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    Les policiers québécois ont-ils la détente trop facile?

    Le nombre de morts et de blessés lors d’opérations policières est en hausse et le Québec supporte mal la comparaison avec l’Ontario

    En 2015 au Québec, 14 personnes ont été atteintes gravement ou fatalement par balle, et 19 en 2016.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2015 au Québec, 14 personnes ont été atteintes gravement ou fatalement par balle, et 19 en 2016.

    Les policiers québécois ont blessé ou tué plus de citoyens par balle lors de leurs interventions en 2015 et 2016 que la moyenne des dix années précédentes. Ils ont également été plus prompts à tirer avec leur arme à feu que leurs collègues ontariens pour la majorité de cette période.

     

    Un autre homme, David Lévesque, est mort sous les balles des policiers dimanche à Pont-Rouge. Il s’agit de la sixième personne au Québec à perdre la vie depuis le début 2017 sous des tirs policiers. Cinq autres personnes ont aussi été blessées lors d’opérations policières, selon les données du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

     

    La hausse pourrait donc se répéter pour une troisième année consécutive en 2017, si la tendance se maintient. En 2015, 14 personnes ont été atteintes gravement ou fatalement par des balles, et 19 en 2016 (11 morts, 8 blessés). Avec 2011, ces deux années marquent des sommets de la dernière décennie.

     

    Au cours de la dernière décennie, les policiers québécois ont été plus enclins à actionner leur arme que leurs homologues ontariens. La population de l’Ontario, à 13,6 millions d’habitants, est de 65 % supérieure à celle du Québec ; on pourrait donc s’attendre à des chiffres plus élevés. En 2015, 15 personnes ont été atteintes gravement ou fatalement par des policiers de cette province, et 14 en 2016.

     

    Or, en ramenant les statistiques au total des populations respectives, il ressort que pour 7 des 10 dernières années, les policiers de notre province ont atteint par balle davantage que chez notre voisin à l’Ouest. En 2016 particulièrement, il y a eu 1,03 blessé ou mort par balle par million d’habitants en Ontario, contre 2,32 par million d’habitants au Québec.

     

    Des sanctions trop faibles

     

    Le criminologue Jean-Claude Bernheim ne se surprend pas de cette analyse et explique la différence avec l’Ontario par une « culture de l’impunité ». Il s’agit avant tout d’une question d’institution selon lui : « Un policier a un pouvoir extrême, il a l’autorité légale de tirer sur quelqu’un. Quand il en abuse, il reçoit des sanctions totalement disproportionnées par rapport à un citoyen. »

     

    Dans son livre Enquête sur la police, Stéphane Berthomet en était venu à des conclusions similaires. « Limiter le pouvoir des policiers est de leur montrer qu’il y a des conséquences lourdes à leurs gestes. Et ces systèmes-là ne fonctionnent pas assez au Québec, notamment le Comité de déontologie qui donne la plupart du temps des peines “bonbon” » , dit-il en entrevue au Devoir.

     

    Les organismes de régulation fonctionnent mieux en Ontario, note également cet analyste en affaires policières, et lui-même ex-policier en France.

     

    L’Unité des enquêtes spéciales (UES ou SIU en anglais) en est à sa 27e année d’existence. L’UES a déposé des accusations contre 20 policiers, et contre une quinzaine en 2015. C’est, pour chacune de ces années, plus que le total des mises en accusation durant 17 ans au Québec.

     

    Un examen indépendant des organismes de surveillance de la police déclenché en avril 2016 en Ontario recommande malgré cela de rendre publics tous les rapports — passés et futurs — de cette unité.

     

    Une suggestion déjà soumise au BEI avant sa création et réitérée en juin dernier par la Ligue des droits et libertés ainsi que cinq autres groupes.

     

    Nombre de chercheurs se sont butés à des problèmes de transparence au moment d’étudier ces enjeux, note Linda Michel, auteure d’un mémoire de maîtrise sur la question. En étudiant 14 rapports du coroner à la suite de décès causés par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), elle en vient à la conclusion que les coroners déresponsabilisent les policiers impliqués. « La version policière officielle domine les rapports du coroner dans presque tous les cas. Le coroner ne met jamais en doute ce qu’ils disent », s’étonne-t-elle.

     

    Revoir les interventions

     

    L’arme ne devrait pourtant être utilisée qu’en dernier recours par les policiers. Ils sont entraînés à tirer dans « la cible la plus large possible pour neutraliser le danger », c’est-à-dire le torse, expliquait au Devoir l’ex-policier François Doré, peu après la mort de Pierre Coriolan.

     

    Les policiers ont appris à intervenir avec l’arme à la main, souligne Stéphane Berthomet. « Si tu es dans une situation de stress moyen ou important, ton premier outil sera celui que tu as déjà à la main. Ce sera plus difficile de rengainer une arme pour attraper son Taser ou sa matraque », décrit-il. C’est donc la philosophie de l’intervention qu’il faut revoir selon lui.

     

    « Il faut avoir des stratégies qui vont faire baisser la tension », appuie le professeur Bernheim, citant les policiers britanniques qui ne sont pas armés.

     

    La mort d’Alain Magloire en 2014 avait rappelé l’urgence d’équiper les corps policiers de pistolets à impulsion électrique. L’appel du coroner Luc Malouin à la suite de ce décès semble avoir été entendu à la fois par la SQ et le SPVM. Ces deux corps policiers ont indiqué au Devoir vouloir donner la possibilité à plus d’agents d’utiliser cette « arme intermédiaire ».

     

    La SQ affirme ainsi posséder 260 pistolets Taser et vouloir former 1120 policiers d’ici décembre 2018. « Il y aura des policiers formés pour chaque poste », a confirmé une porte-parole.

     

    Quant au SPVM, il possède actuellement 40 de ces armes sur le terrain et voudrait en tenir jusqu’à 122 d’ici deux ans. Le Service de police de Toronto compte plus de 600 de ces appareils à sa disposition.













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