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    Détresse psychologique: la formation des policiers est déficiente

    Le rapport du coroner Luc Malouin sur la mort d’Alain Magloire, déposé en 2016, soulignait les faiblesses de la formation policière sur les interventions auprès des personnes en détresse psychologique.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le rapport du coroner Luc Malouin sur la mort d’Alain Magloire, déposé en 2016, soulignait les faiblesses de la formation policière sur les interventions auprès des personnes en détresse psychologique.

    La mort de Pierre Coriolan le 27 juin dernier ravive le débat sur les interventions policières auprès des personnes en détresse psychologique.

     

    Environ 200 personnes ont pris part à une marche dimanche pour affirmer que les policiers ne devraient plus être les premiers intervenants pour les personnes en crise. Le groupe Black Lives Matter, organisateur de cette manifestation, inscrit la mort de M. Coriolan dans une tendance de violences policières contre des personnes noires.

     

    La préparation des policiers et les moyens utilisés pour faire face à de telles situations sont de longue date mis en doute. Le rapport du coroner Luc Malouin sur la mort d’Alain Magloire, déposé en 2016, soulignait les faiblesses de la formation policière. Les policiers n’avaient « pas eu le bon réflexe », selon ce coroner, et la situation aurait mieux tourné si les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) avaient été mieux formés.

     

    Les forces policières de Montréal se sont bel et bien dotées d’un modèle de réponse en intervention de crise (RIC) depuis 2012. Mais les agents formés restent rares et la réaction à l’offre de formation, « peu enthousiaste », a constaté Michaëlle Ravary. Elle a consacré deux ans à l’étude des pratiques d’intervention policière auprès des personnes atteintes de troubles mentaux pour son mémoire de maîtrise. La jeune femme a eu un accès privilégié aux formations RIC et une rare occasion de compiler une douzaine d’entrevues sur la question.

     

    « Quand il y a un danger grave et imminent, les policiers se doivent d’agir », rappelle-t-elle d’emblée au téléphone. Durant ses entrevues, quelques policiers ont toutefois reconnu de prime abord que la force « n’a jamais aidé la situation » et l’a même parfois fait « escalader ».

     

    Manque de connaissances

     

    Les 40 heures de RIC, qui comprennent des scénarios de « désescalade de crise », sont « somme toute de base », résume Mme Ravary. L’idée générale « d’apprendre sur le terrain » est très répandue, « mais plusieurs policiers ont dit que le RIC leur ouvrait les yeux sur l’importance de communiquer avec la personne ».

     

    La plupart des policiers interviewés font part d’un manque de connaissances dans la formation policière traditionnelle en ce qui concerne la santé mentale.

     

    Depuis 2016, les futurs policiers en formation à l’École nationale de police du Québec (ENPQ) ont l’option de suivre un séminaire de trois heures sur la gestion du stress. Une période de trois heures supplémentaires les place dans des mises en situation d’intervention auprès de personnes en crise.

     

    Mme Ravary note également une différence marquée entre les générations. Le « syndrome des portes tournantes » était la norme jusqu’à récemment, et le changement de mentalités s’opère lentement, note-t-elle.

     

    Les policiers ayant le plus grand nombre d’années d’expérience dans son étude dirigeaient systématiquement ces personnes vers les soins de santé : « Ils racontent que, peu importe le type de crise auquel ils faisaient face, c’est-à-dire une personne suicidaire ou une personne en crise de santé mentale, dès qu’elle évoquait les “mots magiques”, un transport vers un centre hospitalier était effectué », écrit-elle.

     

    Ressources insuffisantes ?

     

    Dans le scénario initial de 2012 du SPVM, la formation « Réponse en intervention de crise » (RIC), inspirée des meilleures pratiques américaines, devait être dispensée à environ 200 patrouilleurs, sur un total d’effectifs de plus de 4000 policiers. Il n’a pas été possible de connaître le nombre de policiers effectivement formés par le SPVM, ni si la formation était toujours offerte.

     

    Dans son rapport annuel de 2015, le SPVM indiquait que 33 000 appels relativement à une personne en crise ou mentalement perturbée avaient été faits au 9-1-1 pour cette année. Cette donnée ne figure toutefois pas dans son rapport annuel de 2016. Les policiers représenteraient le groupe de professionnels qui intervient le plus régulièrement, en dehors des intervenants de santé et des services sociaux.

     

    Une équipe d’intervenants spécialisés appelée « Urgence psychosociale », sous l’égide du Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance, existe en outre depuis plus de 20 ans. Le SPVM a créé des équipes de soutien à celle-ci, appelées ESUP.

     

    « Malheureusement, ce mardi [27 juin], les équipes formées en intervention de crise n’étaient pas présentes » lorsque les policiers ont abattu Pierre Coriolan, a déploré Claudine Laurin, directrice de la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal (FOHM). M. Coriolan résidait dans l’un des immeubles gérés par la FOHM.

     

    Le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) fait quant à lui valoir que l’intervention en situation de crise est « la réalité quotidienne de plusieurs intervenants non armés » qui ne recourent pas systématiquement à la force pour maîtriser ces personnes. Le COBP insiste donc pour « mettre en avant l’importance de cesser les amalgames entre dangerosité et santé mentale ».


    D’autres personnes mortes lors d’interventions policières Alain Magloire — 2014

    Le rapport du coroner sur sa mort a été fortement médiatisé. Abattu de plusieurs balles en février 2014, M. Magloire vivait dans l’itinérance et avait menacé les policiers avec un marteau.

    Donald Ménard — 2013

    À peine 24 heures après avoir fui l’Institut Philippe-Pinel, il a été abattu par les policiers dans une maison de chambre à Montréal. Le coroner Jean Brochu avait conclu que les décharges de pistolet électrique l’avaient probablement tué et que les policiers avaient utilisé les moyens appropriés devant un individu sans arme, mais probablement très perturbé.

    Farshad Mohammadi — 2012

    Mort sous les balles au métro Bonaventure, il avait un couteau de type Exacto dans la main. Sans-abri, il était arrivé en 2006 avec un statut de réfugié, puis avait été hospitalisé deux ans plus tard pour des symptômes psychotiques. Le coroner Brochu avait été catégorique : « Encore une fois, il faut déplorer la mort d’une personne souffrant d’un problème de santé mentale. Encore une fois, des policiers se sont retrouvés en première ligne d’intervention auprès d’une personne nécessitant des soins de santé et des services sociaux plutôt qu’une intervention policière. »

    Mario Hamel — 2011

    L’homme de 40 ans a été tué par des agents alors qu’il les menaçait d’un couteau. M. Hamel vivait dans des refuges pour sans-abri et son état mental s’était aggravé dans les semaines avant le drame.












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