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    La CSN revoit ses stratégies après avoir perdu 20 000 membres

    «Il faut parler de politique dans les milieux de travail», affirme son président

    Jacques Létourneau est président de la Centrale des syndicats nationaux depuis octobre 2012.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jacques Létourneau est président de la Centrale des syndicats nationaux depuis octobre 2012.

    Encore sous le choc de la perte de 20 000 membres dans le secteur de la santé, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) s’attelle à se rapprocher des préoccupations de ses membres dans le but avoué de « se débarrasser de l’austérité libérale au Québec » aux prochaines élections, affirme son président, Jacques Létourneau.

     

    En entrevue avec Le Devoir en vue du congrès de la CSN qui se déroulera à Montréal du 5 au 9 juin, M. Létourneau explique que la grande centrale syndicale souhaite adopter une démarche différente pour l’élaboration de sa plateforme de revendications pour les élections, qui doivent avoir lieu à l’automne 2018.

     

    « On ne se mêle pas de politique partisane, mais tout le reste, on va le faire, lance M. Létourneau. L’objectif est de convaincre les militants et les militantes que, plus que jamais, il faut parler de politique dans les milieux de travail. Il faut faire comprendre aux travailleurs que, même si tu es dans le milieu de l’éducation, ce qui se passe dans l’usine d’à côté te rejoint nécessairement. »

     

    Cet automne, les assemblées générales des syndicats affiliés à la CSN seront invitées à transmettre une ou deux de leurs préoccupations à la centrale. « On veut que les travailleurs, monsieur madame Tout-le-Monde, se prononcent pour parler d’autre chose que de la convention collective et des griefs », explique M. Létourneau. « On veut se rapprocher de leur réalité. Par exemple, les employés de la SAQ sont peut-être préoccupés par la déréglementation de la vente d’alcool. On dit aux gens, la revendication que vous allez identifier, on va la porter, et on va créer un effet de mouvement pour interpeller les partis politiques. »

     

    Lors de son congrès, la CSN souhaite voir adopter un manifeste qui identifie cinq axes prioritaires de revendication, soit la sécurisation du revenu tout au long de la vie, la création d’emplois de qualité, la lutte contre les changements climatiques, la consolidation des services publics et le renforcement de la démocratie.

     

    Ces objectifs sont accessibles à « n’importe quel gouvernement progressiste », insiste M. Létourneau. Mais il ne nourrit pas beaucoup d’optimisme à l’égard du Parti libéral du Québec (PLQ). « Le PLQ, ce n’est pas nécessairement le parti des travailleurs, de la classe moyenne et encore moins des plus démunis », glisse-t-il.

    Il faut faire comprendre aux travailleurs que, même si tu es dans le milieu de l’éducation, ce qui se passe dans l’usine d’à côté te rejoint nécessairement
    Jacques Létourneau, président de la CSN

    Les causes de la défaite

     

    C’est en grande partie la déconfiture de la centrale lors du grand maraudage dans le secteur de la santé, ce printemps, qui la force à réviser ses stratégies. La CSN a perdu 20 000 membres dans le réseau de la santé, sur un total de 120 000, principalement au profit des syndicats spécialisés que sont la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) du côté des infirmières et autres professionnelles en soins, ainsi que l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente des professionnels de la santé.

     

    Le congrès sera l’occasion d’une introspection sur le sujet. « On va se dire nos quatre vérités. Mais il faut vite se remettre sur nos deux pieds, on ne passera pas un ou deux ans à gratter le bobo », plaide le syndicaliste. La centrale doit amputer son budget de 10 %, soit 26 millions de dollars d’ici 2020, pour l’équilibrer. Des emplois sont en jeux. « On a travaillé à minimiser les effets sur les services aux membres, assure M. Létourneau, on a tout revu de la direction à la base. »

     

    Où est le problème ? « Est-ce que ce sont les services, le message politique qui ne passe pas, le type de syndicalisme qu’on propose, les cotisations ? Quand tu perds, tu dois accepter de te poser des questions. »

     

    Il est de plus en plus difficile de pratiquer le « syndicalisme de combat », concède-t-il. « C’est vrai qu’on a l’image de se mêler beaucoup de politique. On est un peu victime de ce qu’on a construit, historiquement, dans un contexte de montée de l’individualisme. Mais je fais le pari que c’est un modèle qui tient encore la route. » S’il y a une chose qu’il veut rappeler aux travailleurs, dit-il, « c’est que la force de représenter toutes les catégories d’emploi, c’est que la cotisation des professeurs d’université aide à organiser des travailleurs de chez Couche-Tard. C’est ça la solidarité. »













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