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    Idées

    Des coupes qui ne rapportent à personne

    16 mai 2017 | Geneviève Hétu - Directrice de Passages, ressource communautaire pour jeunes femmes en difficulté | Actualités en société
    Si l’itinérance n’est pas uniquement une question de pauvreté, elle est toujours une question de pauvreté. 
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Si l’itinérance n’est pas uniquement une question de pauvreté, elle est toujours une question de pauvreté. 

    Nous apprenions récemment que le gouvernement Couillard avait sous-estimé les conséquences des coupes dans le programme d’aide sociale. En somme, elles touchent beaucoup plus de prestataires et rapportent moins que prévu. Les propriétaires de maisons, les personnes ayant séjourné plus de deux semaines à l’extérieur du Québec et les bénéficiaires souhaitant séjourner dans un centre de désintoxication (sous prétexte qu’ils y sont logés et nourris), entre autres groupes pénalisés, ont vu leur revenu chuter.

     

    Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) le soulignait encore récemment : si l’itinérance n’est pas uniquement une question de pauvreté, elle est toujours une question de pauvreté. En effet, la grande majorité des femmes sollicitant les services de ressources comme la nôtre bénéficient de l’aide sociale, et leur situation est effectivement loin d’aller en s’améliorant.

     

    On qualifie souvent l’itinérance des femmes de cachée ou d’invisible, parce que celles qui la subissent doivent trouver toutes sortes de moyens pour éviter la rue.

     

    Effectivement, quand nous bénéficions de seulement 623 $ par mois pour vivre, disons que notre situation nous rend plus propices à nous retrouver dans toutes sortes de situations qui mettent en danger notre sécurité.

     

    Ainsi, nombreuses sont les femmes en situation d’itinérance ou vivant dans une précarité extrême qui sont contraintes de trouver refuge chez un conjoint inadéquat, voire violent, dans un appartement sans bail avec un propriétaire abusif, ou de partager un appartement avec des colocataires et risquer de subir de nombreuses violences physiques ou psychologiques.

     

    Les gens croient souvent à tort que les besoins en hébergement se font moins présents durant la période estivale. Ces situations peuvent se dérouler n’importe quand dans l’année.

     

    Par exemple, à Passages, le taux d’occupation pour les mois d’été 2016 (juin, juillet et août) et les mois de décembre 2016, janvier 2017 et février 2017 atteint exactement le même sommet fracassant de 115 %. Notre financement nous permet d’offrir 11 places, mais nous répondons à une demande criante en rendant disponibles 5 lits supplémentaires.

     

    Des besoins de base oubliés

     

    Quand les femmes arrivent dans un organisme comme le nôtre, elles cherchent un toit sécuritaire et exempt de jugement. Plusieurs vivent dans l’instabilité résidentielle depuis un certain temps.

     

    Le discours communautaire tend vers l’insertion sociale, mais cette réinsertion n’est malheureusement pas toujours possible compte tenu de nos ressources limitées. Comment sortir ces personnes de la rue quand on ne peut rien leur offrir ensuite ? Que peut-on leur proposer avec un budget de 623 $ par mois ?

     

    Beaucoup de préjugés sur les prestataires d’aide sociale persistent. Les femmes bénéficiant de nos services arrivent chez nous à bout de souffle et vivent généralement dans la pauvreté depuis plusieurs mois. Elles souffrent et ont souvent été victimes d’abus parce qu’elles sont dans une situation de survie.

     

    Nous avons le devoir, en tant que citoyens — si le gouvernement ne montre pas l’exemple —, de nous informer et de développer une conscience sociale. De nous ouvrir les yeux sur ces réalités, même si elles ne sont pas belles à voir. Si l’itinérance des femmes se retrouve souvent dissimulée, elle n’en est pas moins réelle.













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