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    Recensement 2016

    Le déclin du français ne pourra être renversé du jour au lendemain

    4 août 2017 | Alain Bélanger - Professeur titulaire et directeur des programmes de démographie à l’Institut national de la recherche scientifique | Actualités en société
    «Les tendances démographiques sont lourdes et le déclin du français au Québec ne pourra être renversé du jour au lendemain», soutient l'auteur.
    Photo: Getty Images «Les tendances démographiques sont lourdes et le déclin du français au Québec ne pourra être renversé du jour au lendemain», soutient l'auteur.

    Le 2 août dernier, Statistique Canada diffusait les données linguistiques tirées du recensement de 2016. Le communiqué officiel, intitulé Un paysage linguistique de plus en plus diversifié, mettait l’accent sur l’augmentation des langues immigrantes (sic), mais constatait aussi le recul du français comme langue maternelle et comme langue d’usage à la maison dans l’ensemble du Canada et au Québec.

     

    Selon le communiqué, « l’usage du français recule dans la sphère privée, et ce tant dans l’ensemble du Canada qu’au Québec ». En effet, 20,3 % des Canadiens parlaient le plus souvent le français à la maison en 2016, comparativement à 21 % en 2011. Au Québec, cette proportion était de 79,9 % en 2016 alors qu’elle était de 81,2 % en 2011.

     

    Le communiqué de l’agence statistique prend une approche nationale et parfois provinciale, par exemple dans l’analyse du déclin du français, ce qui est bien normal. Toutefois, l’analyse à l’échelle de ces grands ensembles géographiques peut masquer une dynamique beaucoup plus éloquente à une échelle spatiale plus fine.

     

    On doit toutefois se garder de ne commenter l’évolution que d’une seule région telle que l’île de Montréal, où se concentre la majorité des nouveaux immigrants. Le déclin de la proportion de locuteurs du français peut alors être dû à l’accroissement plus rapide des langues tierces et ainsi résulter de l’immigration.

     

    Phénomène générationnel

     

    À l’échelle temporelle d’une génération, l’utilisation d’une langue non officielle est un phénomène temporaire. Les nouveaux arrivants utilisent généralement leur langue maternelle à la maison, mais celle-ci est rarement utilisée comme langue parlée à la maison par leurs enfants au moment de fonder leur propre famille.

     

    C’est ce qui explique que le recensement montre une diminution du nombre de personnes parlant l’italien ou l’allemand, par exemple, des langues parlées par les cohortes plus anciennes d’immigrants. Dans un contexte de forte immigration sur un territoire comme le Québec où coexistent deux langues officielles supportées par des institutions fortes, la vitalité linguistique de chacune de ces langues est d’abord tributaire de leur taux de croissance relatif.

     

    Au niveau de l’ensemble du Québec, le nombre de personnes utilisant l’anglais à la maison a augmenté de 10,7 %, soit sept fois plus rapidement que le nombre de personnes utilisant le français.

     

    Le taux de croissance de l’anglais est même un peu plus élevé que celui des langues non officielles, dont la forte croissance doit être reliée à l’accroissement migratoire. Sur l’île de Montréal, l’anglais progresse près de deux fois plus rapidement que le français, et là aussi plus rapidement que le nombre de personnes de langues non officielles.

     

    Régions

     

    Il est également remarquable de constater que l’anglais progresse plus rapidement que le français dans toutes les régions. Avec un taux de 14 %, la croissance de l’anglais est particulièrement forte à Laval, surtout en comparaison de la croissance quasi nulle du nombre de personnes parlant le français à la maison. Elle est aussi relativement forte à Longueuil et dans la deuxième couronne, où le taux de croissance de l’anglais est respectivement dix fois et six fois plus rapide que celui du français.

     

    La fécondité des francophones et des anglophones est similaire et la politique d’immigration québécoise favorise les immigrants francophones ou francotropes. Alors, comment expliquer cette forte croissance de l’anglais comme langue d’usage ?

     

    Les données sur l’immigration et celles sur la mobilité interne ne sont pas encore disponibles pour bien interpréter les variations régionales. Par exemple, il est possible que le solde migratoire interprovincial soit favorable aux anglophones du Québec au cours de la période, mais ce serait un renversement de tendance surprenant. Ce qui semble être à l’oeuvre, ce sont les transferts linguistiques des allophones favorables à l’anglais, en particulier les transferts intergénérationnels, c’est-à-dire la tendance de la deuxième génération d’immigrants allophones à adopter l’anglais dans une proportion plus importante que le poids de cette langue.

     

    Les tendances démographiques sont lourdes et le déclin du français au Québec (et à plus forte raison au Canada) ne pourra être renversé du jour au lendemain. Mais rien n’est inéluctable et le fatalisme est à proscrire. Les causes du déclin doivent être examinées scientifiquement et la politique d’aménagement linguistique, revue en profondeur, celle-ci ayant visiblement échoué à endiguer la croissance rapide de l’anglais au détriment du français.













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