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    Sur la route

    Le traversier, un moyen de transport rapide sous-utilisé?

    À Québec, le traversier qui relie les deux rives permet aux cyclistes et aux automobilistes d’éviter le trafic des ponts et, ainsi, d’économiser de précieuses minutes.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir À Québec, le traversier qui relie les deux rives permet aux cyclistes et aux automobilistes d’éviter le trafic des ponts et, ainsi, d’économiser de précieuses minutes.

    De New York à Sydney en passant par Hong Kong, Boston ou encore Québec, de plus en plus de villes développent leur transport en commun par voie fluviale afin d’offrir aux citoyens un moyen de se déplacer plus rapide et écologique. Montréal a de quoi s’inspirer ; une navette reliant Pointe-aux-Trembles au centre-ville de Montréal en passant par le Saint-Laurent pourrait justement voir le jour prochainement.


    Exaspérés à l’idée de rester assis dans leur voiture, coincés dans les embouteillages en pleine heure de pointe, de plus en plus de Québécois vivant aux abords du Saint-Laurent préfèrent prendre la route du fleuve pour se rendre à destination plus rapidement.

     

    Étudiante à Québec, Elsa Gonthier est devenue une habituée du traversier qui relie la capitale nationale à la ville de Lévis sur la rive sud. « Il n’y a pas si longtemps, je le prenais tous les week-ends pour voir mes parents sur la rive sud. C’est vraiment agréable et spacieux, et ça coupe le trajet en deux surtout ».

     

    Le traversier lui permet en effet de parcourir le kilomètre qui la sépare de Lévis en une quinzaine de minutes, un gain de temps qui fait toute la différence, selon elle. « Les autobus, on oublie ça, ça me prendrait deux bus et c’est long, explique la jeune femme. En voiture, me rendre au même endroit que l’arrivée du traversier, ça va me prendre 20 minutes, quand tout va bien et qu’il n’y a pas de trafic. »

     

    Même son de cloche du côté de Marie-Noëlle Corriveau-Tendland qui prend quotidiennement le traversier depuis un an pour se rendre à son travail sur la colline parlementaire. « Le choix du traversier était non seulement le plus pratique, le plus économique, mais également le plus rapide dans mon cas. Je mets 5 minutes en autobus pour me rendre au traversier, 10 minutes pour traverser à Québec et 15 minutes de marche pour me rendre au travail. Si je devais faire le trajet en autobus ou en voiture, je mettrais au minimum 45 minutes, sans trafic, ce qui n’arrive jamais », constate-t-elle.

     

    En 2016, le traversier entre Québec et Lévis a transporté près de 1,8 million de passagers et 311 000 véhicules, selon la Société des traversiers du Québec. En tout, 13 traversiers — gérés par la Société des traversiers du Québec — permettent aux Québécois de se rendre d’une rive à l’autre en voyageant sur le fleuve Saint-Laurent, toute l’année pour la plupart. D’autres compagnies privées proposent aussi de tels services pour de plus petites traversées, comme à Montréal ou en Outaouais.

     

    Rapidité et connexion

     

    Si prendre le traversier est la seule façon de se rendre dans des endroits isolés tels que l’île aux Coudres, l’île Verte ou encore les îles de la Madeleine, ce moyen de se déplacer permet aussi de raccourcir certains trajets, comme c’est le cas pour aller de Saint-Siméon à Rivière-du-Loup. Alors que la traversée en bateau entre ces deux villes met 65 minutes, faire le trajet par la route prend plus de 4 h, obligeant les conducteurs à remonter le fleuve jusqu’à Québec pour emprunter le pont entre les deux rives.

     

    « La clé, c’est le temps de parcours ! Le facteur décisif pour les usagers, c’est la rapidité du transport », estime Felix Gravel, du Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Mtl). Se déplacer par traversier lui semble un bon substitut à la voiture à condition donc que le temps pour se rendre d’un point A au point B soit moins long par le fleuve.

     

    À ses yeux, le Saint-Laurent pourrait être davantage utilisé à cette fin. New York, Boston, Sydney, Hong Kong : plusieurs villes développent déjà leurs voies fluviales pour contourner la congestion routière — mais aussi la diminuer — et offrent aux citoyens une complémentarité au transport collectif, affirme-t-il.

     

    Mais mettre des bateaux à l’eau n’est pas suffisant, il faut des aménagements pour convaincre les citoyens de s’y engager. « Une navette fluviale, ça peut être intéressant, mais seulement si elle est bien connectée au reste du transport collectif, note M. Gravel. Si pour aller prendre la navette les gens doivent prendre leur auto parce que c’est trop loin à pied, ça va les décourager. C’est peut-être là l’effort à faire, penser au premier kilomètre… et au dernier. »

     

    De son côté, Emmanuel Guy, professeur au Département des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Rimouski, doute que le fleuve devienne un jour une « alternative totale » à la voiture. S’il voit d’un bon oeil le développement du transport de passagers sur le Saint-Laurent, il fait remarquer que la voiture est toujours encouragée. « Les traversiers, comme à Lévis, transportent des voitures, ça sous-entend qu’à destination les gens vont avoir besoin de leur voiture pour se rendre encore plus loin », note le spécialiste du transport maritime.

     

    Des navettes

     

    C’est pourtant dans l’optique de réduire la congestion routière que la mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, tente de mettre en place une navette fluviale pour relier l’arrondissement au centre-ville de Montréal, depuis plusieurs années.

     

    L’ajout de ce moyen de transport en direction du centre-ville « pourrait intéresser plusieurs automobilistes qui doivent emprunter Notre-Dame ou Sherbrooke pour se rendre au centre-ville », indique son attachée politique, Marie-Ève Adam.

     

    Partant du Vieux-Pointe-aux-Trembles — « en raison du nombre de stationnements dans ce secteur » —, il suffirait de 26 minutes pour se rendre au quai McGill, à proximité des zones commerciales et d’affaires. Il faut toutefois ajouter à cela le temps de déplacement à pied ou à vélo pour se rendre à destination. Un parcours en somme plus rapide que la voiture, l’autobus ou le métro. « En voiture, le temps de déplacement varie entre 30 et 55 minutes, en fonction de la congestion routière, et en transport en commun, c’est 57 minutes », précise Mme Adam.

     

    Annoncée pour l’été 2017, la navette se fait toujours attendre. « Il faut prendre le temps de bien analyser l’intérêt des citoyens, le potentiel d’utilisation, le type d’embarcation, la faisabilité en période hivernale, l’équipement », indique Mme Adam, tout en soulignant que l’arrondissement travaille à ce sujet en étroite collaboration avec la STM, le Port de Montréal, le gouvernement fédéral et des entreprises de navigation sur le fleuve.

     

    Le projet n’en reste pas moins d’actualité. Un sondage auprès des citoyens, réalisé en mai et juin, révèle même que 97 % des répondants seraient intéressés par un tel service. Fin juin, un projet-pilote de deux jours a permis de transporter plus de 1000 personnes, avec l’entreprise Navark, qui offre déjà la possibilité de traverser le fleuve à bord de ses bateaux.

     

    Son propriétaire, Normand Noël, regrette qu’aucune navette fluviale ne soit pour le moment intégrée au service de transport en commun de la métropole, empêchant les Montréalais de s’approprier pleinement leur fleuve.

     

    Dans la région métropolitaine, deux navires, Transit et Tandem, relient chaque jour de juin à octobre, Montréal, l’île Sainte-Hélène et Longueuil. « Cela fait 26 ans que ce mode transport existe, mais ça reste un des grands secrets de Montréal. À la base, c’était une volonté des maires de prolonger les pistes cyclables de la route verte », explique Marie-Josée Picard, directrice adjointe des navettes maritimes du Saint-Laurent.

     

    Annuellement, pas moins de 100 000 passagers montent à bord du bateau, et 30 à 40 % d’entre eux sont accompagnés de leur vélo.

     

    Traverser ainsi le fleuve reste pour le moment une activité récréotouristique dans la région, d’après Mme Picard. « C’est à cause de l’horaire surtout, la première navette est à 9 h le matin les fins de semaine, mais seulement à 11 h la semaine, alors ça ne rejoint pas les travailleurs. » À ses yeux, ajouter des bateaux en pleine heure de pointe et toute l’année pourrait populariser ce moyen de transport dans le quotidien des Montréalais.

     

    « On travaille fort, pour que ça soit intégré dans le système de transport en commun déjà existant, annonce-t-elle. Même l’hiver, il y a une façon d’envisager le trajet. On est en discussion avec les gouvernements pour faire avancer les choses dans ce sens. »
     













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