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    Déboulonner Macdonald au nom de la réconciliation

    Aucune école ne devrait s’appeler John A. Macdonald, selon un syndicat d’enseignants ontarien

    À Montréal, en 2010, la statue de John A. Macdonald avait été descendue de son socle, mais c’était alors pour effacer les outrages du temps et des vandales.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir À Montréal, en 2010, la statue de John A. Macdonald avait été descendue de son socle, mais c’était alors pour effacer les outrages du temps et des vandales.

    Le syndicat des enseignants du primaire d’Ontario, la Elementary Teachers Federation of Ontario (ETFO), milite pour que le nom et la représentation de John A. Macdonald, un des principaux Pères de la Confédération canadienne, soient effacés des lieux publics.

     

    À la suite de la réunion annuelle des 645 représentants des 78 000 membres que compte l’ETFO, ce syndicat de professeurs recommande aux conseils scolaires de l’Ontario d’effacer le nom de John A. Macdonald de leurs bâtiments et milite pour qu’il disparaisse aussi de l’espace public.

     

    Joint par Le Devoir à Toronto, le président du syndicat, Sam Hammond, se défend de vouloir effacer l’histoire. « L’histoire est ce qu’elle est. Le Canada est ce qu’il est. Mais il est temps, à la faveur des travaux de la Commission de vérité et réconciliation, d’avoir une discussion franche et honnête sur ce que représente cette figure. Macdonald a été au coeur d’une politique de génocide culturel. On ne doit pas le cacher. Nous recommandons en conséquence de bannir son nom pour les écoles. »

     

    En 1867, Macdonald devint le premier premier ministre de la Confédération. Il est considéré en outre comme l’un des pères fondateurs de ce Canada qui célèbre cette année en grande pompe son 150e anniversaire. Le nationalisme d’Ottawa s’est d’ailleurs développé en partie par l’inscription de l’image de ce père fondateur dans l’espace public. À Ottawa, Héritage Canada a même lancé en 2014 une commission pour voir à bien célébrer son deux centième anniversaire de naissance.

     

    Malsain

     

    Pour le président de l’ETFO, l’utilisation du nom de Macdonald transforme les écoles en « un environnement malsain pour les enfants » puisque au XIXe siècle ce premier ministre était un défenseur de l’acculturation des autochtones par l’envoi massif de leurs enfants dans des pensionnats. « Je peux m’imaginer ce que ça pourrait représenter pour un autochtone de se retrouver à discuter le plus ouvertement possible d’un passé colonial qui a conduit à un génocide culturel tout en étant dans un édifice qui porte le nom de John A. Macdonald. Nous croyons qu’il faut avoir une discussion ouverte sur la place de Macdonald. Et notre recommandation est que les écoles qui portent son nom soient toutes rebaptisées après des consultations. »

     

    Au Canada, le nombre d’édifices publics qui portent le nom de l’ancien premier ministre est difficile à évaluer mais il n’est rien de moins que considérable. Des écoles, des hôtels, des bibliothèques, des résidences, des banques, des édifices sont coiffés du nom de ce premier ministre conservateur.

     

    En 2013, dans son livre intitulé la Destruction des Indiens des plaines, James Daschuk de l’université de Regina a bien documenté l’action de Macdonald à l’encontre des autochtones. L’administration de Macdonald a volontairement affamé des populations pour les rendre tout à fait dépendantes des rations offertes dans des réserves. Dans l’éventualité d’un soulèvement ou de protestations trop vives, les autorités pouvaient supprimer les maigres rations. Et ils ne se gênaient d’ailleurs pas pour le faire. Le travail de Daschuk a été couronné par le grand prix de la Société historique du Canada, un prix baptisé de longue date le Sir John-A.-Macdonald !

     

    Près de Kingston, ancienne capitale du pays, une nouvelle école construite en 2012 porte le nom de Macdonald à la suite des recommandations d’un comité. Cinq ans plus tard, l’école de Limestone considère désormais qu’elle doit consulter des instances supérieures ainsi que des chefs autochtones pour savoir si elle doit rapidement changer de nom.

     

    Pourquoi n’est-il pas fait mention dans les doléances du syndicat du fait que Macdonald était aussi un farouche opposant à l’immigration asiatique, au système démocratique, au Canada français, tout en montrant par son action un intérêt certain pour le système esclavagiste du sud des États-Unis ?

     

    « Nous savons tout cela , répond Sam Hammond. Mais pour l’instant notre attention au sujet de Macdonald a été portée par les circonstances de la Commission de vérité et réconciliation. Mais il y a d’autres problèmes avec Macdonald, de toute évidence. »

     

    Figure-clé du Canada forgé à Londres en 1867, John A. Macdonald demeure omniprésent au quotidien pour les Canadiens, ne serait-ce que parce qu’il orne les billets de dix dollars émis par la Banque du Canada. Sa représentation sur ces billets vient d’ailleurs d’être revue. Plus de 100 millions de billets ornés de la tête de Macdonald sont en circulation.

     

    Monuments

     

    Sur la colline parlementaire à Ottawa, une immense représentation en bronze de sa personne veille toujours, oeuvre de l’artiste Louis-Philippe Hébert. Des dizaines d’artistes ont participé à des concours pour honorer sa mémoire au nom de l’État. On trouve plusieurs monuments dédiés à Macdonald dans les grandes villes canadiennes, dont Kingston, où la famille de John A. Macdonald immigra d’Écosse en 1820.

     

    À Montréal, un gigantesque monument à la gloire de Macdonald trône depuis 1895 au milieu de l’ancien square Dominion, rebaptisé Place du Canada pour le centenaire de la confédération en 1967. Au cours des années 1960, ce monument est plusieurs fois vandalisé par des indépendantistes québécois. Des militants du Rassemblement pour l’indépendance nationale y inscrivent nuitamment sur son socle des inscriptions comme « Je suis séparatiste ». En 1992, au jour anniversaire de la pendaison de Louis Riel, la tête de bronze avait été décapitée à la scie. Le gouvernement Macdonald est considéré responsable de la mort de Riel autant que de l’écrasement dans le sang des Métis. Ce monument à Macdonald vient d’être restauré en 2010 au coût de 436 000 dollars.

     

    La figure de Macdonald continue d’être tenue en haute estime dans l’appareil politique canadien. En 2016, la ministre du Patrimoine Mélanie Joly avait publié un communiqué pour encourager les Canadiens à célébrer ce personnage à l’occasion de la « Journée Sir John A. Macdonald ». La ministre déclarait alors ceci : « Je vous invite à en apprendre davantage sur sa vie et sa vision d’un pays qui valorisait la diversité, la démocratie et la liberté. »













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