Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Libre opinion – «13 Reasons Why»

    La maladie mentale: la seule à blâmer pour un suicide?

    4 mai 2017 |Sandrine Carle-Landry | Actualités en société
    «Ce qu’il faut, c’est reconnaître que des facteurs sociaux peuvent pousser au suicide, et que la culture du viol n’y fait pas exception», fait valoir l'auteure.
    Photo: Netflix «Ce qu’il faut, c’est reconnaître que des facteurs sociaux peuvent pousser au suicide, et que la culture du viol n’y fait pas exception», fait valoir l'auteure.

    Douze ans. Dernière année du primaire. Je suis toujours une des dernières à monter dans l’autobus, puisque j’habite proche de l’école. Des gars dans ma classe me disent de venir les rejoindre sur la banquette arrière, car c’est là que les « vieux de 6e année » s’assoient. Puis, ils me montrent une feuille. Une liste. La fille qui a les plus beaux yeux. La fille la plus jolie. La fille la plus canon. La fille la plus laide.

     

    18 ans. Je suis dans un bar. Vendredi soir. J’ai travaillé avec des enfants dans un camp de jour toute la semaine. J’ai besoin d’un break. J’ai envie de danser et de m’amuser. Un homme me tape sur les fesses. Je lui fais signe de ne pas me faire ça. Il rit avec ses amis.

     

    19 ans. Je suis dans le métro, sur la ligne jaune. Il est tard, donc je suis seule. J’ai hâte de rentrer chez moi. On arrête à la station Jean-Drapeau. Un homme s’assoit dans mon wagon. Il me regarde. Il se lève. Il baisse son pantalon et il se masturbe. J’ai peur.

     

    Ça, ce sont trois exemples. Trois exemples qui me sont venus en tête alors que j’écoutais 13 Reasons Why, une émission sur Netflix faisant fureur parmi les jeunes. Hannah Baker, une adolescente s’étant enlevé la vie, explique au moyen de cassettes les treize raisons qui l’ont poussée à se suicider. Treize personnes.

     

    Une vague de critiques déferle présentement sur les réseaux sociaux. Montrer un suicide de manière aussi explicite est-il une bonne idée ? Pourquoi la maladie mentale n’est-elle pas du tout mentionnée ? Peut-on blâmer des personnes pour le suicide d’Hannah ? Est-ce une bonne idée de parler ouvertement de suicide ?

     

    Silence sur ce qu’elle a vécu

     

    Moi, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi personne ne parle de ce qu’Hannah a vécu. Slut shaming, intimidation, agressions sexuelles. Culture du viol. Dire qu’Hannah était suicidaire à cause d’une maladie mentale et que c’est la seule raison justifiant son désir de s’enlever la vie, c’est lâche. Au lieu d’essayer de changer les choses, on attribue le suicide d’Hannah à la maladie mentale. Pourtant, il y en a, des adolescentes, dans la vraie vie, qui se sont enlevé la vie après s’être fait agresser sexuellement, mais surtout après ne pas avoir été crues. Va-t-on enfin parler de la culture du viol ou va-t-on persister à se dire que ces filles étaient « malades » ?

     

    Ce qu’il faut, c’est faire comprendre que, siffler une femme dans la rue, ce n’est pas un compliment. Ce qu’il faut, c’est arrêter de parler de « filles faciles », de « friendzone » et de « putes ». Ce qu’il faut, c’est une éducation sexuelle dans les écoles secondaires, car, oui, il y a des personnes qui ne savent pas encore ce qu’est le consentement. Il y a des personnes qui ne savent pas encore ce qu’est un viol. Ce qu’il faut, c’est reconnaître que des facteurs sociaux peuvent pousser au suicide, et que la culture du viol n’y fait pas exception.

     

    Ce n’est pas seulement Hannah Baker qui est malade, c’est notre société.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.