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    Libre opinion

    L’instrumentalisation du droit par La Meute

    24 août 2017 | Shanie Roy - Candidate à la maîtrise en droit à l’Université du Québec à Montréal | Actualités en société
    «En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard», estime l'auteure.
    Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard», estime l'auteure.

    «C’est la victoire de l’ordre face au désordre. On a vu c’était qui, aujourd’hui, les extrémistes et les radicaux. […] Dans une société de droit, quand on est des citoyens respectueux des lois, c’est comme ça que ça fonctionne. » Ces paroles lancées fièrement aux médias par un représentant de La Meute avant leur marche de dimanche dernier ne cessent de me consterner depuis.

     

    Au premier abord, j’ai eu le réflexe arrogant d’affirmer que les hauts gradés de La Meute méconnaissaient le droit, qu’en effectuant quelques recherches, les preuves d’actes répréhensibles se manifesteraient aisément. Je pensais que ces ardents défenseurs de la liberté d’expression avaient oublié de porter leur attention sur les articles subséquents de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, dont l’interdiction de discrimination (religion, race, origine ethnique ou nationale, etc.), et de s’intéresser plus longuement à certains articles des codes civil et criminel.

     

    S’il ne fait aucun doute qu’une portion non négligeable d’adeptes de La Meute tient couramment des propos discriminatoires qui enfreignent la Charte, je reste stupéfaite devant la relative maîtrise des règles de droit par leurs chefs et la respectabilité politique qu’elle leur a récemment conférée. En effet, un rapide survol des récentes sorties publiques de La Meute révèle que l’instrumentalisation du droit à des fins de légitimation politique constitue en quelque sorte leur nouvelle arme de prédilection pour percer dans l’espace public, recruter des adhérents et se détacher de l’extrême droite.

     

    Utilisation du droit

     

    D’une part, leurs porte-parole rassurent continuellement les adhérents que leur mouvement est protégé par la loi, puis d’autre part, ils se posent en défenseurs des droits fondamentaux en danger (liberté d’opinion, liberté d’association, égalité des sexes, etc.). En usant du droit comme ressource politique, ce groupe planifie scrupuleusement ses actions en fonction des lois en vigueur dans le but de ne pas être pris en défaut et de démoniser ses opposants. Par exemple, lorsqu’ils étaient rassemblés dans le stationnement le 20 août, le mot d’ordre aux participants était on ne peut plus clair : « Si jamais les antifas montent ici, vous bougez pas. Si on avance, on les attaque. Si eux autres y sautent sur nous autres, on les couche à terre, on est en légitime défense. » Il y a aussi la tactique des marches silencieuses très encadrées constituant une méthode de choix lorsqu’il a des craintes raisonnables que des actes indésirés fassent l’objet d’une poursuite et jettent le discrédit dans leurs rangs.

     

    Dans ce contexte, comment se fait-il que ces représentants des « payeurs de taxes » et « bons pères de famille » aient autant recours à une rhétorique légaliste sur toutes les tribunes ? Est-ce par leurs liens étroits avec des (ex-)employés des services d’ordre, notamment l’armée ou la GRC ? Est-ce le fait que plusieurs membres de leur service de sécurité sont d’anciens policiers ? Qu’en est-il de leurs contacts avec des groupes classés sous l’égide de l’extrême droite qui ont acquis certaines connaissances à travers l’arène judiciaire à la suite d’une judiciarisation des actions de leurs membres ?

     

    En se posant comme les défenseurs des droits fondamentaux des citoyens, de l’ordre et de la démocratie, La Meute crée un capital de sympathie à son égard. Son but : être contre La Meute, c’est être contre la société de droit. En évoquant des droits chers aux progressistes tels la liberté d’association, l’égalité des sexes et la liberté de convictions politiques, ce mouvement opère une confusion des camps politiques. Par ces stratégies, il y a un isolement de plus en plus prononcé des mouvances opposées à la droite populiste.













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