Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Libre opinion

    Pour prévenir la violence, les hommes doivent s’occuper de leur santé mentale

    19 septembre 2017 | Robert Ménard - Enseignant de sociologie au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne | Actualités en société
    Les événements des derniers jours rappellent «que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement», selon l'auteur.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir Les événements des derniers jours rappellent «que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement», selon l'auteur.

    Une femme tuée. Un enfant enlevé. Un autre drame conjugal. Curieusement, lors de tels cas d’actualité, certaines personnes sont toujours promptes à souligner que les hommes subissent aussi de la violence conjugale. Cela est vrai, mais il n’en demeure pas moins que les victimes dans ces circonstances s’avèrent majoritairement des femmes.

    Au Québec, selon le ministère de la Sécurité publique, le pourcentage de femmes parmi les victimes d’infractions dans un contexte conjugal (agression sexuelle, appels téléphoniques indécents ou harcelants, enlèvement, harcèlement criminel, homicide, intimidation, menaces, séquestration, tentative de meurtre, voies de fait) oscille au total entre 81 % et 78 % de 2010 à 2015.

    Bien que cette violence physique, psychologique, économique ou sexuelle puisse aussi être présente à l’intérieur de couples de même sexe, ces crimes sont perpétrés en grande quantité par des hommes alors qu’en 2015, on en dénombrait 13 409 sur les 16 753 auteurs présumés de ces actes, soit une proportion de 80 %. Ce constat s’observe de manière inchangée dans les années antérieures.

     

    Ce rappel des faits démontre que l’agressivité de certains hommes constitue un problème social auquel il faut s’intéresser collectivement et individuellement. D’autant plus que celle-ci se retourne souvent contre les hommes eux-mêmes puisque le taux de mortalité par suicide est systématiquement plus élevé chez le sexe masculin que chez le sexe féminin depuis plusieurs décennies.

     

    Les relations de cause à effet étant difficiles à prouver sur une échelle macrosociologique, on peut tout de même penser que cette propension à user de violence envers les autres ou envers soi est symptomatique d’une plus grande incapacité à vivre avec des épisodes de détresse psychologique.

    À cet égard, les hommes sont les premiers responsables : ils négligent leur santé mentale. Année après année, les données colligées par les organismes gouvernementaux démontrent généralement que les hommes consultent moins fréquemment les professionnels de la santé (médecins de famille, psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux…), qu’ils sont plus réfractaires à l’idée d’avoir besoin d’aide, qu’ils ont davantage peur de demander du soutien tout en craignant plus le jugement des pairs s’ils le font, qu’ils se médicamentent moins, etc. Bref, les hommes utilisent moins les ressources disponibles en santé mentale.

    Par voie de conséquence, la dépendance aux substances psychoactives (alcool, drogues) ou aux jeux de hasard est plus répandue chez ceux-ci et ils se retrouvent plus souvent à l’urgence en état de crise étant donné que leur détresse psychologique n’a pas été traitée en amont. Paradoxalement, lors d’enquêtes à ce sujet, les hommes affirment être plus aptes à faire face quotidiennement aux aléas de la vie. En somme, ils surestiment leurs capacités.

     

    D’aucuns diront qu’il y a moins de ressources communautaires à leur disposition, mais loin d’être le fruit d’un obscur complot féministe, cela témoigne plutôt de l’isolement social des hommes en détresse psychologique et de leurs propres difficultés à accepter leur état et à s’entourer de personnes pouvant les aider, quitte à se regrouper en fondant des organismes pour ce faire.

     

    En dernière analyse, il n’est pas si surprenant que la réaction de certains hommes face à des événements particulièrement difficiles émotivement, telle une rupture conjugale, soit celle de la violence. Toute leur vie, ils auront fait abstraction de ce qui se passe dans leur tête.

    Comme la perspective sociologique conçoit que les comportements des gens résultent de la socialisation qu’ils ont reçue, et non de la soi-disant nature humaine, cette situation peut changer en amenant les hommes à s’occuper davantage de leur santé mentale pour les outiller psychologiquement afin d’être en mesure de répondre adéquatement — sans brutalité — aux tumultes de l’existence. À cette fin, la responsabilité est partagée : le gouvernement du Québec doit mettre en place les recommandations qu’on retrouve annuellement dans les rapports ministériels qui visent à améliorer la santé mentale des hommes et les services leur étant destinés ; les parents doivent apprendre autant à leurs garçons qu’à leurs filles à exprimer leurs émotions et à prêter attention à leur santé mentale ; et surtout, les hommes doivent se responsabiliser en prenant acte du fait qu’ils ne peuvent pas tout régler par eux-mêmes et qu’ils ne doivent en aucun cas rester isolés avec leurs difficultés.

    Le service Info-Social étant offert 365 jours sur 365, cette démarche individuelle peut se mettre en oeuvre par un simple appel au 811 afin de bénéficier de l’écoute et de conseils d’intervenants psychosociaux. On ne le répétera jamais assez, s’aider soi-même commence lorsqu’on reconnaît avoir besoin des autres.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.