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    Sur la route

    Louer sa voiture à son voisin

    Lancée dès 2009 à San Francisco, Turo propose depuis avril 2016 aux Québécois de louer leur voiture à des particuliers à travers quelque 150 villes dans la province, et 300 à travers tout le pays.
    Photo: Catherine Legault Le Devoir Lancée dès 2009 à San Francisco, Turo propose depuis avril 2016 aux Québécois de louer leur voiture à des particuliers à travers quelque 150 villes dans la province, et 300 à travers tout le pays.

    Un an après son lancement au Québec, la plateforme Turo continue son expansion, rejoignant de plus en plus d’utilisateurs à travers la province. Permettant un gain d’argent à ceux qui n’utilisent pas leur voiture quotidiennement, Turo donne la possibilité aux habitués du transport en commun, du vélo et autre moyen de mobilité durable, d’accéder plus facilement à un véhicule pour partir en weekend ou en vacances pour quelques jours.

     

    C’est le cas notamment d’Étienne Grenier, qui vit à Montréal pour ses études depuis deux ans. Bien qu’il utilise désormais les transports en commun pour se déplacer dans son quotidien, le jeune homme a préféré garder sa voiture, qu’il possède depuis ses études au cégep, pour se rendre plus facilement dans sa famille, qui habite près de Saint-Jérome, certains weekends. « Je ne voulais pas vendre ma voiture, parce que ça reste utile, mais ce n’est pas rentable dans mon quotidien. Alors je la mets sur Turo, ça me permet de faire un peu d’argent, ça paye mon transport en commun par exemple. »

     

    Lancée dès 2009 à San Francisco, Turo propose depuis avril 2016 aux Québécois de louer leur voiture à des particuliers à travers quelque 150 villes dans la province, et 300 à travers tout le pays. « Au Canada, on compte 2800 utilisateurs qui ont inscrit une voiture sur le site en ce moment, et la moitié vient du Québec », précise le directeur de Turo au Canada, Cédric Mathieu.

    2800
    C’est le nombre d’utilisateurs de la plateforme Turo au Canada.

    Source : Turo
     

    « C’est rare de voir une voiture comme une source d’argent, d’habitude c’est l’inverse, on voit ça comme beaucoup de dépenses », fait remarquer M. Mathieu. En moyenne, une personne gagne 600 $ par mois en décidant de partager sa voiture, explique-t-il. Une façon d’arrondir « ses fins de mois », et surtout un bon moyen de combler les frais attachés au véhicule, comme les assurances ou le stationnement. Il rappelle qu’une voiture constitue la deuxième dépense des ménages québécois après le logement.

     

    Aux yeux du directeur de la plateforme au Canada, Turo est aussi une façon de rejoindre les personnes plus éloignées des grands centres urbains qui chercheraient à louer une voiture pour quelques jours. « Quand on pense à l’autopartage, ces services-là sont surtout dans les grandes villes. Turo aussi a d’abord été adopté en ville, mais on voit de plus en plus d’annonces en région sur notre site », indique-t-il.

    11 000
    C'est le budget moyen en dollars alloué annuellement à une voiture. Cela comprend les frais d'immatriculation, d'assurances, de changements de pneus...

    Source : CAA-Québec
     

    « La question de la masse critique entre en compte, s’il n’y a pas assez d’inscrits proposant des voitures et de personnes souhaitant les louer, ça ne fonctionnera pas », note quant à lui Martin Trépanier du Centre interuniversitaire de recherche sur les réseaux d’entreprise, la logistique et le transport (CIRRELT).

     

    Il juge plutôt ce nouvel arrivant sur le marché comme un outil facilitant d’abord la vie des touristes, comme la plateforme en ligne Airbnb. « Ça va plutôt être pour les étrangers en vacances qui vont louer de Montréal pour aller dans les autres régions. Ou pour les Montréalais qui n’ont pas de voiture et veulent sortir de la ville quelques jours. »

     

    Un concurrent aux compagnies de location

     

    Turo ferait-il ainsi de l’ombre aux services de location de voitures tels qu’on les connaît ? « C’est certain qu’on va chercher davantage de monde, les locations de voitures il n’y en a pas partout en région, soutient M. Mathieu. On propose aussi un plus grand choix de véhicules, on a 230 marques et modèles différents au Québec. »

     

    Le directeur de Turo se targue surtout de permettre à ses utilisateurs cherchant à emprunter une voiture de faire une économie d’argent de 30 % en comparaison avec les compagnies de location, tout en proposant une assurance qui couvre les accidents et autres « petits pépins ».« On a mis du temps à se lancer dans le pays, car on voulait une assurance solide. On a fini par signer un partenariat avec Intact Corporation Financière et on continue nos démarches pour convaincre d’autres assureurs. »

     

    « C’est extrêmement rassurant pour des utilisateurs d’avoir des assurances, surtout quand on prête un bien onéreux comme une voiture », reconnaît de son côté le directeur de l’Observatoire de la consommation responsable, Fabien Durif.

     

    À ses yeux, les Québécois gardent un fort attachement à la propriété de certains de leurs biens, notamment leur voiture, et se montrent quelque peu frileux à l’idée de la prêter. « C’est pas facile de se détacher de sa voiture, ici. C’est une habitude, c’est encore le modèle de l’auto-solo qui domine en Amérique du Nord », dit-il.

    Photo: iStock L’application Turo a été lancée en 2009 à San Francisco, aux États-Unis.
     

    Pourtant, « avec Airbnb, on loue un domicile et ce modèle a marché à travers le monde entier. Une voiture c’est moins pire qu’un domicile, non ? » nuance M. Trépanier, qui ne s’étonnerait pas de voir le modèle gagner en popularité dans les prochaines années.

     

    Le Québec en retard ?

     

    À l’heure actuelle, Turo ne bénéficie pas encore d’une très grande renommée sur le marché québécois, selon Fabien Durif. Si le nombre d’annonces et d’utilisateurs actifs a augmenté ces dernières années, la progression reste lente comparée à d’autres villes à travers le monde, où louer sa propre voiture est devenu commun. « On est en retard ici. En Europe, en France par exemple, il y a déjà sept ou huit gros joueurs sur le marché qui proposent de louer sa voiture à un particulier. Elles font vraiment concurrence aux autres formes de location, plus traditionnelles », indique-t-il.

     

    « On est faible en terme de pratique d’économie du partage en général ; on est en émergence encore », insiste M. Durif. Ce retard se fait en effet ressentir dans toutes les formes d’économie du partage au Québec. Une étude du CEFRIO, publiée la semaine passée, confirme le faible succès des services collaboratifs, notamment en transport et en hébergement, dans la province. Selon cette récente enquête NETendances, le service de taxi Uber ne rejoint que 6 % des Québécois. On monte à 10 % lorsqu’il s’agit de la région montréalaise et à 21 % chez les 18-24 ans. Pour ce qui est de trouver un hébergement à distance, seulement 5 % de la population a fait appel à Airbnb.

     

    Turo pourrait tout de même devenir un très gros joueur au Québec, croit Fabien Durif. « C’est une question de temps, surtout que pour l’instant ils n’ont aucun concurrent. Il faut juste pousser les choses pour changer les moeurs et les pratiques. »

     

    Il croit que l’entreprise gagnerait à développer sa stratégie de communication pour se faire davantage connaître sur le territoire canadien et gagner en notoriété. Et considérant les dépenses induites par la possession d’une voiture, l’argument du coût pourrait convaincre bien des citoyens, selon lui. « L’argument environnemental est important, c’est certain, une plateforme comme Turo contribue à diminuer le nombre de voitures en circulation. Mais auprès des gens, l’argument du coût aura le plus d’impact. »
     













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