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    Le 150e du Canada: une erreur de calcul?

    1 août 2017 |Lise Beaudoin | Actualités en société
    «Ces 150 dernières années révèlent un déficit démocratique et historique», tranche l'auteure.
    Photo: Getty Images «Ces 150 dernières années révèlent un déficit démocratique et historique», tranche l'auteure.

    Les drapeaux à feuille d’érable qui s’agitent frénétiquement en cette année anniversaire invitent à se questionner sur l’histoire officielle. Se limiter aux 150 dernières années pour définir le pays semble saugrenu aux autochtones et aux descendants des premiers Canadiens. D’autant plus que plusieurs événements assombrissent cette période.

     

    John A. Macdonald a joué un rôle déterminant dans le projet de confédération. Avant de s’engager en politique, il connaît une brève carrière d’avocat et d’homme d’affaires versé dans la spéculation foncière. En 1840, il devient membre de la loge orangiste de Kingston, une association prônant la suprématie anglo-saxonne blanche et protestante ainsi que l’allégeance à la monarchie britannique. Ces éléments de sa trajectoire imprègnent sa vie politique.

     

    En 1867, il devient premier ministre du Dominion du Canada. De nombreux conflits d’intérêts jalonnent sa carrière. Le plus mémorable d’entre eux, le scandale du Pacifique, relié à la construction du chemin de fer, force son gouvernement à démissionner. Malgré ce délit, il est de nouveau premier ministre de 1878 jusqu’à sa mort, en 1891.

     

    Au début de 1864, Macdonald s’emploie à convaincre les colonies britanniques de former une confédération. Pour arriver à ses fins, il tient un double discours, multipliant les promesses afin d’influencer les représentants des provinces, tout en projetant de leur retirer tout pouvoir ultérieurement. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique est sanctionné par la reine Victoria en 1867.

     

    Vers l’ouest

     

    À partir de 1867, le projet d’expansion vers l’ouest prend forme avec de graves répercussions pour ceux qui habitent ce territoire. La construction du chemin de fer, condition pour obtenir l’adhésion de la Colombie-Britannique et coloniser l’Ouest, provoque des déplacements de population orchestrés par le gouvernement Macdonald et quelques hommes d’affaires.

     

    Des mesures draconiennes permettent de s’emparer du territoire habité par les autochtones. Le projet d’assimilation des Premières Nations annoncé dans la loi constitutionnelle se concrétise avec la Loi sur les Indiens de 1876. Refoulées dans des réserves, les Premières Nations dépendent du gouvernement pour leur subsistance. La nourriture retenue dans des entrepôts pour les forcer à signer des traités désavantageux leur parvient avariée et provoque des maladies tuant des milliers d’entre eux.

     

    Pour accélérer le processus d’assimilation, Macdonald affirme en 1883 que « les enfants indiens devraient être retirés le plus possible de l’influence de leurs parents, et la seule manière d’y arriver est de les placer dans des écoles industrielles où ils vont acquérir les habitudes et les pratiques des Blancs ». Ils sont arrachés à leur famille et envoyés de force dans des pensionnats protestants et catholiques où ils vivent dans des conditions déplorables. Cette pratique perdure jusqu’en 1996.

     

    Les Métis font également les frais de cette expansion territoriale. Le chemin de fer sert à transporter les troupes dépêchées pour mater leur résistance durement réprimée. Cet épisode aboutit à la pendaison de Louis Riel, en 1885. Au Québec, cette décision soulève un tollé, mais Macdonald refuse d’en tenir compte : « Riel sera pendu même si tous les chiens du Québec aboient. »

     

    Par ailleurs, plus de 15 000 Chinois embauchés entre 1881 et 1885 pour effectuer les tâches les plus dangereuses de la construction du chemin de fer sont soumis à des conditions inhumaines ; au moins 600 d’entre eux perdent la vie.

     

    Assimilation

     

    Macdonald ne peut imposer ses politiques d’assimilation de manière aussi brutale aux francophones, plus au fait de leurs droits. Déjà en 1839, l’assimilation les menace sans se concrétiser. Au cours des années, le gouvernement central laisse aux provinces la tâche de défaire ses engagements. Par exemple, le Common School Act du Nouveau-Brunswick, en 1871, et L’Official Language Act de l’Île-du-Prince-Édouard, en 1873, amorcent une série de mesures qui restreignent ou abolissent le droit à l’enseignement en français dans toutes les provinces anglophones. Les francophones s’investissent dans des luttes marquées par des gains et des pertes. En 2017, ils font toujours face à des conditions favorisant l’assimilation malgré leurs efforts. Le Québec s’en tire mieux, parce qu’il a su créer les conditions nécessaires pour protéger sa langue et sa culture.

     

    Le 150e, c’est le Canada de Macdonald avec sa politique d’assimilation, son racisme et son approche affairiste, ainsi que le maintien du lien obsolète à la couronne britannique. Le 150e, c’est également le Canada de la politique du multiculturalisme de 1971 permettant aux nouveaux arrivants de conserver leur culture. Cette ouverture est souhaitable, mais dans le contexte canadien, le multiculturalisme comme il a été conçu augmente le poids démographique des anglophones et dilue l’importance des autochtones et des francophones. Il représente une version contemporaine de la politique d’assimilation de Macdonald.

     

    Ces 150 dernières années révèlent un déficit démocratique et historique. Les millénaires de présence autochtone et les 483 ans d’histoire des premiers Canadiens, qu’on appelait ainsi pour les distinguer des Français de passage, confirment leur rôle comme peuples fondateurs. On trouve pendant cette période des événements faisant contrepoids aux années Macdonald. Par exemple, les autochtones transmettent à Jacques Cartier l’appellation « Canada », toponyme qu’il adopte et diffuse par le récit de ses voyages de 1534 à 1542. Ce geste de partage donne naissance à un pays sous de meilleurs auspices.













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