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    Libre opinion

    La peur de l’autre

    23 septembre 2017 | Jacques Létourneau - Président de la CSN | Actualités en société
    Nous devons continuer de bâtir des ponts avec les mouvements antiracistes et les leaders racisés afin de les soutenir dans la lutte contre le racisme, souligne le président de la CSN, Jacques Létourneau. 
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nous devons continuer de bâtir des ponts avec les mouvements antiracistes et les leaders racisés afin de les soutenir dans la lutte contre le racisme, souligne le président de la CSN, Jacques Létourneau. 

    Le fond de l’air est lourd. Depuis plusieurs mois, l’incompréhension, l’insécurité et la peur de l’autre se sont exprimées ouvertement de bien des façons. Nous avons été témoins de gestes racistes parfois subtils, souvent flagrants, sinon violents. De toutes les manières, nous les rejetons !

     

    Bien sûr, nous croyons que nous devons écouter et chercher à comprendre celles et ceux qui ont peur. C’est possible en répudiant et en dénonçant celles et ceux qui attisent cette peur de l’autre. Nous devons lutter contre la montée de ce racisme identitaire fait de rejets, de repli sur soi et d’hostilité.

     

    Le mouvement syndical a la responsabilité de contrer vigoureusement la croissance marquée de la haine et de l’intolérance. Parce que c’est dans sa nature de le faire. Parce qu’il promeut des valeurs contraires. À travers son histoire, la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui célébrera son centenaire bientôt, a toujours lutté contre le racisme. La CSN s’est toujours fait un devoir d’offrir des espaces ouverts de discussion, d’éducation populaire et de conscientisation. À la fermeture aux autres, nous opposons la solidarité, la fraternité, l’ouverture.

     

    Le cas des migrants

     

    Devant la multiplication des commentaires hostiles envers les demandeurs d’asile, le Barreau du Québec a récemment rappelé à la population québécoise que ces migrants ne sont pas des immigrants « illégaux », car le geste de traverser la frontière en dehors d’un poste-frontière officiel n’est pas illégal en soi, mais plutôt irrégulier.

     

    Certains se disent préoccupés par les coûts pouvant résulter de l’arrivée des demandeurs d’asile, surtout dans la conjoncture morose que nous connaissons depuis l’élection du gouvernement libéral en 2014. Le véritable problème est ailleurs, et nous devrions manifester notre colère envers les politiques d’austérité de Philippe Couillard plutôt qu’envers celles et ceux qui fuient la misère ou l’exclusion avec l’espoir d’améliorer leur sort.

     

    Que dire de certains politiciens qui ne font que jeter de l’huile sur le feu ? Difficile de croire qu’il s’agit du même Québec qui, en 1980, sous le leadership de René Lévesque, a forcé la main au gouvernement fédéral de Trudeau père à amnistier quelque 5000 Haïtiennes et Haïtiens après l’expiration de leurs visas de courte durée. Moi qui avais dix-sept ans à l’époque, je peux dire que j’étais fier de l’ouverture et de la générosité du Québec et de son peuple. Aujourd’hui, j’ai plutôt mal pour notre pays, et les dérapages identitaires de nos représentants politiques m’accablent.

     

    La droite décomplexée

     

    La montée en force des groupes racistes d’extrême droite, tant chez nos voisins états-uniens que chez nous, est très troublante. Nous devons éviter la tentation de banaliser l’essor des mouvements néonazis et de suprématie blanche enhardis par l’ascension d’un populiste de droite à la présidence de la Maison-Blanche. D’ailleurs, des effets collatéraux de cette radicalisation se font déjà sentir au Québec. Comment comprendre que des groupes islamophobes manifestent dans les rues de notre capitale à quelques mois seulement de la tuerie à la grande mosquée de Québec ? Comment expliquer la vague de commentaires xénophobes lus et entendus quotidiennement depuis le début de la crise migratoire des demandeurs d’asile haïtiens ?

     

    Nous devons dénoncer haut et fort ce discours haineux, qu’il s’affiche ouvertement ou plus subtilement. Nous devons aussi répondre aux questionnements de la population, de nos membres, aux prises avec un débat public polarisé, par lequel plus personne n’écoute l’autre, plus personne ne répond, plus personne n’entend. Les craintes exprimées ne sont pas toutes une démonstration de racisme, elles sont plutôt l’expression d’un besoin de discuter des enjeux actuels. Il faut savoir le faire dans le calme et dans le respect de nos valeurs.

     

    Le mouvement syndical a un rôle majeur à jouer pour mettre en avant les valeurs de tolérance, de solidarité, d’ouverture et d’entraide, elles sont non seulement propres à notre organisation, mais aussi caractéristiques du Québec. Nous devons continuer de bâtir des ponts avec les mouvements antiracistes et les leaders racisés afin de les soutenir dans la lutte contre le racisme. Il est de notre responsabilité d’agir ainsi.













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