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    Légaliser le cannabis, bon ou mauvais pour le tourisme?

    23 septembre 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Actualités en société
    Si hausse du tourisme il y a avec la légalisation du cannabis, elle ne sera que temporaire.
    Photo: iStock Si hausse du tourisme il y a avec la légalisation du cannabis, elle ne sera que temporaire.

    Le nombre de touristes admis dans les hôpitaux québécois pourrait bondir dans la foulée de la légalisation de la marijuana, estime le gouvernement québécois. Il s’agit de l’un des « dangers associés au tourisme de la marijuana » répertoriés dans une « note d’information » du ministère du Tourisme, dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    Des agents du ministère se sont employés au fil des derniers mois à recenser les avantages et les désavantages de la légalisation de la marijuana dans certains États étrangers pour la ministre du Tourisme, Julie Boulet.

     

    Dans l’État du Colorado, deux fois plus de touristes se retrouvent dans les établissements de santé depuis la légalisation du cannabis en janvier 2014, peut-on lire sous la rubrique « Les leçons du Colorado ».

     

    Pour le ministère, cette information témoigne de « la nécessité de réaliser des campagnes d’éducation auprès des voyageurs » afin de les sensibiliser aux effets de l’inhalation de la fumée ou des vapeurs du cannabis, mais également à l’« importance de respecter les lois », au premier chef celles prévoyant une « interdiction de fumer dans les endroits publics et dans les chambres d’hôtel ».

     

    Engouement certain ?

     

    Le ministère du Tourisme entrevoit « un certain engouement temporaire pour la destination québécoise » au lendemain de la légalisation du cannabis, prévue le 1er juillet prochain. Une « augmentation » des « recettes touristiques » pourrait en résulter.

     

    Le titulaire de la Chaire de tourisme Transat, Paul Arseneault, anticipe un « buzz », mais seulement le 1er juillet prochain, alors que les médias internationaux rapporteront à coup sûr la frénésie du « Cannabis Day ». « Mais ça finira là », lâche-t-il dans un entretien avec Le Devoir.

     

    Il invite en effet la population québécoise à « ne pas partir en peur ». Selon lui, les retombées économiques de la légalisation de la marijuana s’avéreront « très, très marginales » pour l’industrie touristique. Les fumeurs ne choisissent par leur destination vacances en fonction de la liberté qu’ils auront de griller une cigarette, illustre-t-il. Par ailleurs, la consommation des produits de la marijuana sera fortement réglementée au Québec. « Les hôteliers ne vous laisseront pas fumer dans leurs chambres d’hôtel, et encore moins le cannabis », souligne M. Arseneault.

     

    Cela dit, la légalisation du cannabis renforcera l’« image touristique “plus cool que jamais” » du Canada sur la scène internationale, estime le professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. « On est cool ici. On est plus ouverts ici ! » s’exclame le spécialiste. Le Canada montre ce visage cool aux touristes internationaux à l’occasion. Il l’a fait en 2005 en légalisant le mariage entre deux conjoints de même sexe, rappelle-t-il. Encore là, l’afflux de touristes escompté ne s’est pas produit.

     

    Attrait du Québec par rapport à l’Ontario

     

    Le « niveau d’intérêt » des « voyageurs motivés par la disponibilité de la marijuana » envers la destination québécoise dépendra du cadre légal et réglementaire dont le Québec se dotera. « Les modèles choisis par les autres provinces canadiennes pourront également influencer l’attrait du Québec touristique dans ce domaine », écrit le ministère du Tourisme.

     

    Le premier ministre, Philippe Couillard, a refusé de dire si le Québec calquera les « orientations » de l’Ontario, notamment en ce qui a trait à l’âge légal pour consommer du cannabis à 19 ans. « [Les orientations du Québec] ne seront pas nécessairement toutes identiques à celles de l’Ontario, mais il y aura certainement beaucoup de points communs. Comment pourrait-il en être autrement alors que nous sommes des voisins et que la population passe librement d’un endroit à l’autre ? » a-t-il déclaré au terme de la rencontre du Conseil des ministres du Québec et de l’Ontario vendredi. « Il faut être conséquent. »

     

    M. Couillard a réitéré que la santé et la sécurité publique étaient au coeur de ses préoccupations à l’approche du 1er juillet 2018. Le projet de loi que la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, doit déposer cet automne en témoignera.

     

    Un « phénomène marginal » ?

     

    À ce jour, ni Tourisme Montréal ni l’Office du tourisme de Québec n’ont évalué les retombées pour l’industrie touristique. Ni l’un ni l’autre ne se sont dotés de stratégie pour maximiser les retombées de la légalisation du cannabis.

     

    Pourtant, le ministère du Tourisme est persuadé que « des entrepreneurs de l’industrie touristique du Québec adapteront leurs activités, afin de s’ajuster à la nouvelle réalité ».

     

    Aux États-Unis, des acteurs de l’industrie touristique ont contourné l’interdiction de consommer du cannabis dans les chambres d’hôtel en dénichant des endroits où leurs clients peuvent consommer du cannabis en toute quiétude. « Certaines pourvoiries ciblent activement les adeptes du cannabis. Des locateurs “pot-friendly” s’affichent aussi de plus en plus activement sur des plateformes collaboratives. D’autres entreprises s’organisent pour offrir des espaces exclusifs, non couverts par les lois contre la fumée, comme des salons, des gîtes touristiques ou des limousines privées », peut-on lire dans la note d’information.

     

    Par ailleurs, certaines boulangeries et pâtisseries se sont tournées vers la vente de produits dérivés, comme les « muffins au pot », alors que des petites entreprises animent « des ateliers d’appréciation par vaporisation, des visites de serres, des activités d’interprétation », mentionne l’auteur. Enfin, certains massothérapeutes se sont adonnés aux « massages infusés au cannabis ».

     

    Au Québec, tout cela demeurera un « phénomène marginal », est convaincu Paul Arseneault. « On peut bien donner des cours de cuisine avec des produits du cannabis, mais on ne remplit pas des amphithéâtres de 3000 personnes tous les jours », lance-t-il.













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