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    La tempête de vendredi frappe doublement des agriculteurs de la Montérégie

    Denys Van Winden regarde avec désolation ses champs d’oignons détruits. Il espère que le gouvernement tiendra compte du caractère exceptionnel de la tempête de vendredi.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Denys Van Winden regarde avec désolation ses champs d’oignons détruits. Il espère que le gouvernement tiendra compte du caractère exceptionnel de la tempête de vendredi.

    Le cocktail météorologique qui s’est abattu en Montérégie vendredi s’avère être une double tragédie. Tandis que les dégâts pourraient se chiffrer à des dizaines de millions de dollars pour des producteurs agricoles, quelque 350 travailleurs saisonniers du Mexique et du Guatemala risquent d’être renvoyés dans leur pays deux mois à l’avance, faute de travail.

     

    « Il y a urgence d’agir parce qu’en ce moment, on est tous perdants. Nos récoltes sont ravagées et on n’a pas d’emploi pour nos travailleurs », confie Robert Guérin, dont l’entreprise, JPL Guérin et fils, se spécialise dans la culture de laitues.

     

    La tempête de vendredi, d’une intensité comme on en avait rarement vu dans la région, a ravagé des dizaines de champs des municipalités de Sherrington, Saint-Isidore, Saint-Édouard et Saint-Cyprien-de-Napierville.

     

    Après un violent orage et plus de 200 mm de précipitations, dont une partie sous forme de grêle, des rafales ont atteint 80 km/h, cassant et déracinant plusieurs arbres. Les pluies diluviennes ont aussi provoqué le débordement de la rivière l’Acadie le lendemain.

     
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Les plans de carottes de Denys Van Winden étaient encore complètement submergés lundi.
     

    Les terres des producteurs du rang Saint-Paul à Sherrington se sont retrouvées au coeur de la trajectoire de la tempête. Ils peinent à donner de l’ouvrage aux travailleurs étrangers, alors que certains craignent de ne rien pouvoir sauver.

     

    « Je vais avoir besoin d’eux dans un mois environ, parce que j’ai des récoltes qui n’ont pas été touchées, mais d’ici là, je n’ai rien à leur offrir, et même si j’ai des voisins qui sont prêts à leur donner du travail en attendant, nous n’avons pas le droit de les transférer temporairement chez eux », déplore M. Guérin.

     

    Une dizaine de producteurs agricoles demande au gouvernement d’assouplir le fonctionnement du programme des travailleurs étrangers temporaires, qui actuellement les oblige à travailler exclusivement pour un seul producteur.

     

    « Les règles du programme sont très strictes. Même s’il y a des producteurs agricoles sur d’autres fermes qui ont du travail pour les travailleurs étrangers, ce n’est pas permis de les muter. Il faut obtenir une autorisation du gouvernement fédéral », explique Jérémie Letellier, vice-président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie.

     

    Chez Veg-Pro, reconnu pour être le plus gros producteur maraîcher, 300 hommes étaient en attente de leur sort.

     

    « Ils ne veulent pas partir et on ne veut pas qu’ils partent, mais on n’a pas de travail pour tout le monde et le programme nous empêche de les faire travailler à d’autres tâches ou tout simplement ailleurs. On a déjà vu de la flexibilité de la part du gouvernement par le passé, alors on espère que d’ici mardi, on aura une réponse », mentionne Gerry Van Winden, propriétaire de l’entreprise.

     
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À défaut d’une dérogation leur permettant de trouver du travail chez un autre producteur, les travailleurs étrangers devront retourner dans leur pays plus tôt que prévu.
     

    Dans un champ voisin, un producteur agricole a affecté la cinquantaine de travailleurs étrangers à la coupe de bulbes d’ail en attendant la réponse des autorités gouvernementales.

     

    « C’est certain qu’on est inquiets. Repartir cette semaine, c’est perdre plus de deux mois de salaire qu’on espérait toucher pour nos familles », a confié un travailleur mexicain, qui vient au Québec tous les étés depuis cinq ans.

     

    La Fondation des entreprises en recrutement de main-d’oeuvre (FERME), qui se spécialise dans le recrutement de travailleurs agricoles étrangers, dit être en contact avec Ottawa pour qu’une mesure exceptionnelle soit accordée au groupe de travailleurs touché par la situation.

     

    « Nous avons eu des discussions avec Immigration Canada, et on nous a dit bien comprendre la situation, alors nous avons bon espoir qu’ils feront preuve de flexibilité », soutient Fernando Borges, directeur général par intérim chez FERME.

     

    Immigration Canada n’avait pas donné suite à notre demande d’entrevue au moment d’écrire ces lignes lundi.

     
    Je n’avais jamais vu ça
    Denys Van Winden, propriétaire des Productions horticoles Van Winden
      

    Programme « catastrophe » réclamé

     

    Les producteurs agricoles se tournent également vers le gouvernement pour qu’une aide financière d’urgence soit autorisée.

     

    Denys Van Winden, propriétaire des Productions horticoles Van Winden, espère que le gouvernement tiendra compte du caractère exceptionnel de la tempête de vendredi.

     

    En quelques minutes, il a vu le fruit de son travail disparaître sous ses yeux.

     

    « Je n’avais jamais vu ça. J’étais sur mon tracteur lorsque j’ai vu au loin un entonnoir dans le ciel », raconte Denys Van Winden, propriétaire des Productions horticoles Van Winden.

     

    L’homme constatait encore l’ampleur des dégâts sur sa ferme de 600 acres lundi, lors du passage du Devoir.

     

    Plus de 200 acres de laitue ont été inondées pendant deux jours. Ses 60 acres d’oignons étaient en très mauvais état, alors que la grêle a percé des trous sur plusieurs dizaines de légumes. Ses plants de carottes étaient encore complètement submergés lundi.

     
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Plusieurs travailleurs saisonniers sont dans l'incertitude quant à leur travail pour prochains jours. Pour l'instant, ils travaillent à récupérer l'ail.
     

    À la suite de la tempête de vendredi, le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a voulu rassurer les producteurs victimes des intempéries. Il a rappelé que le programme d’assurance de La Financière agricole du Québec leur permettra d’être dédommagés. Cette couverture n’est toutefois pas suffisante considérant l’ampleur des dégâts, selon les producteurs agricoles.

     

    « Les programmes actuels d’assurance récolte ne sont pas adaptés à la réalité, particulièrement pour les maraîchers. C’est pour cette raison que plusieurs ne sont même pas assurés ou qu’ils ne s’assurent pas à pleine valeur. Depuis plusieurs années, l’UPA demande à ce qu’ils soient revus. Un programme catastrophe doit être mis sur pied pour contrer les phénomènes comme celui-ci », fait valoir M. Letellier.

     

    Ce programme, nommé Agri-relance, existe à Ottawa, mais pour en bénéficier au Québec, une demande doit être formulée par le gouvernement provincial.

     

    « Il est important de savoir que ce programme peut être mis en place lorsque tous les autres programmes de La Financière ne peuvent répondre à la situation.

     

    « À ce stade-ci, nous ne pouvons pas encore déterminer si nous demanderons au fédéral d’évaluer la possibilité de déclencher le programme, puisque nous en sommes présentement à évaluer les dégâts et à voir comment nous pourrons dédommager les agriculteurs rapidement, en fonction des programmes déjà existants », indique Christine Harvey, attachée de presse du ministre Lessard.













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