soviétique. « Apparemment, les scientifiques russes ont envoyé une petite boule dans les airs », laisse-t-il tomber à une journaliste.

     

    Mais le leader de la majorité au Sénat, Lyndon B. Johnson, voit les choses autrement. « Je crois que pour la première fois, je commence à réaliser que notre pays n’est peut-être pas en avance dans tout », s’inquiète le futur président.

     

    Car il y a cette impression au sein de l’opinion publique d’avoir été dépassé par l’État communiste. « Les Américains se croyaient supérieurs technologiquement et scientifiquement parlant, précise au Devoir Jean De Lafontaine, professeur de génie aérospatial à l’Université de Sherbrooke. Et ils ont ressenti soudainement qu’ils étaient inférieurs. Même si le gouvernement a tenté d’atténuer les inquiétudes de la population, le peuple américain a eu très peur parce qu’il s’est dit : “Si les Soviétiques sont capables de lancer un satellite en orbite, ils sont capables de lancer des missiles sur les États-Unis.” »

     

    Basculement

     

    En 1957, les deux puissances sont en pleine guerre froide. Et de part et d’autre, c’est la course aux armements. On s’inspire du « génie » allemand derrière les missiles V1 et V2 de la Deuxième Guerre mondiale. Les États-Unis intégreront même dans leurs rangs Wernher von Braun, un scientifique ayant travaillé naguère pour les nazis. L’Allemand naturalisé américain mettra notamment au point la fusée Saturne V, celle-là même utilisée pour envoyer les premiers hommes sur la Lune.

     

    Avec le lancement réussi du premier satellite artificiel, les Soviétiques devenaient aussi « le premier État à expérimenter un missile intercontinental », note Jacques Lévesque. « C’était imparable ! À l’époque, c’était impensable de pouvoir abattre en vol un missile intercontinental. Ça neutralisait donc toute la défense antiaérienne classique des États-Unis. Ça donnait un avantage inouï à l’URSS. »

     

    Pour être lancé à la vitesse de 8 kilomètres par seconde et, à terme, orbiter autour de la Terre, le satellite a été placé sur une fusée R7, un missile développé d’abord à des fins militaires. Il avait d’ailleurs été choisi par les autorités soviétiques au mois de mai 1953 pour porter la bombe H, une bombe nucléaire, en vue d’un éventuel bombardement. C’est l’homme fort derrière le lancement du Spoutnik, Sergueï Korolev, qui suggéra de s’en servir pour lancer des satellites.

     

    Après le choc, le réveil

     

    L’exploit du satellite Spoutnik inquiétait le peuple américain, qui craignait une attaque-surprise de l’URSS. Les plus pessimistes évoquaient même un nouveau Pearl Harbor. Mais la menace, souligne Yakov Rabkin, était aussi de nature idéologique.

     

    « Pour les États-Unis, l’Union soviétique représentait une énorme menace comme solution de remplacement au développement capitaliste, dit-il. Tout allait bien lorsqu’on pouvait dire que l’Union soviétique était en arrière, que c’était un pays arriéré. Du moment où le Spoutnik était lancé et plus tard avec l’envoi dans l’espace de [Iouri] Gagarine, l’Union soviétique est devenue un pays en parité avec les États-Unis, non seulement sur le plan militaire, mais aussi en matière d’exploration spatiale. »

     

    Le succès des Soviétiques eut l’effet d’un électrochoc auprès de la présidence et de l’État-major américains. Si le doute d’un tel exploit persistait auprès de certains, rapidement, on a revu à la hausse les budgets « du système d’éducation supérieure », dit à l’autre bout du fil M. Rabkin. Il fallait éviter que l’« ennemi » ne consolide son avance technologique. Et il fallait pour cela former des scientifiques et des ingénieurs.

     

    « L’année suivante, en 1958, le Congrès américain a passé un acte dont le titre dit tout : “National Defense Educational Act”. Pour eux, c’était une question militaire », précise le spécialiste de l’URSS.

     

    C’est justement cette année-là, au mois de juillet, que l’Agence spatiale américaine — la NASA — voit le jour.













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