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    Les «geeks» d’aujourd’hui: des mordus de Lego au coeur d’enfant

    Les sexagénaires Luce Brault et Bernard Paquet collectionnent les petites briques depuis quelques années à peine

    Luce Brault et Bernard Paquet ont reconstitué une ville entière en Lego. Tout y est : une station-service, une buanderie, une banque, une caserne de pompiers, des maisons et des personnages.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Luce Brault et Bernard Paquet ont reconstitué une ville entière en Lego. Tout y est : une station-service, une buanderie, une banque, une caserne de pompiers, des maisons et des personnages.

    Le Devoir vous propose le cinquième article d’une série sur les geeks d’aujourd’hui, ces mordus dont la passion pour les pixels, les technologies du Web, la culture populaire ou les passe-temps en tout genre se décline de mille façons. Aujourd’hui, rencontre avec un couple qui prouve que la passion pour les Lego n’a pas d’âge.


    Dans ce quartier résidentiel de Notre-Dame-des-Prairies, tout près de Joliette, la maison de Luce Brault et Bernard Paquet se fond dans le décor. Au premier coup d’oeil, rien n’indique qu’à l’intérieur de cette demeure comme les autres se cache un véritable trésor qui ferait rêver n’importe quel enfant.

     

    Au rez-de-chaussée, rien à signaler. Mais lorsqu’on monte à l’étage, on découvre l’antre de ces deux passionnés de Lego hors du commun. C’est ici que Luce, 60 ans, et Bernard, 67 ans, passent le plus clair de leur temps.
     

     

    Dans une pièce, des boîtes remplies de briques de toutes les tailles et de toutes les couleurs s’empilent jusqu’au plafond. Dans une autre, un village miniature occupe presque tout l’espace. Tout y est : une station-service, une buanderie, une banque, une caserne de pompiers, des maisons et des personnages à chaque coin de rue, avec un train électrique qui encercle le tout.

     

    Le quartier général se trouve juste à côté, dans une ancienne chambre convertie en atelier où le duo trie et construit des Lego, parfois du matin au soir. « Dans une journée typique, on est ici de 8 h 30 jusqu’à 23 h. On mange rapidement et on revient, explique Bernard en souriant. Quand il mouille, cherche-nous pas, on est en haut. »

     

    « On en fait quand ça nous tente, précise Luce. Et ça nous tente souvent. »

     

    La course aux jouets


    Le couple a eu la piqûre des Lego il y a sept ans, lorsque Bernard a voulu offrir un cadeau à ses petites-filles. « Ma fille m’a dit : “Papa, ça me prend des blocs”, raconte-t-il. Donc, le grand-père s’est promené partout pour trouver des blocs Lego. »

     

    Sa conjointe et lui ont pris d’assaut les magasins d’occasion, à la recherche d’ensembles de briques en vrac. Puis, au fil des semaines, ils se sont laissé prendre au jeu.

    Luce Brault et Bernard Paquet dans leur atelier
     

    « On aimait ça, trier les briques, les nettoyer et refaire les kits grâce au numéro qu’il y a sur chaque pièce, explique Luce. On a accumulé beaucoup de vrac.On trie et on fait des petits tas, mais au bout d’un certain temps, ça fait beaucoup de petits tas ! »

     

    En fait, leur collection a tellement pris d’ampleur qu’ils estiment aujourd’hui posséder un ou deux millions de pièces, « au minimum », toutes classées dans des compartiments. Comme cette boîte dans laquelle se superposent de petites têtes jaunes qui passent par toute la gamme des émotions.

     

    Majeurs et passionnés


    Dans le jargon des mordus de Lego, Luce et Bernard sont des « AFOL », pour « adults fan of Lego » (« adultes adeptes de Lego »). Depuis quelques années, ils sont membres de QuéLUG, pour « Québec Lego User Group », le seul regroupement québécois d’adultes mordus des petites briques d’origine danoise.

     

    À travers le monde, on compte plus de 150 LUG du même genre. Ces groupes, dont les membres se comptent par dizaines de milliers, sont officiellement reconnus par Lego.

     

    Selon un sondage publié en 2015 par le site spécialisé Brick Picker, la majorité des AFOL sont concentrés aux États-Unis. Ces passionnés sont surtout âgés de 35 à 44 ans (47 %) ou de 25 à 34 ans (34 %). À peine 3 % des répondants au sondage avaient plus de 55 ans.

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le « train dragon » de Luce Brault et Bernard Paquet leur a permis de gagner un prix décerné par les quelque 200 exposants du Brick Fest de Philadelphie, en avril dernier.
     

    Au sein de QuéLUG, la moyenne d’âge des quelque 120 membres est d’environ 45 ans, selon son président, François Dubuc. « L’intérêt des adultes pour les Lego est exponentiel. C’est démentiel, lance-t-il. Le nombre d’adultes qui font des Lego augmente continuellement et, dans notre club, la croissance est assez rapide. »

     

    À son avis, si autant d’adultes retrouvent ainsi leur coeur d’enfant, c’est parce que les Lego offrent mille et une possibilités. « Il y a vingt ans, il y avait des briques jaunes, rouges ou vertes dans pratiquement un seul format, alors qu’aujourd’hui, on compte de 7000 à 8000 pièces différentes qui permettent de faire des constructions qui se rapprochent de la réalité. »

     

    Créer des amitiés


    Quand leurs voisins les interpellent dans la rue, Luce et Bernard se font appeler par leurs prénoms. Mais dans la communauté Lego, ils sont connus sous leurs pseudonymes : Spaluce et Legopuff. 
     

    En plus de prendre part aux activités du regroupement québécois, ils participent chaque année à différents événements, y compris le Brick Fest de Philadelphie.

    On n’a jamais pensé qu’on pouvait gagner
    Luce Brault

    En avril dernier, ils y ont remporté un prix décerné par les quelque 200 exposants pour leur « train dragon », une construction aux couleurs vives qui serpente les rails. « On n’a jamais pensé qu’on pouvait gagner, affirme humblement Luce. Il y avait de la grosse gomme là-bas ! »

     

    Pour Bernard et elle, ce genre d’événement est une occasion de montrer leur savoir-faire, mais surtout de se lier d’amitié avec des gens qui partagent leur passion. « Au lieu d’être des chums de bière, c’est des amis de Lego. Nous, on ne boit pas et on ne fume pas, donc on fait du Lego. »

     

    Dépense ou investissement ?


    Malgré l’enthousiasme qu’ils suscitent chez les jeunes et les moins jeunes, les Lego sont souvent critiqués pour une raison bien précise : leur prix élevé. Pour bâtir une collection qui se compte en millions de pièces, il faut donc mettre la main à la poche.

     

    Chaque année, Luce et Bernard dépensent « plusieurs milliers de dollars » en Lego. Mais avec la valeur des briques qui augmente sans cesse sur les sites de revente en ligne, il s’agit d’un investissement, soutient Luce. « Si demain matin on décide de vendre notre stock, je peux te garantir qu’on va ravoir notre argent, et plus. »

    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Collection de têtes jaunes arborant toute une gamme d’émotions
     

    Le couple n’a cependant pas l’intention de se départir de sa collection de sitôt. Les deux passionnés veulent continuer de créer et de participer à des expositions, sans oublier ce « grand projet » qu’ils espèrent mettre en branle sous peu : trimballer leurs blocs Lego dans les écoles et les bibliothèques pour permettre aux enfants d’en profiter.

     

    Après tout, pourquoi arrêter ? demande Luce. « Les Lego, ça nous garde jeunes. »













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