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    Idées

    L’OQLF tient compte de l’évolution du Québec

    27 septembre 2017 | Monique C. Cormier - Professeure titulaire au Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, et présidente du Comité d’officialisation linguistique de l’Office québécois de la langue française de 2002 à 2016 | Actualités en société
    Le mode d’intervention prudent et nuancé de l’Office québécois de la langue française fait davantage confiance au jugement et à la contribution de la population québécoise que ne le fait le diktat d’une loi, estime l'auteure. 
    Photo: Le Devoir Le mode d’intervention prudent et nuancé de l’Office québécois de la langue française fait davantage confiance au jugement et à la contribution de la population québécoise que ne le fait le diktat d’une loi, estime l'auteure. 

    Parce que, tel un cardiologue, l’Office québécois de la langue française traite du coeur même de l’identité québécoise, la langue française, ses interventions provoqueront toujours une gamme de réactions allant de l’approbation à la réprobation, comme c’est le cas pour la politique de l’emprunt linguistique adoptée en janvier 2017.

     

    Au-delà des arguments sensés qu’on peut avoir de part et d’autre, je dois dénoncer cependant les accusations qui cherchent à miner la crédibilité de l’Office : retour à la case départ des années 1960, ouverture des vannes à l’accueil des anglicismes, détournement de la mission, asservissement volontaire et, bien sûr, tout cela, en « catimini », car ce sombre complot ne pouvait se tramer ouvertement.

     

    Réglons d’abord l’accusation de cachotterie. La nouvelle version de la politique a fait l’objet d’une présentation en bonne et due forme, en octobre 2016, au Colloque du réseau des Organismes francophones de politique et d’aménagement linguistiques tenu à Québec, au Musée de la civilisation. Ce colloque international, auquel les médias et le public ont été conviés, regroupait des spécialistes de divers horizons, des professeurs d’université, des linguistes, des professionnels de la langue et des personnalités publiques. La présentation du projet de politique y ayant reçu un accueil favorable, la politique a été adoptée quelques mois plus tard.

     

    L’Office, qui a 56 ans, peut-il tenir compte de l’évolution du Québec et adopter une stratégie d’emprunt linguistique aussi réfléchie que les précédentes ? Assurément. Et il applique tout le sérieux et toute la rigueur que commande l’exercice. Le Comité d’officialisation linguistique que j’ai présidé a pu analyser et commenter l’état d’avancement du travail — qui s’est échelonné sur trois ans — des nombreux terminologues affectés à ce dossier. C’est entièrement satisfait de la version aboutie de la politique que le Comité lui a donné son aval. Contrer l’adoption massive de termes anglais et promouvoir la vitalité et la créativité de la langue française, responsabilité de plus en plus partagée au Québec tant par les individus que par les institutions, demeurent au coeur de son projet. Aussi les critères d’évaluation des emprunts sont-ils nombreux et forment-ils un filtre serré qui contrôle l’acceptation des emprunts lexicaux. Seuls sont finalement admis les emprunts qui sont d’usage standard, couramment acceptés, voire valorisés dans les meilleurs écrits qui servent de référence au Québec et qu’on peut retrouver dans des ouvrages tels que le Multidictionnaire de la langue française et Usito.

     

    Contrairement à ce que laissent entendre certaines critiques, l’Office et son personnel n’ont pas renié le mandat que leur a confié l’État québécois, et la Politique de l’emprunt linguistique de 2017 n’est pas le cheval de Troie que ses dénigreurs veulent y voir. L’Office demeure un guide sûr. Son mode d’intervention prudent et nuancé fait davantage confiance au jugement et à la contribution de la population québécoise que ne le fait le diktat d’une loi.













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