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    Le défi de l’inuktitut: conserver la pureté de la langue

    Lisa Koperqualuk travaille à la création d’un programme centré sur la culture inuite pour les diplômés inuits du secondaire.
    Photo: Caroline Montpetit Le Devoir Lisa Koperqualuk travaille à la création d’un programme centré sur la culture inuite pour les diplômés inuits du secondaire.

    Le Québec est l’hôte de onze nations autochtones reconnues par le gouvernement du Québec, chacune parlant sa propre langue. Certaines de ces langues sont encore parlées par des milliers de locuteurs. Plusieurs sont sur la voie rapide de l’extinction. Cet été, Le Devoir rencontre chaque semaine un locuteur d’une de ses langues. Voici Lisa Koperqualuk, anthropologue inuite originaire de Puvirnituq, au Nunavik.


    Dans la maison de son grand-père, à Kangirsuk, dans cet immense Nord québécois qui est aujourd’hui le Nunavik, Lisa Koperqualuk avait trouvé des livres pour enfants en anglais dans la bibliothèque.

     

    « Mon grand-père était un ministre anglican. Il était Inuk et ne parlait pas anglais. Nous parlions toujours inuktitut entre nous. Mais dans la maison que nous habitions, il y avait eu la famille d’un missionnaire anglophone, qui avait laissé ces livres dans une bibliothèque. Je me souviens que je les lisais avec beaucoup d’intérêt », raconte-t-elle, avec cette grande douceur propre aux gens du Nord, dans sa maison de Pierrefonds, où nous la rencontrons.

     

    Lisa Koperqualuk a fait ses études secondaires en Ontario. Elle a ensuite étudié les sciences politiques et l’anthropologie au Québec. Elle travaille présentement à la création d’un programme centré sur la culture inuite pour les diplômés inuits du secondaire, qui sera offert au collège John Abbott, en collaboration avec la Commission scolaire Kativik.

     

    Les jeunes y suivront des cours de langue en inuktitut, des cours sur la politique du Nunavik, des cours d’éducation physique inspirés de la tradition inuite, des cours d’arts inuits, de musique et de théâtre.

     

    Ses enfants, qui ont été élevés en Afrique et à Montréal, parlent français et anglais. Lisa Koperqualuk raconte qu’elle a parlé à son aîné en inuktitut jusqu’à ce qu’il ait l’âge de trois ans. Elle vivait alors en Afrique francophone. Elle dit avoir arrêté lorsqu’il a commencé à dire « merde » en français ! Mais lorsque Lisa Koperqualuk parle à sa famille du Nord, toutes les conversations se passent toujours en inuktitut.
     

     

     

    Adaptée à la modernité

     

    L’inuktitut est l’une des langues autochtones les plus vivantes au Québec : 97,6 % des Inuits l’ont comme langue maternelle et, en 2001, 26 % des résidants du Nunavik ne parlaient ni français ni anglais, selon les données du livre Les langues autochtones du Québec, un patrimoine en danger, dirigé par Lynn Drapeau et publié aux Presses de l’Université du Québec.

     

    De tradition orale, comme toutes les langues autochtones, l’inuktitut a été transcrit en alphabet syllabique par les missionnaires au XIXe siècle. Aujourd’hui, les Inuits utilisent à la fois l’alphabet syllabique et l’alphabet romain pour transcrire leur langue. Pourtant, Lisa Koperqualuk remarque l’utilisation croissante de termes anglais dans la langue inuktitute.

     

    « Quand j’avais 15 ans, je me suis promis de ne jamais mélanger les langues. On peut parler deux langues. Mais quand on parle anglais, on parle 100 % anglais et, quand on parle inuktitut, on parle 100 % inuktitut. Autrement, cela affaiblit la langue autochtone. »

     

    La langue inuktitute est pourtant remarquablement adaptée à la modernité.

     

    L’Institut culturel Avataq, qui assure la protection et la pérennité de la culture inuite, a organisé plusieurs ateliers dans le passé, pour adapter la langue inuite à certaines réalités.

     

    « Il y avait des experts, des interprètes, des traducteurs », raconte Lisa Koperqualuk. C’est ainsi qu’on a créé des mots désignant les nouvelles technologies, ou des mots relatifs au monde de la santé ou de la justice.

     

    Ces ateliers étaient financés par le gouvernement du Canada, et les fonds sont de moins en moins accessibles pour de tels projets, ajoute-t-elle.

     

    Lisa Koperqualuk déplore par exemple qu’on n’ait pas mené un tel atelier pour adapter l’inuktitut aux débats environnementaux, qui sont cruciaux dans le Nord.

     

    « Il faudrait trouver les mots pour parler du dioxyde de carbone, des mots pour les gaz à effet de serre, ou pour l’uranium », dit-elle.

     

    D’autres expressions sont difficiles à traduire. En inuktitut, on n’a pas non plus d’expression pour dire « je m’excuse ». « On a plutôt une expression, “llaaniunngituq”, pour dire “je ne l’ai pas fait exprès”. Autrefois, c’était une expression qu’on n’utilisait pas très souvent. […] Aujourd’hui, on l’utilise davantage […]. » Dans les communautés inuites du Nunavik, régies par la Convention de la Baie-James et par la Commission scolaire Kativik, tout l’enseignement des trois premières années du primaire se fait en inuktitut.

     

    Aux niveaux scolaires supérieurs, l’inuktitut n’est enseigné que quelques heures par semaine.

     

    L’institut Avataq a présentement un projet de conservation de la langue inuite dans 15 villages du Nunavik. Lors d’un sondage mené dans ces communautés, les répondants ont expliqué l’érosion de la langue par le fait que les personnes oublient graduellement les termes d’inuktitut pour désigner certaines réalités. L’Institut Avataq donne d’ailleurs comme conseil aux Inuits de terminer leur phrase en inuktitut et de veiller consciemment à ne pas utiliser trop de mots étrangers.

    Quelques mots d’inuktitut Bonjour ai’

    Comment ça va Qanuippiit ?

    Ça va bien Qanuinngitnga

    Merci Nakurmiik

    Au revoir Atsunai












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