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    Aller chez la directrice

    Et terminer l’année en beauté

    Entourée de ses «héros de la semaine», la directrice de l’école Rabeau, Marie-France Labelle, croquée durant son moment magique du vendredi ponctué d’encouragements.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Entourée de ses «héros de la semaine», la directrice de l’école Rabeau, Marie-France Labelle, croquée durant son moment magique du vendredi ponctué d’encouragements.

    Être envoyé chez la directrice à l’école Rabeau est presque une récompense que tous convoitent secrètement. Marie-France Labelle y exerce ses fonctions depuis bientôt deux ans et il faut voir le cortège d’enseignants et d’élèves qui viennent se frôler à son sourire et recevoir une petite marque d’encouragement, des collants, un câlin, la preuve qu’ils ne comptent pas pour des prunes et que l’avenir n’est pas aussi sombre qu’on le prétend.

     

    Mme Labelle sème de la beauté autour d’elle sans même s’en apercevoir. Elle est la reine-abeille d’une ruche de presque 300 enfants et d’une équipe d’une quarantaine d’adultes en comptant le service de garde. Ici, il règne du coeur à l’ouvrage. Il faut la voir faire du miel avec de la fleur de pissenlit, extraire tout le suc et le meilleur de chacun. « Avant, on en faisait des experts, maintenant, ce sont des débrouillards. On les veut outillés », note cette rassembleuse qui veille à ce que chacun déploie ses ailes. Devant son bureau, un tapis roulant pour que les plus hyperactifs viennent se défouler. Dans les corridors, des vélos stationnaires pour ventiler. Ça commence à ressembler à une école finlandaise et à un milieu de vie.

    Son seul défaut, c'est qu'elle n'en a pas
    Laurence, 10 ans

    La directrice appelle ses chères têtes blondes ses « cocos » ; rien ne lui échappe de la vie de chacun, des détails les plus banals aux grandes catastrophes de l’enfance.

     

    J’ai connu Mme Labelle alors que mon B terminait son primaire à Saint-Lambert, et je m’étais bien promis de parler de cette directrice hors pair une fois que ma progéniture aurait quitté son giron.

     

    Ce que j’ai dû ravaler de larmes devant la haie d’honneur des 6e année en juin dernier. Chacun recevait une fleur (du fleuriste !) et un cahier des finissants chargé de souvenirs. Telle une fée, Mme Labelle faisait la navette entre les alertes MétéoMédia et les parents impatients, les « cocos » sur le point d’éclore et les profs épuisés. Une directrice hélicoptère, maman de deux fillettes de sept et neuf ans, ça doit ressembler à ça.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Les enfants vivent dans l’ici-maintenant. Et moi aussi », de dire l’ex-enseignante.

    Depuis, ses mots du vendredi dans ma messagerie me manquent. Elle nous tenait informés des événements à venir, des activités de « nos » enfants, nous envoyait des photos lorsqu’ils partaient en voyage à Québec ou Ottawa.

     

    Elle avait réussi à m’apaiser au souvenir de ma directrice de première année, qui nous baissait la culotte pour nous taper les fesses devant toute la classe après avoir attendu une heure sur les genoux, les mains sur la tête, dans le corridor… pour une bavure d’encre dans un cahier. Sans le savoir, Mme Labelle m’a guérie d’une époque pas si lointaine où le Québec maltraitait ses enfants.

     

    La porte toujours ouverte

     

    C’est monsieur Obama qui disait la semaine dernière, à Montréal, qu’on devrait payer nos enseignants plus cher ? « C’est toujours une bonne idée », de convenir la directrice, qui a déjà participé à trois rondes de négociations salariales et a été directrice dans une école alternative. « Mais tous les enseignants s’entendent pour dire que leur plus grande paye, c’est d’avoir les moyens de répondre aux besoins de leurs élèves, de les amener vers leur plein potentiel. »

     

    À l’école publique Rabeau, on valorise en diplômes et en collants les héros de la semaine plutôt qu’en chèques de 1000 $; compétences sociales, comportementales ou scolaires. Laurence, une grande de 6e année qui n’est pas allée au camp de fin d’année se faire dévorer par les mouches noires à Saint-Donat, est l’« assistante » de Mme Labelle depuis trois jours : « Je regrette juste que Rabeau ne soit pas aussi une école secondaire, me glisse la jeune fille. Parce que je ne la verrai plus. Je vais m’ennuyer d’elle. J’ai changé de directrice trois fois et c’est ma préférée. Moi, j’aime écouter ses commentaires quand elle distribue les collants aux héros de la semaine. Elle est encourageante. Et elle pense vraiment ce qu’elle dit. Elle est spéciale, dans un beau sens. Et y’a plein d’autres élèves qui pensent ça ! »

    On aime ressentir l’influence bienfaisante d’un enfant, se mettre à son école, et, l’âme apaisée, l’appeler son maître avec reconnaissance
    Kierkegaard

    Si j’en juge par le trafic devant sa porte « toujours ouverte », effectivement, il y a consensus. « Je pense que certains grands font exprès pour arriver en retard et passer devant ma porte le matin », constate Mme Labelle en riant.

     

    La directrice me montre le projet de cour d’école en chantier sur l’écran de son bureau. « C’est notre projet de rêve. Ce sera accessible à toute la communauté. » Il faut dire que la cour en question est plus vaste qu’un terrain de football (9000 mètres carrés). On y aménagera une aire artificielle de basketball, une patinoire dek-hockey, deux terrains de soccer, un sentier de marche et piste de course, un module choisi par les enfants, une aire de glisse, des prises d’escalade, un terrain synthétique pour les petites voitures, un gigantesque carré de sable, des balançoires, une classe extérieure en demi-cercle avec un tableau, un jardin potager.

     

    La totale, élaborée par un récréologue et financée en partie par la Ville, la Fondation de l’école, le milieu. Ne manquera que le « référentiel rebondissant », comme disent les récréo-pédagogues français pour désigner un ballon.

     

    On ne vous oubliera jamais

     

    Aujourd’hui, vendredi, Mme Labelle a un horaire très chargé à moins d’une semaine de la fin d’année. D’abord, elle enfilera ses espadrilles pour participer à la course des couleurs de l’école, cinq kilomètres et à chacun, une couleur sur le chandail. Puis, ce soir, ce sera la disco Rabeau pour les grands surexcités.

    Il faut que la société se mette à aider l'école plutôt que de lui demander de la réparer
    Alexandre Jardin

    Demain, samedi, toute l’école ira faire du camping sur le terrain du Stade olympique, car elle a remporté la grande récompense des Cubes énergie du défi Pierre Lavoie. Dimanche, ils iront s’éclater à La Ronde et manger de la barbe à papa pour la fête des Pères. Aussi, la directrice doit terminer la lecture à haute voix du livre Hackers avec les 6e année. « Je peux entendre une mouche voler quand je lis ! » Sans compter leur croisière de finissants sur le fleuve la semaine prochaine.

     

    Je ne sais toujours pas comment Mme Labelle gère son syndrome de la ruche vide et arrivera à cacher son chagrin derrière son grand sourire, le 22 juin.

     

    Tout ce que je sais, c’est que la ruche fait du miel et que chaque cuvée est unique. L’année dernière, ce fut du miel de vagabondes, et cette année, ce sera du miel de vivaces. Les ruches se meurent ? Pas toutes, heureusement.

     

    Aimé le livre L’enfant papillon. À l’écoute de l’enfant hyperactif de Gilles Diederichs, un sophro-relaxoloque (!). Les deux premières parties nous permettent de comprendre l’hyperactivité et le déficit d’attention, mais c’est la troisième qui est la plus utile pour tous : 80 activités et exercices ludiques pour se calmer le pompon. Le livre s’adresse aux enseignants et aux parents qui désirent renouveler leur matériel pédagogique et enrichir leur banque de patience.

     

    Plongé dans 101 conseils pour être bien dans son âge et dans sa tête du Dr Christophe Trivalle, spécialiste en gériatrie. L’ouvrage s’adresse davantage aux grands-parents qu’aux enfants. Les conseils sont utiles, bien expliqués, et parmi eux, certains concernent l’enfance qui garde jeune, comme chacun sait. Conseil 49 : une santé augmentée avec les jeux vidéo. Eh oui ! Vous auriez intérêt à jouer avec vos enfants (ou petits-enfants) à ces jeux de manettes pour garder un cerveau en forme et exercer la mémoire. La moitié des 50 et plus joueraient à des jeux vidéo. J’ai un maître de jeu à la maison. Je m’y mets.
     

    Adoré l’imagier Le petit monde d’Elliott Erwitt de Marie Houblon. Voici la vision du monde de l’enfance à travers les yeux du photographe Elliott Erwitt. Chaque photo en noir et blanc est accompagnée d’un mot, un seul. C’est délicieux. À partir de deux ans jusqu’à pas d’âge…


    Éverard Leblanc (1924-2013) Je me suis délectée du documentaire Le commun des mortels de Carl Leblanc sur son père gaspésien, Éverard, décédé à Maria à 89 ans. On traverse le XXe siècle au Québec en sa compagnie et j’y ai retrouvé mon grand-père gaspésien, Alban, lui aussi cook dans les camps de bûcherons, Chevalier de Colomb (j’ai conservé sa cape des grands jours), cumulant les métiers, les épreuves de vie calquées sur le progrès. « Une vie de débrouille, de symboles, de foi, de sueur. » Un document à la fois intime et universel ponctué des commentaires éclairants de feux Benoît Lacroix et Guy Corneau, mais aussi de Lucien Bouchard, Jean-François Nadeau, Pierre Fortin. La narration faite par l’écrivain Carl Leblanc est un complément littéraire à cette oeuvre de mémoire que je lui envie. Ce lundi à 21h à Télé-Québec, au lendemain de la fête des Pères. À voir absolument.












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