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    Sur la route

    L’autopartage, une menace pour les compagnies de location de voitures?

    Les plus anciens modèles de Smart Fortwo ont commencé à être remplacés par des berlines Mercedes la semaine dernière, mais Car2go souhaite toujours offrir la voiture bleu et blanc à ses abonnés.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les plus anciens modèles de Smart Fortwo ont commencé à être remplacés par des berlines Mercedes la semaine dernière, mais Car2go souhaite toujours offrir la voiture bleu et blanc à ses abonnés.

    Les Mercedes de Car2Go sont finalement arrivées à Montréal. En proposant ce nouveau modèle, quatre portes, l’entreprise intensifie la rivalité avec son concurrent direct, Communauto, mais aussi avec les entreprises de location de voitures de la métropole. Ces dernières s’inquiètent de l’expansion des services d’autopartage, qui viennent de plus en plus jouer dans leurs plates-bandes.​


    À l’instar de Vancouver et de Toronto, les abonnés de Car2go peuvent depuis la semaine passée se retrouver au volant de Mercedes-Benz CLA et GLA pour se déplacer dans les rues de Montréal. En tout, une centaine de berlines quatre places seront ajoutées au parc automobile de l’entreprise, dont certaines en remplacement des plus anciennes Smart Fortwo en service.

     

    La petite voiture deux portes que proposait le service d’autopartage jusqu’alors ne répondait plus entièrement aux besoins des utilisateurs, d’après le directeur de l’entreprise à Montréal, Jérémi Lavoie. La nouvelle venue sera, selon lui, plus pratique pour les familles ou encore pour transporter des bagages. « Il sera possible et facile de faire de plus longs trajets avec plus de personnes, idéal pour partir un week-end à l’extérieur de la ville, par exemple. »

     

    La voiture bleu et blanc, qui sillonnait les rues de Montréal depuis 2013, ne va pas disparaître pour autant du décor. Si les plus anciennes ont commencé à être remplacées par la nouvelle flotte de berlines Mercedes la semaine passée, Car2Go souhaite toujours offrir ce modèle à ses abonnés.

     
    L’essentiel, c’est le but derrière tout ça. Tous ensemble, on offre aux gens qui décident de ne pas compter sur une voiture personnelle d’utiliser une auto de temps en temps. Ça réduit le nombre de voitures en circulation, et c’est mieux pour l’environnement.
    Marco Viviani, porte-parole de Communauto

    Du côté de Communauto, l’autre service d’autopartage montréalais, on ne s’inquiète pas outre mesure de l’arrivée de la Mercedes de Car2Go. Son concurrent lui enlève pourtant cet avantage d’être le seul à proposer des voitures de différents formats. « Tout le monde s’énerve en parlant de compétition qui s’intensifie, mais les entreprises de location d’auto à Montréal, il y en a plein et on ne fait pas de commentaires dès qu’il y a en des nouvelles », affirme le porte-parole de la compagnie, Marco Viviani.

     

    Ce dernier parle davantage de cohabitation que de concurrence, soulignant qu’il y a une demande grandissante dans le domaine de l’autopartage à Montréal et de la place pour plusieurs joueurs. « L’essentiel, c’est le but derrière tout ça. Tous ensemble, on offre aux gens qui décident de ne pas compter sur une voiture personnelle d’utiliser une auto de temps en temps. Ça réduit le nombre de voitures en circulation, et c’est mieux pour l’environnement », affirme-t-il.

     

    Il tient toutefois à faire remarquer qu’avec les nouvelles Mercedes, des voitures donc plus luxueuses, les prix de Car2go vont nécessairement monter en flèche. « Ça va être un peu plus cher, mais ça n’a rien d’excessif », se défend Jérémi Lavoie. Le prix à la minute a été fixé à 0,47 $ pour les Mercedes tandis qu’il faut à l’heure actuelle débourser 0,41 $ pour les Smart Fortwo. Les voitures de Communauto se louent, elles, moins de 0,39 $ la minute.

     

    Les compagnies de location en péril ?

     

    De leur côté, les entreprises de location de voitures installées dans la métropole surveillent de près l’expansion des services d’autopartage, s’inquiétant pour leur avenir sur le marché face à cette concurrence qui prend de l’ampleur.

     
    450
    C’est le nombre de voitures en libre-service de la flotte de Car2go à Montréal, pour 50 000 abonnés.

    Source : Car2go

    Le propriétaire de l’entreprise Location d’autos à rabais, Christian Cartier, voit surtout d’un mauvais oeil l’élargissement de l’offre de service de Communauto et de Car2go. Alors qu’initialement elles proposaient à leurs abonnés d’utiliser une voiture pour quelques heures, elles offrent maintenant la possibilité aux Québécois de partir plusieurs jours avec un de leurs véhicules, ce qui vient jouer dans les plates-bandes des compagnies de location.

     

    « Ça nuit forcément. Ils vont chercher des sous qu’on aurait sûrement faits sans eux », déplore Christian Cartier.

     

    Mais il affirme que son chiffre d’affaires n’en pâtit pas trop pour le moment. « Pour ma part, je ne crois pas être trop affecté, car nous, on loue sans carte de crédit, donc on vise un autre type de clientèle, qui ne peut pas toujours avoir une carte », explique-t-il.

     

    À ses yeux, les plus petites entreprises — comme la sienne, dotée d’uniquement 40 véhicules — vont simplement devoir redoubler d’efforts pour se démarquer à l’avenir et ne pas disparaître. « Ce qui arrive, c’est un peu comme avec Uber, et les taxis ne disparaissent pas pour autant. Les compagnies de location de voitures ne vont pas fermer boutique, elles vont s’adapter », croit-il.

     

    « C’est évident que ça touche les compagnies de location d’automobiles, mais c’est un phénomène qui va se produire surtout dans les grandes villes », nuance de son côté le propriétaire de la compagnie Autoplateau à Montréal, Rodrigue Desrosiers. Il rappelle que les deux services d’autopartage ne se sont pas encore installés en région et concentrent leurs efforts dans les grandes villes. Dans la province, on retrouve à l’heure actuelle les voitures de Communauto à Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau, tandis que Car2go n’a déployé sa flotte que dans la métropole québécoise.

     

    Pour sa part, le vice-président de Discount, qui offre en location quelques milliers de voitures sur l’île de Montréal, se montre plus optimiste que ses confrères. « On ne connaît pas de baisse, aucune. On est même en croissance dans nos bureaux sur le plateau parce que c’est devenu dispendieux et compliqué de stationner alors les gens préfèrent vendre leur voiture et louer une auto », indique Robert Lalonde.

     

    Il rappelle aussi que les compagnies de location attirent beaucoup d’entreprises commerciales, contrairement à Car2go et Communauto qui s’adressent surtout aux particuliers.« C’est un avantage pour nous, on aura toujours ces clients-là. »

     

    La voiture autonome, une menace ?

     

    Robert Lalonde avoue s’inquiéter davantage de l’arrivée, « dans un avenir plus proche qu’on ne le pense » des voitures autonomes sur le marché que de l’expansion des entreprises d’autopartage. « Ça va changer le système. Les gens n’auront plus besoin de se déplacer pour aller louer une voiture, la voiture va venir à eux. »

     

    Une inquiétude partagée par Rodrigue Desrosiers, qui se montre encore plus pessimiste à ce sujet. « C’est la fatalité. Les compagnies de location telles qu’on les connaît vont disparaître avec l’arrivée prochaine des voitures qui se conduisent toutes seules », croit-il. Même Car2Go et Communauto seront touchées par l’arrivée des véhicules autonomes, selon lui.

     

    Pourtant, les entreprises d’autopartage Car2go et Communauto voient au contraire plutôt d’un bon oeil l’arrivée de la voiture sans conducteur. Elles comptent même l’intégrer à leur flotte lorsqu’elle sera officiellement autorisée à circuler sur les routes québécoises. Par son prix qui sera « sûrement assez élevé » et par son caractère autonome, elle sera essentiellement une voiture partagée et permettra ainsi de convaincre de nouvelles personnes d’abandonner leur auto personnelle, selon M. Viviani.

    Vers l’auto électrique à Montréal? Alors que son concurrent Communauto a déjà ajouté des voitures hybrides et électriques à son parc automobile depuis 2016, Car2go s’en tient pour le moment aux véhicules à moteur dans la métropole. L’entreprise se dit toutefois ouverte à l’idée d’en accueillir dans sa flotte à l’avenir. Mais il faudra attendre pour cela une amélioration de l’autonomie des batteries, selon Jérémi Lavoie.

    Pourtant, le service d’autopartage a développé une certaine expertise en la matière dans plusieurs villes dans le monde, telles que San Diego, Amsterdam ou encore Stuttgart, qui possèdent justement des véhicules Car2go électriques.

    À Montréal, le problème reste le froid, soutient M. Lavoie. « Le froid affecte énormément les batteries. Les gens peuvent bien ne pas avoir de voiture et utiliser l’autopartage, si le service est entièrement électrique et que ce n’est pas disponible en plein février, ça ne fonctionne pas comme logique. »














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