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    Les dérapages de dimanche annoncent un automne sous tension

    Les consultations sur la discrimination et le racisme systémique qui s’ouvrent dès septembre risquent d’alimenter les affrontements entre les groupes antiracistes et le groupe ultranationaliste La Meute.
    Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Les consultations sur la discrimination et le racisme systémique qui s’ouvrent dès septembre risquent d’alimenter les affrontements entre les groupes antiracistes et le groupe ultranationaliste La Meute.

    Les dérapages lors des manifestations de dimanche à Québec laissent présager un automne chaud, selon des experts. Les consultations sur la discrimination et le racisme systémique qui s’ouvrent dès septembre risquent d’alimenter les affrontements entre les groupes antiracistes et le groupe ultranationaliste La Meute.

     

    « On assiste actuellement à une dynamique de mouvement contre mouvement. La mobilisation de l’adversaire alimente chacun des groupes », indique Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sociologie des conflits sociaux.

     

    Puisque le racisme se retrouvera au coeur de consultations publiques cet automne, les tensions entre les antiracistes et La Meute ne risquent pas de s’apaiser, selon lui.

     

    « Ce type de rencontres peut permettre à des groupes de prendre de la place en divisant et en polarisant l’opinion du public, comme on a pu le voir avec la Charte des valeurs ou encore avec les accommodements raisonnables », souligne M. Ancelovici, également professeur à l’Université du Québec à Montréal.

     

    Il mentionne par ailleurs que si les protocoles sont respectés, ces consultations pourraient toutefois avoir un rôle de canalisation des conflits entre les deux groupes.

     

    David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation et l’extrémisme violent, indique toutefois que le contexte sera favorable à une polarisation dans la société, car devant ce type de débat la population se sent obligée de prendre position.

     

    « Les gens vont se prononcer pour ou contre l’immigration [en écoutant les arguments des différents groupes], alors que l’enjeu est bien plus complexe qu’être en faveur ou en désaccord », indique M. Morin, qui est aussi professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

     

    À quelques mois de cette grande consultation, le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a invité lundi les groupes « à aller se faire voir ailleurs », devrait plutôt s’interroger sur la présence de l’extrême droite dans sa ville, croit M. Ancelovici.

     

    « Plutôt que de dire aux gens d’aller ailleurs, il devrait se demander pourquoi les radios poubelles sont à Québec, pourquoi Alexandre Bissonnette s’est rendu dans une mosquée, pourquoi sa ville semble plus encline à adopter des positions d’extrême droite », dit-il.

     

    « Racisme ordinaire »

     

    Après les récents événements de Charlottesville aux États-Unis et les affrontements dans la capitale nationale, les experts consultés constatent déjà une émergence du « racisme ordinaire », alors que La Meute tente depuis dimanche de miser sur un discours populiste pour légitimer son existence.

     

    Ils soulignent que le groupe, souvent associé à l’extrême droite, est très habile pour faire évaluer sa stratégie d’acceptabilité selon les sujets d’actualité.

     

    « Les premières apparitions de La Meute se sont faites contre l’islam au Québec. Ensuite, ils se sont servis de la question des attentats pour justifier leur position. Ils ont ensuite trouvé le moyen de porter leur combat sur la question de la liberté d’expression et, cette fin de semaine, ils ont profité de la situation des réfugiés haïtiens pour faire du millage », mentionne M. Morin.

     

    Menaces

     

    La politologue Maryse Potvin rappelle que La Meute se tient souvent à la limite d’un discours haineux. La spécialiste, qui a commenté depuis dimanche les événements, a elle-même été la cible des sympathisants du groupe.

     

    « J’ai reçu une quinzaine de messages, dont certains assez violents et agressifs, qui viennent confirmer ce que plusieurs experts disent. La Meute pense qu’elle n’est pas raciste et se victimise, mais derrière son discours populiste, il y a un discours haineux », dit Mme Potvin, qui a conservé tous les commentaires reçus et envisage de porter plainte à la police.

     

    Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence a également été la cible de menaces.

     

    Le directeur, Herman Deparice-Okomba, a confirmé qu’une plainte pourrait être portée contre un homme très engagé dans l’extrême droite qui a menacé d’utiliser un bidon d’essence et une allumette pour « bien se marrer » si un centre de prévention ouvre ses portes dans la ville de Québec.

     

    « Nous sommes un centre apolitique et neutre, alors c’est extrêmement inquiétant qu’on veuille nous imposer une ligne d’action et qu’on soit vu comme un adversaire », dit M. Deparice-Okomba.

     

    Le directeur recommande à la population de se méfier du groupe.« Je crains que la base de sympathisants de La Meute s’élargisse, parce que, qu’on le veuille ou pas, le fait que l’extrême gauche ait utilisé la violence leur a permis de se faire passer pour des pacifistes, alors qu’ils sont loin d’être des enfants de choeur », mentionne M. Deparice-Okomba.

     

    « Ce sont des gens violents, leur discours est violent et, ce qui m’inquiète, c’est que ce groupe-là tente de se donner une crédibilité », ajoute-t-il.

     

    Dans la nuit de dimanche à lundi, à Montréal, des banderoles où on lisait le mot « remigration », en référence au retour des immigrants dans leur pays d’origine, ont fait leur apparition près du Stade olympique, qui abrite des centaines de réfugiés. « C’est odieux. Je fais attention, parce qu’on ne veut pas leur faire de publicité en parlant de ça », dit le maire de Montréal, Denis Coderre.













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