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    Étude

    Agression sexuelle: témoigner à la cour peut aider les jeunes victimes

    Une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal vient faire la démonstration que l’expérience judiciaire peut s’avérer positive dans le rétablissement des jeunes victimes.
    Photo: Maria Dubova / Getty Images Une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal vient faire la démonstration que l’expérience judiciaire peut s’avérer positive dans le rétablissement des jeunes victimes.

    En réponse aux craintes de plusieurs parents et intervenants, qui s’interrogent sur les impacts d’un témoignage à la cour pour un jeune enfant victime d’agression sexuelle, une équipe de chercheurs de l’Université de Montréal vient faire la démonstration que l’expérience judiciaire peut s’avérer positive dans le rétablissement des jeunes victimes.

     

    « On se pose beaucoup de questions par rapport aux procédures judiciaires chez les enfants victimes d’agression sexuelle, explique Isabelle V Daignault, de l’école de criminologie de l’Université de Montréal, en marge du Congrès international francophone sur l’agression sexuelle qui se déroule cette semaine à Montréal. On ne sait pas trop quoi faire : vaut-il mieux engager les enfants dans ces processus ou non ? Est-ce que ça a un impact de les faire témoigner ? Est-ce que ça va rebrasser des choses qu’ils commencent à oublier ? Bref, est-ce que ça a des conséquences négatives ou positives ? »

     

    Pour répondre à cette question, Isabelle V Daignault et ses deux cochercheuses, Martine Hébert, de l’UQAM, et Marilou Pelletier, de l’Université de Montréal, ont suivi une cohorte de 146 enfants de moins de 12 ans victimes d’agression sexuelle ayant été suivis en thérapie au centre Marie-Vincent à Montréal.

     

    L’échantillon a été séparé en trois groupes : pour le tiers des enfants, aucune plainte n’avait été portée. Un autre tiers avait porté plainte, mais les procédures s’étaient arrêtées à l’étape de la mise en accusation, soit parce que l’auteur était un mineur ou parce qu’il y avait eu entente hors cour. Le dernier tiers avait été appelé à témoigner en cour. Fait à noter, ce dernier groupe avait entamé la démarche thérapeutique à la fin des procédures judiciaires.

     

    Améliorations significatives

     

    « On observe des gains thérapeutiques plus importants chez les enfants qui ont témoigné à la cour et chez ceux pour qui il y a eu des procédures judiciaires que pour ceux pour qui il n’y a pas eu d’implication légale », constate la chercheuse, qui vient tout juste de publier ses résultats dans la revue Criminologie.

     

    Avant la thérapie, l’état de santé mentale des enfants des trois groupes était comparable. Mais à la fin de la thérapie, le quart des jeunes ayant témoigné en cour était toujours en état de stress post-traumatique, contre la moitié pour les jeunes des deux autres groupes.

     

    Les chercheuses notent également des « améliorations significatives » en matière de culpabilité et d’estime personnelle, d’anxiété et de dépression pour les enfants qui ont témoigné en cour. « C’est comme si le fait d’être plus impliqué sur le plan judiciaire, ça les rendait plus disponibles pour le processus thérapeutique et qu’ils en profitaient davantage. »

     

    Nuances

     

    La chercheuse fait toutefois certaines mises en garde : « Ces résultats ne peuvent être généralisés à la situation de tous les enfants victimes d’agression sexuelle. Il s’agit ici de la trajectoire d’enfants ayant bénéficié des services d’un centre d’appui aux enfants et donc de circonstances qui pourraient être décrites comme idéales, compte tenu de la concertation de services que favorise ce type de centre. »

     

    Une deuxième étude en cours, avec un échantillon plus large et s’échelonnant sur une plus longue période de temps, amène également des nuances qui témoignent de l’importance de poursuivre les recherches, note la chercheuse. « Chez les enfants qui ont témoigné à plusieurs reprises, la courbe de progression est différente, on note une augmentation de la détresse psychologique, des symptômes d’évitement ou d’hypervigilance. »

    Résistances Près de la moitié des jeunes doivent faire entre deux et quatre dévoilements avant que des démarches formelles soient enclenchées, révèle une étude de Jacinthe Dion, de l’Université du Québec à Chicoutimi. Les jeunes mettent en moyenne 9,4 mois avant de faire un dévoilement et se tournent principalement vers leur mère ou un ami. Plus de 65 % des jeunes disent avoir été menacés ou manipulés pour les forcer à garder le silence. Chez les adolescents, c’est plus souvent la honte qui agit comme un obstacle au dévoilement.












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