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    Patrimoine: et si Durham avait raison?

    8 juillet 2017 | J.-Louis Vallée - Société d’histoire de Sillery, Québec | Actualités en société
    Le site patrimonial de Sillery est maintenant restreint à une peau de chagrin qui n’est maintenue en vie que par le parc du Bois-de-Coulonge et le domaine Cataraqui, écrit l'auteur.
    Photo: Pierre Lahoud Le site patrimonial de Sillery est maintenant restreint à une peau de chagrin qui n’est maintenue en vie que par le parc du Bois-de-Coulonge et le domaine Cataraqui, écrit l'auteur.

    Ces derniers jours, les différents paliers de gouvernement se relaient pour annoncer de nouveaux investissements dans la culture et dans la mise en valeur et la protection du patrimoine. À Québec, les politiques culturelles pleuvent sur une population qui semble commencer à s’intéresser au patrimoine : politique du patrimoine de la Ville de Québec, politique culturelle et du patrimoine du ministère de la Culture et des Communications.

     

    En quelques mois, on a l’impression que nos politiciens s’intéressent enfin à ce sujet longtemps tabou. Car l’histoire et le patrimoine, ça définit notre identité. Et l’identité, c’est un sujet « pas touche ». Mais les élections, tant municipales que québécoises, approchent à pas de géant. Il faut maintenant faire croire que le sujet nous intéresse. Bravo ! Mais quel est le bilan de ces 3 ou 4 années de pouvoir (sinon plus) en matière de protection et de mise en valeur du patrimoine ?

     

    Pour le gouvernement du Québec, le bilan est nul, sinon négatif. Malgré des pouvoirs de classement, des plans de conservation, des consultations publiques, dans le monde du concret, nous sommes dans le néant. Au municipal, que ce soit à Québec ou à Montréal, on suit le capitaine et on laisse notre patrimoine disparaître sous le pic des démolisseurs.

     

    Ces dernières semaines, une résidente de Québec, Hélène Garant, optométriste, s’est investie dans une campagne publicitaire citoyenne dans des journaux, dont Le Devoir, afin de faire connaître la destruction d’un site exceptionnel, réalisée contre l’avis du Conseil du patrimoine culturel de septembre 2013, mais avec la permission du gouvernement Couillard et l’encouragement du maire Labeaume.

     

    Le site patrimonial de Sillery (déclaré tel depuis 1964, au même titre que le Vieux-Québec et le mont Royal) est la proie de promoteurs immobiliers. Situé sur la falaise à l’est de Québec, reconnu pour ses vues exceptionnelles sur le fleuve et sa division parcellaire particulière, le site patrimonial de Sillery est maintenant restreint à une peau de chagrin qui n’est maintenue en vie que par le parc du Bois-de-Coulonge et le domaine Cataraqui, administrés par la Commission de la capitale nationale.

     

    Paquebot

     

    Les condos du domaine Sous-les-Bois, comparable à la taille d’un paquebot de croisière, remplaceront la prairie à la lisière de son noyau ouvrier. Les rues étroites de ce noyau, avec leurs maisons centenaires construites en chapelet, deviendront le quai d’embarquement de cet immense bateau vers ses 200 cabines de luxe, avec piscine, tennis et terrain privé. En été, impossible d’ouvrir les fenêtres à cause du bruit et du gaz d’échappement des autos. La spectaculaire vue de la prairie vers l’ouest, le quartier et le sentier linéaire de la falaise de Sillery ne seront plus que l’ombre de ce que le site a été : un goulot d’étranglement avec vue sur le paquebot.

     

    Des sites et des lieux comme le site patrimonial de Sillery, intéressants, ayant une mise en valeur sous exploitée et un grand potentiel, mais exploités à des fins d’enrichissement de quelques individus, il en existe à Montréal, mais aussi dans chacune de nos régions. On sacrifie ces lieux d’importance identitaire et historique afin de créer des condos de luxe qui rapportent aux promoteurs et un peu aux villes. Pourtant, ces lieux pourraient rapporter beaucoup plus et créer une richesse collective s’ils étaient mis en valeur et bien exploités. Mais maintenant, avec le projet de loi 122, les citoyens n’ont plus leur mot à dire, les consultations citoyennes n’étant plus, depuis quelques années, que de la frime : on consulte, mais on ne se soucie pas de ce qui est dit. La forme prédomine sur le fond. Lord Durham serait fier de nos politiciens qui sont en voie de lui donner raison. Nous serons bientôt un peuple sans histoire.













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