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    Non à la dissolution nationale, mais oui au métissage

    29 mai 2017 | Mathieu Burelle - Professeur de philosophie au Collège Montmorency | Actualités en société
    S’il y a une nation québécoise en 2017, elle est toujours francophone et attachée à sa spécificité, mais elle est nécessairement pluraliste et métissée.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir S’il y a une nation québécoise en 2017, elle est toujours francophone et attachée à sa spécificité, mais elle est nécessairement pluraliste et métissée.

    Réponse au texte d’Alexis Tétreault, « Résister à l’idéologie de la dissolution nationale », publié dans Le Devoir du 24 mai dernier.

     

    Dans un texte récemment paru dans les pages du Devoir, Alexis Tétreault, étudiant en histoire, soutient que la jeunesse québécoise, ou du moins une partie de la jeunesse, a opéré une rupture avec les combats de nos aïeux. Elle aurait abandonné un cadre d’analyse politique « national », soucieux de la survie de la nation canadienne-française ou québécoise, au profit d’une vision multiculturelle de la société. Dans la nouvelle idéologie multiculturelle que dénonce M. Tétreault, certaines questions seraient devenues taboues. On ne pourrait plus, par exemple, exiger des immigrants qu’ils s’adaptent à nous ou s’interroger sur la quantité et la provenance des immigrants que le Québec souhaite accueillir. Ce genre de préoccupations serait interdit, au nom d’une nouvelle rectitude politique imprégnée de multiculturalisme. Bref, bien qu’il ne le nomme jamais, M. Tétreault reprend dans ses grandes lignes l’analyse que fait Mathieu Bock-Côté de l’état de la question nationale au Québec.

     

    M. Tétreault a partiellement raison, me semble-t-il. Les Québécois sont en droit de se questionner sur la quantité d’immigrants qu’ils souhaitent accueillir, sur leur provenance et sur ce qu’ils peuvent attendre d’eux en matière d’efforts d’intégration. Ce sont là des questions légitimes. Un cadre d’analyse national, qui rende possible ces questions, demeure pertinent. Encore faut-il préciser qui sont ces « Québécois » à qui l’on reconnaît le droit de poser ces questions. Quelle est, autrement dit, la « nation » habilitée à s’interroger sur l’accueil et l’intégration des immigrants ? S’agit-il des Québécois d’ascendance canadienne-française ? Autrement dit des « Québécois de souche » ? Les Tremblay et Gagnon de « chez nous » ? Ou alors renvoie-t-on à tous les Québécois établis sur le territoire et ayant adopté la langue française et certaines références culturelles de la majorité, comme les Diouf, les Benhabib, les Awada, les Laferrière et les Houda-Pepin ? Cela inclut-il les Anglo-Québécois qui se sentent « Québécois » et se sont réconciliés avec nos lois linguistiques ?

     

    « Nation québécoise »

     

    On le voit, le concept de « nation québécoise » ne va pas de soi en 2017. Entre l’époque de nos aïeux « canayens » et aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé. S’il y a une nation québécoise en 2017, elle est toujours francophone et attachée à sa spécificité, mais elle est nécessairement pluraliste et métissée. À mon avis, la vieille nation canadienne-française, qui s’est redéfinie comme québécoise lors de la Révolution tranquille, peut légitimement se présenter comme le centre intégrateur de cette nation québécoise de 2017. Mais elle doit aussi accepter qu’en faisant le choix d’être une terre d’immigration, elle a accepté (sans peut-être pleinement le réaliser) qu’elle ne serait plus la seule à définir l’identité nationale québécoise. D’autres ont voix au chapitre : les Nguyen, les Bastidas, les Brouri, les Québécois d’origine haïtienne, française, roumaine ou syrienne. Nous pouvons attendre d’eux qu’ils épousent le fait français et la cause de notre « petite nation », mais nous devons accepter le fait qu’ils aborderont la question de l’immigration et de l’identité québécoise avec leur sensibilité propre. Ils changeront inévitablement ce que c’est qu’« être Québécois ». En outre, cette nouvelle nation québécoise, puisqu’elle est attachée aux principes démocratiques de liberté, d’égalité et de laïcité, doit tenir compte des droits et libertés individuelles lorsqu’elle réfléchit à ce qu’elle peut exiger des nouveaux arrivants. Il y a, effectivement, des choses qu’on ne peut pas exiger d’eux, même si cela correspond aux voeux d’une majorité, fût-elle « de souche » et historiquement plus ancienne.

     

    Tout cela n’empêche pas les Québécois de toutes origines de se demander, collectivement, quels devraient être les seuils d’immigration et ce qu’on peut attendre des nouveaux arrivants pour qu’ils s’intègrent à leur société d’accueil. Le débat sur les mérites respectifs du multiculturalisme, comme politique fédérale, et de l’interculturalisme d’un Gérard Bouchard, reste pertinent. Le débat sur la laïcité demeure également légitime. Entre le modèle républicain et le modèle libéral de laïcité, les Québécois peuvent hésiter. Mais il m’apparaît évident que le cadre d’analyse nationale à appliquer ne peut être celui qui prédominait dans le nationalisme québécois des années 1960 et 1970 par exemple, où la nation à défendre était clairement celle des « pure laine ». Cette redéfinition me semble essentielle pour éviter que l’on tombe dans une défense passéiste et crispée de la majorité de souche et, sous couvert de critiquer le multiculturalisme, dans une condamnation pure et simple du métissage à l’oeuvre dans la nation québécoise de 2017.













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