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    Apprendre le mohawk aux enfants et aux adultes

    Selon Kahsennenhawe Sky-Deer, des mots ont déjà disparu de la langue mohawk, comme certains liés au fleuve Saint-Laurent.
    Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Selon Kahsennenhawe Sky-Deer, des mots ont déjà disparu de la langue mohawk, comme certains liés au fleuve Saint-Laurent.

    Le Québec est l’hôte de onze nations autochtones reconnues par le gouvernement du Québec, chacune parlant sa propre langue. Certaines de ces langues sont encore parlées par des milliers de locuteurs. Plusieurs sont sur la voie rapide de l’extinction. Cet été, Le Devoir a rencontré chaque semaine un locuteur d’une de ses langues. Aujourd’hui, pour le dernier texte de la série, voici Joely Van Dommelen et Kahsennenhawe Sky-Deer, de la réserve mohawk de Kahnawake, près de Montréal.


    Sur son lit de mort, la grand-mère de Joely Van Dommelen a exprimé le souhait que ses enfants et ses petits-enfants apprennent et parlent la langue mohawk. Elle-même avait dû s’abstenir de parler sa langue maternelle à l’école qu’elle fréquentait lorsqu’elle était enfant. Et sa fille, la mère de Joely, Francis Dione, ne parle pas le mohawk.

     

    Aujourd’hui, Joely Van Dommelen dirige l’école Karihwanoron, une école d’immersion complète en mohawk, dont le nom veut dire « choses précieuses », en français. Cette école de Kahnawake a été fondée il y a 29 ans par une dizaine de parents, dont Francis Dione.

     

    Karihwanoron est la seule école de Kahnawake où l’éducation ne se donne qu’en mohawk du préscolaire à la 6e année. On y enseigne les mathématiques et les sciences en mohawk, et on y intègre des éléments de culture.

     

    À notre arrivée, le matin, les enfants récitent la prière de l’Action de grâce, au cours de laquelle ils témoignent leur gratitude envers la terre-mère et promettent de ne pas lui subtiliser son pouvoir.

     

    Plus tard, ils prendront le chemin de leurs classes respectives, souvent dirigées par deux enseignants, un homme et une femme. « Nous voulons recréer un environnement familial, où les enfants sont encadrés par deux parents », explique Joely Van Dommelen.

     

     

     

    En 2014, le centre linguistique et culturel de Kahnawake, qu’on appelle Kanien’kehá : ka Onkwawén : na Raotitióhkwa, a mené une enquête dans la communauté pour déterminer le pourcentage de ses habitants qui parlaient le mohawk, dans cette communauté de quelque 8000 habitants, tout près de Châteauguay. Les résultats de ce travail montrent clairement le déclin de la pratique de la langue chez les jeunes. Selon les données récoltées auprès de 376 résidants, un seul jeune de moins de 18 ans disait alors parler couramment le mohawk. Deux jeunes de 18 à 30 ans entraient dans cette catégorie, contre quatre personnes entre 31 et 49 ans, 13 entre 50 et 69 ans, et 27 dans le groupe des 70 ans et plus.

     

    Joely Van Dommelen dit ne parler que quelques mots de mohawk. Mais sa soeur cadette le parle couramment. « Lorsque nous avons vécu avec notre grand-mère, aux États-Unis, j’avais déjà passé l’âge de rester avec elle à la maison pour apprendre le mohawk. Ça ne m’intéressait pas. Ma petite soeur, elle, était trop jeune pour sortir. Elle a donc appris le mohawk avec ma grand-mère, et aujourd’hui le parle constamment avec ses enfants », raconte-t-elle.

     

    Selon Kahsennenhawe Sky-Deer, qui est chef assignée à la défense du patrimoine au conseil de bande de Kahnawake, certains mots ont déjà disparu de la langue mohawk. C’est le cas de certains mots qui étaient liés au fleuve par exemple, du temps où la voie maritime n’existait pas et où la vie de la bande était davantage liée au cours d’eau.

     

    Joely a elle-même envoyé ses quatre enfants à l’école Karihwanoron, mais seulement l’un d’eux parle le mohawk couramment aujourd’hui.

     

    L’école Karihwanoron ne reçoit aucune subvention gouvernementale, parce qu’on n’y enseigne ni le français, ni l’anglais, ni d’ailleurs l’histoire du Canada. Pour Joely Van Dommelen, les enfants sont de toute façon largement en contact avec la langue anglaise à la maison et dans la communauté. « C’est en français qu’ils ont du retard, une fois arrivés au secondaire », reconnaît-elle.

     

    L’école Karihwanoron n’est pas le seul choix d’éducation en mohawk qui s’offre aux enfants de Kahnawake. En tout, la communauté compte d’ailleurs cinq écoles. Deux écoles primaires indépendantes, et trois écoles relevant du conseil de bande et des subventions du gouvernement fédéral, comme l’école secondaire Survival School.

     

    Dans toutes ces écoles, les élèves sont initiés à la langue mohawk, à différents degrés. Deux de ces écoles offrent également des programmes de français.

     

    Kahsennenhawe Sky-Deer a pour sa part fréquenté l’école Karonhianonha, où elle a vécu l’immersion mohawk durant les trois premières années du primaire, avant d’être initiée à l’anglais et au français. Son père parle mohawk et enseigne aujourd’hui cette langue à l’université. Les parents de Kahsennenhawe Sky-Deer sont séparés et sa mère ne parlait pas mohawk à la maison. Mais même durant les longues années où Kahsennenhawe Sky-Deer a vécu en Floride, elle a tenu à rester en contact avec la langue de son peuple, et a demandé à son père de lui envoyer des dictionnaires avec lesquels elle pouvait continuer à la pratiquer.

     

    Aujourd’hui, elle est très fière de montrer les efforts faits par le conseil de bande pour traduire en mohawk les expressions usuelles, un peu partout sur le territoire. Elle parle aussi avec enthousiasme du programme d’éducation aux adultes, qui permet à des adultes de suivre une formation à temps plein en mohawk. « Nous venons de recevoir une subvention pour permettre aux adultes de suivre cette formation », dit-elle.

     

    Les familles qui parlent couramment mohawk à la maison demeurent très rares sur le territoire de Kahnawake. « Je pense à deux ou trois familles qui le font », dit-elle. Au moment d’endosser sa veste qui témoigne de son appartenance au clan des loups, Kahsennenhawe Sky-Deer reconnaît faire aussi partie du système politique plus traditionnel de Kahnawake, relié à la maison longue. « Si on veut retourner à un mode de fonctionnement plus traditionnel, il faut travailler ici, au sein du conseil de bande », dit-elle.

    Quelques mots de mohawk

    Bonjour! Kwe !

    Comment allez-vous? Skennen' ko` : wa ken ?

    Je vais bien. Hen skennen ko` : wa.

    Merci! nia` : wen !

    Au revoir! ò : n’en ki wahì !













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