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    Les «hôtes» de la Formule E s'estiment maigrement compensés

    Les mesures de compensation pour les résidents sont insuffisantes, selon les témoignages recueillis par <em>Le Devoir</em>.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les mesures de compensation pour les résidents sont insuffisantes, selon les témoignages recueillis par Le Devoir.

    Résidante de la rue Amherst, Heidi Miller vit à quelques foulées d’où rouleront les voitures électriques qui se battront pour gagner le premier « Montréal ePrix » — c’est la bancale appellation officielle de la course de Formule E. Elle serait heureuse, si elle était fan de sport automobile. Or, elle ne l’est pas et ne sait que faire des billets de faveur qu’elle a reçus de la Ville de Montréal.

     

    Sur Kijiji, plateforme de vente en ligne, Heidi Miller a mis en circulation ses billets — deux paires, une pour chaque jour de l’épreuve. La dame ne les vend pas. Elle préfère les échanger. Contre un massage, des billets de taxi, un souper chez Toqué ! ou encore un séjour dans un chalet, de préférence, écrit-elle, celui d’Alexandre Taillefer, président d’honneur du Montréal ePrix.

     

    Après trois jours d’affichage, elle n’a reçu que deux offres… sur des milliers de visites. Et elle doutait quant au sérieux de ces trop rares propositions. « Toqué ! ne m’a pas répondu. Je me demande pourquoi », dit-elle, pleine de sarcasme.

     

    Comme des milliers de personnes — autour de 6200, si l’on se fie au nombre de guides distribués aux « résidants, commerçants, entreprises et organismes du secteur », selon l’information obtenue de la Ville de Montréal —, Heidi Miller est considérée comme « hôte » de la course. Un titre qui lui confère certains privilèges, comme celui d’une visite guidée des paddocks, la veille de la course.

     

    « On a prévu de distribuer des billets aux riverains (résidants et commerçants) les plus directement touchés. On parle de deux billets gratuits par adresse », dit Anik de Repentigny, de la direction des communications de la Ville de Montréal.

     

    Des titres de transport collectif, valides pour dix jours consécutifs, et des permis de stationnement, pour « 803 résidants », ont aussi été offerts dans cette zone dite enclavée, située grosso modo entre les rues Berri, Sainte-Catherine Est, Papineau et Notre-Dame Est.

     

    Nuits bruyantes

     

    Ces mesures de compensation sont insuffisantes, selon les témoignages recueillis par Le Devoir. Heidi Miller et ses voisins n’ont pas à endurer seulement une fin de semaine de compétition, mais des jours et des nuits de bruit, des semaines d’asphaltage, de montage, de fermeture de rues, de suppressions de lignes de bus, de stations de Bixi, etc. Et il faut encore attendre les lendemains de la course : jusqu’à 10 jours après le 30 juillet sont annoncés avant le retour à la normale.

     

    Roxane Ducharme est aux prises avec un problème de mobilité depuis une opération à la hanche, en mai. La membre d’une coopérative d’habitation, boulevard René-Lévesque Est, a une voiture, mais ne peut marcher de longues distances. « On m’a dit que le stationnement de l’hôpital Saint-Luc nous était réservé. C’est trop loin pour moi », fait-elle noter.

     

    Il a fallu que Roxane Ducharme parle plus d’une fois aux gens de la Ville pour qu’on lui livre un permis doté du logo de la Formule E. Avec lui, elle peut se stationner près de chez elle. Pour le moment. « Les jours de course, cela sera-t-il possible ? Combien de ces permis ont été distribués ? » demande-t-elle, rongée par l’inquiétude.

     

    Les désagréments varient d’une personne à l’autre. Rue Saint-André, au sud de l’autoroute Ville-Marie, une grand-mère qui a voulu conserver l’anonymat n’en revient tout simplement pas de sa difficulté à se rendre à la garderie de sa petite-fille. « Ça prend 30 minutes, ce que je fais d’habitude en 5 minutes. C’est horrible. On prend notre argent et on nous agresse », lâche-t-elle.

     

    Même constat pour une famille rue Saint-Thimothée, tout juste revenue du Portugal : en trois semaines, le quartier a changé et voilà toute une course à obstacles pour se rendre au supermarché de la rue Sainte-Catherine.

     

    Heidi Miller fait face à ses propres casse-têtes, mais elle accepte de dire qu’ils sont petits en comparaison de ceux des autres. Elle cite en exemple une de ses voisines, une autre grand-mère qui compte quotidiennement sur l’autobus pour rendre visite à ses petits-enfants. Sa ligne, la 30, ne circule plus.

     

    En tout, quinze lignes de la Société de transport de Montréal (STM) ont été déroutées. Une seizième, celle qui circule sur la rue Ontario, a été remise sur place après quelques heures de détournement. Et après grogne des usagers, selon le propriétaire du bar Station Ho.st.

     

    « On l’avait déroutée par prévention. Après une deuxième analyse, on a constaté que la congestion serait moins importante et que le bus pourrait circuler. On l’a donc remise », corrige Johanne Dufour, de la STM.

     

    Du côté du réseau des Bixi, ce sont huit stations qui ont été déplacées et qu’il a été impossible de replacer ailleurs — contrairement à la coutume, selon Pierre Parent, de Bixi-Montréal.

     

    Silence radio

     

    Alexandre Meletakos, copropriétaire de La Mer, poissonnerie située à l’intérieur même du circuit, n’a jamais vu la couleur des billets de faveur. Ni aucun de ses employés, assure-t-il. Il déplore surtout le manque de communication autour de l’événement. « Pourquoi [la Ville] n’a pas communiqué avec nous ? On a appris que la course passait devant chez nous lorsque le parcours a été publié sur le site d’Evenko. On n’informe pas le commerçant qui est à l’intérieur du circuit. C’est soit par incompétence, soit par malhonnêteté », dit-il.

     

    Le stationnement de La Mer est occupé par des estrades réservées aux spectateurs de la course. M. Meletakos aurait pu profiter de l’événement pour vendre ses produits et ainsi pallier la perte de clientèle régulière en ces deux jours de course. Comble de malheur : il lui faudrait payer pour installer des kiosques.

     

    Réjean Labonté habite sur la rue Wolfe, tout près du circuit de course. Il est pourtant un des rares à affirmer ne pas être incommodé par l’événement. Les médias lui ont fait craindre le pire, assure-t-il. Ce ne l’est pas.

     

    Il ne profitera pas pour autant des billets de faveur qui l’attendaient. « Ce sont des billets debout. Je ne peux pas rester debout pendant deux heures », concède un résigné Réjean Labonté.

     

    La Formule E démarre sa vie montréalaise dans la controverse, quoi qu’en dise le maire Denis Coderre. Selon l’entente signée par la Ville, elle devrait revenir en 2018 et 2019.

     

    Roxane Ducharme ne court pas le risque, elle déménage en septembre. Heidi Miller, elle, s’engage à se battre pour que l’expérience actuelle ne se répète pas. Elle mettra sur place un comité de citoyens pour faire ses recommandations au maire. Les écoutera-t-il ?













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