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Le goût de l'avenir - 9 - Le goût de la démocratie

29 mars 2004  Actualités en société
À l'échelle du malheur des peuples, comme disait Robert Bourassa, la démocratie québécoise se porte bien. Le Québec dispose d'institutions solides. Son système judiciaire est crédible. De nouveaux partis politiques sont nés, à droite comme à gauche, au cours des dernières années. À 70 %, le taux de participation aux élections provinciales reste enviable par rapport à d'autres pays. Nous disposons d'une fonction publique professionnelle, d'une charte des droits, d'une presse libre et d'un foisonnement d'organismes sociaux et culturels, de syndicats et d'organisations patronales fortes.

Le Québec fut également le terreau de plusieurs initiatives civiques innovatrices: les conseils de quartier à Québec, le Bureau de consultation de Montréal, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), les sommets socio-économiques, la Commission Bélanger-Campeau, les Centres locaux de développement, les coops, ont favorisé la participation des citoyens à la gouverne de la société.

Mais on ressent une détérioration de notre système démocratique. Les séries télévisées Bunker, le cirque et Les Bougon, c'est aussi ça la vie, en sont des symptômes. Les citoyens boudent les institutions politiques. Les partis ont plus de mal qu'autrefois à recruter des membres. Aux dernières élections, le dernier né des partis de gauche, l'UFP, malgré une bonne campagne et des porte-parole crédibles, n'a su recueillir qu'un petit pour cent des voix. À 70 %, le taux de participation a atteint un plancher historique, une chute de plus de dix points depuis 1994. Au fédéral, à peine six électeurs sur dix se sont prévalus de leur droit de vote en 2000. C'est sans parler des élections municipales et scolaires.

Les syndicats sont décriés. Les réseaux communautaires sont fragiles. Leur financement est précaire. La presse est libre des entraves de l'État mais prisonnière de la logique marchande. La concentration de la propriété de la presse rend illusoire la naissance de nouveaux médias de masse. Les émissions d'affaires publiques se raréfient à la télévision privée et une épée de Damoclès plane sur Télé-Québec. L'information se meurt à la radio privée lorsque celle-ci n'est pas kidnappée par des jappeurs à sensation.

La société civile vient de perdre du pouvoir au sein des instances de développement régional et les citoyens auront moins de voix au sein du système de santé. L'Observatoire de la mondialisation (une initiative pourtant copiée par la France) a été aboli comme, bientôt, le Conseil de la santé et du bien-être, deux forums civiques destinés à bien informer les élus, l'État et la population sur les enjeux pour le Québec des transformations du monde et de la société québécoise dans des domaines névralgiques.

Le gouvernement a mis sur les tablettes, sans que l'opposition péquiste ne s'en formalise guère, le rapport des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques, résultat d'une démarche de consultation à laquelle ont participé des milliers de Québécois. En lieu et place, il promet de soumettre à la population un projet de loi instituant un nouveau mode de scrutin, alors que la réforme devrait être beaucoup plus étendue.

M. Charest propose une conception élitiste de la démocratie lorsqu'il prétend qu'une fois élu, il dispose du mandat pour agir à sa guise. La même conception prévaut même lorsrqu'il s'agit de réformer les institutions. En Colombie-Britannique, le gouvernement a confié à un forum civique indépendant le soin de proposer un nouveau modèle. Le gouvernement considérait qu'il était en conflit d'intérêts : comment des élus peuvent-ils être les proposeurs d'une réforme du mode de scrutin qui leur a donné le pouvoir?

Il y a pourtant un appétit au sein de la population pour un rajeunissement de nos institutions et la création de mécanismes de participation des citoyens. On ne se satisfait plus de voter une fois aux quatre ans. Spontanément, dans dix régions du Québec, des comités Citoyenneté et Démocratie sont nés des suites des états généraux sur la réforme des institutions démocratiques. Le mouvement D'abord solidaires fait des petits. La réaction de citoyens contre des projets de sites d'enfouissement ou de centrales électriques est un autre signe d'impatience ainsi que les mouvements défusionnistes à Montréal et ailleurs.

Devant ces réclamations en faveur de nouvelles formes de gouverne démocratique, adaptées à une société moderne, scolarisée et responsable, la réponse des dirigeants est décevante. Les puissants ont toujours tendance à protéger leur pouvoir. Ils ont peur du peuple dont ils sont issus. Dans ce domaine comme dans bien d'autres, on sent confusément que la société québécoise est bloquée, qu'elle a du mal à favoriser l'innovation et d'assumer le risque calculé d'un changement véritable.

La poussée pour un renouveau ne pourra venir que des citoyens eux-mêmes.

J'ai perdu votre trace...

Je sais que j'aurai l'air «techno-twit». J'assume. Un virus, je crois, s'est emparé de mon ordinateur la semaine dernière. D'un coup, j'ai perdu une bonne partie des messages que m'ont fait parvenir ceux et celles d'entre vous qui manifestiez votre intérêt pour la création d'un institut voué au renouvellement des idées et à l'animation du débat public au Québec.

Je vous demande donc de m'écrire à nouveau, que je puisse vous transmettre, en primeur, d'ici quinze jours, des informations sur ce projet avant qu'il ne soit lancé publiquement plus tard en avril, afin que vous puissiez faire partie des fondateurs. Vous pourriez aussi, si cela est possible, me renvoyer votre message original. Plusieurs d'entre vous m'avez fait parvenir non seulement vos coordonnées, mais une foule de suggestions, des textes de réflexion, et des idées dont je voudrais tenir compte. Vous étiez plus de 750. Je ne veux pas perdre votre trace. Écrivez-moi à une nouvelle adresse: michel.venne@inm.qc.ca.
 
 
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